EGYPTE Les Frères musulmans ont appelé à manifester contre le « massacre » de partisans de Morsi il y a deux jours.

Au moins quatre manifestants islamistes et un policier ont été tués en Egypte dans des heurts entre forces de l’ordre et manifestants pro-Morsi descendus dans les rues pour un « vendredi de la colère » après la dispersion dans le sang de leurs rassemblements.
A Ismaïliya, sur le canal de Suez, au moins quatre manifestants ont été tués par les forces de l’ordre auxquelles le gouvernement mis en place par l’armée a donné jeudi le droit d’ouvrir le feu sur tout manifestant qui se montrerait violent, un geste sans précédent de mémoire d’Egyptien.
Au Caire, un policier a été tué dans une embuscade alors que l’armée avait littéralement scellé la plupart des artères quasi-désertes du Caire en prévision de ce « vendredi de la colère » auquel les partisans du président islamiste Mohamed Morsi avaient appelé pour dénoncer le « massacre » de centaines des leurs mercredi.

A Tanta (nord), la police a tiré à la chevrotine et des grenades lacrymogènes sur des manifestants islamistes, selon des responsables de la sécurité.

Les Frères musulmans, la confrérie de M. Morsi, avaient appelé leurs partisans à défiler « pacifiquement » par « millions » à la sortie des mosquées vendredi et à converger vers la place Ramsès au centre de la capitale.

Mercredi, au moins 623 personnes ont été tuées, dans leur très grande majorité des civils, essentiellement dans la dispersion sanglante au Caire de partisans de M. Morsi, destitué et arrêté par l’armée début juillet. Le précédent bilan était de 578 morts, dont 535 civils. 43 policiers ont été tués. Il s’agit là de la journée la plus meurtrière de l’histoire récente de l’Egypte.
Lors du carnage sur les places où campaient depuis un mois et demi des milliers d’islamistes venus avec femmes et enfants, l’Intérieur avait assuré que « les instructions étaient de n’utiliser que les gaz lacrymogènes, pas d’armes à feu ». « Mais quand les forces de sécurité sont arrivées, elles ont été surprises par des tirs nourris », avait-il ajouté.

Deux jours après cette sanglante journée, l’appel à la mobilisation lancé par les Frères faisait redouter de nouvelles violences dans le pays sous état d’urgence et où un couvre-feu nocturne a été imposé dans la moitié des provinces.

Le risque est d’autant plus fort qu’après de nouvelles attaques jeudi, dont l’incendie du siège de la province de Guizeh dans la banlieue du Caire et la mort de neuf policiers et militaires, attribuées à des « islamistes » notamment dans la péninsule instable du Nord-Sinaï, Tamarrod, le principal mouvement à l’origine des manifestations monstres ayant conduit à la destitution du président Morsi, a appelé les Egyptiens à former des « comités populaires » pour défendre le pays contre ce qu’il appelle le « terrorisme » des Frères musulmans. Ces « comités populaires » pro-pouvoir ont installé des points de contrôle à travers le pays, fouillant les habitants et régulant les accès aux quartiers.

Face à l’appel de la confrérie islamiste, le Front de salut national (FSN), coalition hétéroclite de militants de gauche et de libéraux, a en outre appelé les Egyptiens à manifester ce vendredi contre les « actes évidents de terrorisme » commis par les Frères.

Vendredi, la presse, quasiment unanimement acquise à l’armée, se déchaînait contre la confrérie. « Les milices des Frères détruisent les biens du peuple », titrait notamment le journal privé al-Masry al-Youm au-dessus d’une photo du siège de la province de Guizeh ravagé par les flammes.

A l’aube de ce « vendredi de la colère », Laila Moussa, une porte-parole de la Coalition pro-Morsi contre le « coup d’Etat », a affirmé à l’AFP que des membres des Frères musulmans, dont au moins deux parlementaires, avaient été arrêtés.

Depuis le coup de force des militaires, la majorité des dirigeants de la confrérie ont été arrêtés ou sont en fuite.

M. Morsi est lui-même toujours détenu au secret, tandis que doit s’ouvrir le 25 août le procès de plusieurs de ses hauts responsables, dont son Guide suprême Mohamed Badie, en fuite. Ce dernier a promis vendredi dans sa lettre hebdomadaire à ses partisans que les responsables des « massacres » allaient devoir payer. Les Frères musulmans ont évoqué 2.200 morts et plus de 10.000 blessés.

« Maximum de retenue »

Alors que de nombreux pays occidentaux ont condamné ce bain de sang, les 15 pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont appelé jeudi soir les différentes parties en Egypte à faire preuve d’un « maximum de retenue ».

Les Etats-Unis ont de leur côté annulé des exercices militaires communs et incité leurs ressortissants à quitter l’Egypte, sans aller jusqu’à interrompre l’aide annuelle (1,5 milliard de dollars) versée en grande partie à la toute-puissante armée de leur grand allié.

Le pouvoir avait sommé maintes fois les manifestants pro-Morsi de se disperser sous peine de le faire par la force, mais ceux-là ont refusé, disant vouloir rester sur place jusqu’au rétablissement de M. Morsi dans ses fonctions.
Avant l’assaut, les heurts en marge de manifestations pro et anti-Morsi et les attaques contre les forces de sécurité dans le Sinaï avaient fait plus de 300 morts depuis fin juin.
Le nouvel homme fort du pays, le chef de l’armée le général Abdel Fattah el-Sissi, avait invoqué les millions de manifestants pour destituer le 3 juillet M. Morsi, accusé d’avoir accaparé le pouvoir et d’avoir achevé de ruiner une économie déjà exsangue.
Les pro-Morsi dénoncent un coup d’Etat contre le premier président démocratiquement élu du pays et refusent de participer au processus de transition.

lorientlejour.com/ Article original

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Armand Maruani

{ {{ » Si c’était Tsahal qui tirait sur la foule à Gaza ? « }}
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{ {{( avec l’accent d’Elie Kakou ) .}} }