L’accord de cessez-le-feu conclu mercredi par le Hamas et Israël semblait tenir ce jeudi, en dépit de la profonde défiance qui règne entre les deux parties après huit jours d’affrontements.
A peine le cessez-le-feu officialisé, les chefs du Hamas ont aussitôt proclamé la « journée de la victoire » et le Djihad islamique a annoncé qu’il ne s’agissait « que d’une trêve, non la fin du combat » et qu’il allait se réarmer.
Pourtant, le bilan n’a rien de glorieux pour les deux organisations.
Durant l’opération « Pilier de défense », l’armée israélienne a « ciblé plus de 1500 sites terroristes, 19 de leurs chefs ont été éliminés, la quasi-totalité des missiles à moyenne et longue portée ont été détruits », ainsi que nombre d’infrastructures. Tsahal, l’armée de défense d’Israël a procédé à des frappes chirurgicales, ce qui a limité considérablement le nombre de victimes civiles.
Malgré les manipulations habituelles pour toucher l’opinion publique, selon les sources gazaouïtes, il y aurait eu 150 victimes à déplorer, alors qu’en Syrie, la macabre litanie se chiffrait dans le même temps à 817 tués et à plus 40.000 morts, dont 28.026 civils en 20 mois.
Côté israéliens, l’armée certes a démontré une efficacité indéniable, mais une partie de l’opinion publique s’interroge sur ce cessez-le-feu jugé prématuré. Ainsi, les réservistes qui ont été mobilisés considèrent qu’il aurait fallu mener une offensive terrestre pour « en finir une bonne fois pour toute avec le Hamas ».
Même au sein du Likoud, le parti de Benjamin Netanyahou, prévaut une certaine incompréhension, d’aucun considérant que tous les objectifs n’ont pas été atteints.
Dans l’opposition, tel Shaul Mofaz, le leader de Kadima le parti centriste, il en est pour penser que « la prochaine manche à Gaza n’est qu’une question de temps ».
Ces informations contradictoires sont le reflet de la multiplicité des acteurs impliqués, et d’intérêts divergents au sein même de chaque camp.
Ainsi, les activistes nous ont habitué à transformer les défaites en victoires, c’est pour eux, ainsi que leur «autorité de tutelle perse » une question de survie face à une population de plus en plus critique.
Quant à Israël, le danger immédiat étant écarté, la campagne électorale a repris son cours, avec les excès de langage que l’on connaît.
Il convient donc, au milieu de tout ce brouhaha incompréhensible, d’analyser en profondeur les déterminants qui ont motivé de part et d’autre cette trêve, et le rôle central joué par l’Egypte qui revient au premier plan, alors que l’Iran, par effet domino, a été considérablement fragilisé.
« Il est plus facile de commencer une guerre que de la finir »
Les principaux objectifs fixés par l’Etat-major israélien semblent avoir été atteints dès la première heure du conflit, avec la destruction des stocks de missiles iraniens Sfajr.
Pourquoi, alors, avoir poursuivi les combats huit jours durant ?
Plusieurs explications peuvent être avancées. Tout d’abord, il restait à sécuriser les agglomérations civiles encore menacées par la dizaine de milliers de roquettes dispersées dans la bande de Gaza.
Cela fut possible grâce au système anti-missile « Dôme de fer », à la phase initiale de son déploiement (4 batteries sur les 15 nécessaires pour couvrir le territoire) qui a neutralisé 97% des projectiles ciblant les zones habitées.
De plus, les ingénieurs israéliens ont réalisé un test grandeur nature du nouveau système d’interception de missiles à moyenne et longue portée dénommé « Fronde de David » ou « Baguette magique », pour contrer les tirs visant Tel-Aviv.
Dans ce plan, il y avait une dimension stratégique majeure, celle de démontrer l’obsolescence de la politique de terreur iranienne basée sur des quantités astronomiques de projectiles que mêmes les pays les plus développés sont rares à posséder.
Ensuite, a été introduite la dimension psychologique dans le conflit.
En huit jours, le commanditaire de l’escalade, l’Iran, et ses opérateurs, la branche armée du Hamas et le djihad islamique, ont pu mesurer les dégâts occasionnés, et expérimenter l’inutilité de toute surenchère, avec la menace concrète d’une offensive terrestre impliquant les 75.000 réservistes mobilisés pour l’occasion.
Enfin, l’Etat hébreu a incontestablement gagné la guerre médiatique en procédant à une réponse graduée et proportionnée, ce qui a permis d’inverser le concept de guerre asymétrique, traditionnellement en faveur des palestiniens.
Dans le cas présent, le Hamas a eu le mauvais rôle, en prenant l’initiative du conflit, et en ciblant avec des armes sophistiquées des populations civiles.
In fine Israël, n’a pas jugé opportun de lancer une offensive terrestre, pour pousser plus avant son avantage sur le terrain, en vue des futures négociations. Il y a plusieurs raisons à cela.
La classe politique, tout comme l’Etat-major, n’ont voulu créer à Gaza « un vide à l’irakienne ».
Cela n’aurait pas manqué de se produire, s’il avait été décidé d’ « en finir avec le Hamas », sans proposer de solution de remplacement.
L’Autorité Palestinienne n’étant pas en mesure d’assurer ce rôle en milieu hostile, Il n’était pas question pour l’Etat hébreu de réoccuper un territoire dont il s’est totalement désengagé depuis 2005.
Aussi, un cessez-le-feu avec un Hamas et un Djihad islamique désormais décapités et désarmés, est largement préférable à une offensive terrestre, toujours aléatoire.
En particulier, s’il est assorti d’un dispositif de contrôle efficace pour enrayer les flux continus d’armes, comme le déploiement de forces américaines dans le Sinaï.
