En visitant l’enclave contrôlée par le Hamas, Doha assume son soutien aux islamistes, mais fâche Israël et Mahmoud Abbas.Tony Blair et Recep Tayyip Erdogan y avaient renoncé.
L’émir du Qatar l’a fait: cheikh Hamad al-Thani est devenu mardi le premier haut dirigeant international à se rendre en visite officielle dans la bande de Gaza.
Cette enclave coincée entre Israël et l’Égypte, soumise au blocus de l’État hébreu, est contrôlée par les islamistes palestiniens du Hamas depuis 2007.
Comme à chacune de ses visites dans un «pays arabe frère», le dirigeant du richissime émirat gazier, accompagné par la cheikha Moza, sa seconde épouse, n’est pas venu les mains vides.
«L’émir a accepté d’augmenter l’investissement du Qatar de 254 à 400 millions de dollars», s’est félicité le premier ministre pro-Hamas, Ismaël Haniyeh, après avoir accueilli la délégation qatarienne, arrivée par la frontière égyptienne.
Les deux dirigeants sont ensuite allés poser la première pierre d’un projet d’un millier de logements destinés à des familles défavorisées à Khan Younès dans le sud.
Dans un autre geste hautement symbolique, cheikh Hamad al-Thani a inauguré un projet de reconstruction des infrastructures routières, dévastées par l’offensive militaire israélienne en décembre 2008-janvier 2009.
Autant de sollicitude ne pouvait que réjouir les islamistes palestiniens.
«Aujourd’hui, nous abattons le mur du blocus (israélien) grâce à cette visite historique et bénie», claironnait Haniyeh, tandis que la foule criait «Merci le Qatar». «Votre présence, ajoutait le chef islamiste, signifie que Gaza n’est pas seule et que la Palestine occupe (toujours) le cœur des Arabes.»
Si cette visite est une première de la part d’un chef d’État arabe, il ne s’agit pas d’une véritable surprise.
L’émir du Qatar est en effet un ami personnel de Khaled Meshaal, le chef du bureau politique du Hamas, hébergé à l’hôtel Four Seasons de Doha depuis qu’il a dû quitter Damas au printemps.

Sur l’échiquier palestinien, Doha n’a jamais fait mystère de ses préférences pour les islamistes du Hamas, au détriment de leur rival nationaliste, Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne.
Nul doute que cette visite – même brève puisqu’elle n’a duré que quatre heures – va encore creuser la méfiance des responsables palestiniens de Cisjordanie à l’égard du Qatar.
«Mahmoud Abbas et ses amis sont furieux, affirme un diplomate occidental à Jérusalem.
Ils reprochent au Qatar de parler de réconciliation entre eux et le Hamas, tandis que l’émir effectue une visite historique à Gaza qui renforce les islamistes.»
Dimanche, au cours d’un échange téléphonique aigre-doux, Abbas a bien rappelé à l’émir qu’il était le seul représentant des Palestiniens reconnu par la communauté internationale, et non pas ses rivaux Haniyeh ou Meshaal.
Israël a également regretté «le parti pris du Qatar en faveur du Hamas».
La rancœur d’Abbas est d’autant plus forte que, depuis plusieurs années, Doha ne finance plus l’Autorité palestinienne au bord de la faillite.
L’émirat est en revanche réputé aider le Hamas, la branche palestinienne de la confrérie des Frères musulmans, par laquelle Doha exerce son influence dans les pays arabes qui se sont soulevés contre les dictateurs.
Après l’Égypte et la Tunisie, où le Qatar soutient les nouvelles directions issues des Frères musulmans, Doha n’entend pas marquer une pause dans son appui, fût-il partisan, à la cause palestinienne.
Le Qatar estime en effet que le vent est favorable aux islamistes, en Cisjordanie comme ailleurs dans le monde arabe.
Pour preuve, les élections municipales partielles organisées ce week-end, sans la participation du Hamas, ont été boudées par les Palestiniens de Cisjordanie.
Georges Malbrunnot/ Le Figaro.fr Article original
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Si Hollande se déplaçait pour remettre son chèque à Abbas il bénéficierait du même » triomphe » , comme un Président » normal » .