Cela permet en outre, à Israël, de se concentrer sur d’autres dossiers, tels que le Soudan et l’Iran.
Mais par-dessus tout, il était primordial de préserver les traités de paix avec l’Egypte et la Jordanie.
Il aurait été impossible au Président Morsi, issu de la mouvance des frères musulmans, de plaider pour le maintien de cet accord en cas d’invasion de l’étroite bande côtière.
Quant à la Jordanie, épargnée jusqu’à présent par les « printemps arabes », mais confrontée à la fois la crise économique et à une opposition islamiste, il est plus que probable que le régime n’y aurait pas survécu.
Le message a-t-il été bien compris ?
Il est des signes qui ne trompent pas sur la prise de conscience par les activistes des conséquences du dernier conflit.
Ainsi, en dépit des « cris de victoire », le Hezbollah, le bras armé du régime des mollahs au Liban, n’est intervenu à aucun moment, alors que son allié du sud était soumis à un pilonnage intensif.
Nasrallah lui-même avoue que certains gouvernements « arabes présentent Israël comme ami et l’Iran comme ennemi ».
Mais surtout, la branche politique du Hamas appelle à respecter la trêve.
Ismaïl Haniyeh, le chef du gouvernement Hamas, a demandé à toutes les factions « d’agir conformément à l’accord ».
Et joignant les actes à la parole, il a mis en place des mesures de sécurité afin qu’il soit effectif sur le terrain, notamment en déployant des policiers à la frontière avec Israël.
Plus surprenant encore, les autorités religieuses ne sont pas en reste. Suleiman al-Daya a averti dans une fatwa que « la violation de la trêve constitue un pêché ».
En parallèle, la branche politique du Hamas a pris prétexte de la situation en Syrie, pour prendre encore un peu plus ses distances avec la milice Chiite libanaise et par conséquent avec l’Iran.
Ainsi « un gel des relations avec le Hezboallah » a été officiellement déclaré.
Et la Palestine dans tout ça ?
Des évènements surprenants ont eu lieux récemment sans trouver grand échos dans les médias.
Tout d’abord, le gouvernement Morsi développe une politique visant à accorder un passeport égyptien aux palestiniens de Gaza.
C’est en totale rupture avec la ligne qui prévalait jusqu’alors, conformément à une résolution de la Ligue arabe de 1965.
Le but était de maintenir les palestiniens à l’état de réfugiés dans les pays où ils vivent depuis 1948, sans leur accorder la nationalité.
Déjà 50.000 personnes ont bénéficié de cette mesure.
Il est vrai qu’aujourd’hui le pays des pyramides et Gaza ont à leur tête des dirigeant issus de la même mouvance islamiste.
Par ailleurs, d’autres, tels Farouk Kaddoumi, cofondateur du Fatah, le parti de Mahmoud Abbas, et Chef du Département Politique de l’OLP, appellent à
« rendre la Cisjordanie à la Jordanie » dans la perspective d’une Fédération ou d’une Confédération.
Mahmoud Abbas de son côté ne dispose que de peu d’options pour assurer sa survie politique.
Il est de plus en plus contesté en interne, en panne dans les négociations avec Israël, et marginalisé au sein du monde arabe, en témoigne le récent camouflet infligé lors de la visite de l’Emir du Qatar à Gaza.
C’est ainsi que l’on peut interpréter sa volonté d’une amélioration du statut de l’Autorité Palestinienne à l’ONU, en tant qu’Etat non-membre.
En fait, cela ne changera en rien la réalité sur le terrain, et posera de nombreux problèmes en se heurtant frontalement aux USA, bailleur de fond et acteur incontournable de la scène proche-orientale.
Sur ce dossier, on est surpris de voir les occidentaux divisés, ne tenant pas compte des réalités nouvelles, à l’image du plan Franco-Qatari pour mettre fin à l’opération « Pilier de défense », alors que l’Egypte s’attelait à la tâche avec succès.
« Et maintenant on va où ? »
Pour autant cela ne veut pas dire que les frontières de l’Etat hébreu sont définitivement sécurisées.
L’Iran a besoin d’un abcès de fixation pour poursuivre sa politique hégémonique et son programme nucléaire qui n’a plus rien de civil.
Ne pouvant pas rester sur cet échec, la République islamiste, recherche désespérément un plan de rechange, en tirant les leçons du dernier conflit.
On voit déjà apparaître les prémices de sa stratégie de remplacement avec des échauffourées entre palestiniens et Tsahal en Cisjordanie, des rassemblements massifs de « civils » à la frontière de Gaza, et le retour aux attentats comme celui de Tel-Aviv.
Bien que Mahmoud Abbas y soit farouchement opposé, cela ressemble à s’y méprendre à la préparation d’une troisième « intifada » qui serait coordonnée par des cellules du Hamas, comme celle récemment neutralisée par Israël en Cisjordanie.
Certains analystes, considèrent que cela pourrait coïncider avec le nouveau statut de la Palestine qui serait instrumentalisé comme facteur déclenchant, en s’accompagnant d’un regain de tensions sur le terrain.
Cependant, l’avenir pas fixé dans le marbre.
Même les complots les mieux hourdis ne sont pas garantis de succès.
Tout va dépendre de la détermination des occidentaux à mettre un terme à la capacité de nuisance de Téhéran.
Il existe encore une fenêtre d’opportunité pour ramener le régime à de meilleurs intentions, née de la nouvelle configuration suite à l’’opération « Pilier de défense », et à la tenue en juin prochain d’élections en Iran.
Après, il sera trop tard pour la paix.
Hagay Sobol/ Atlantico.fr Article original
Il est président du Centre Culturel Edmond Fleg et membre du Collectif « Tous Enfants d’Abraham ».
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