L’Iran est au centre de l’actualité.

Pour son programme nucléaire et les réactions qu’il suscite ; pour la répression qui continue à caractériser le régime ; pour les déclarations incendiaires de son président.

Un président qui, selon Thierry Kellner, un spécialiste de ce pays, a un bilan très négatif.Le bilan de la présidence de M. Ahmadinejad est désastreux pour l’Iran.

Jamais depuis la révolution islamique, le pays n’a été confronté à autant de difficultés internes et internationales.

Si certaines de ces difficultés ne sont pas de son fait et résultent de facteurs externes liés par exemple à la conjoncture internationale, la plus grande part de la responsabilité de la situation calamiteuse actuelle de l’Iran doit cependant être attribuée à la gestion politique et économique de M. Ahmadinejad, personnage choisi, il faut le rappeler par le Guide lui-même.

Sur le plan interne, depuis 1979, le pays n’a jamais été aussi divisé.

Le fossé qui sépare l’appareil d’Etat de la société iranienne s’est considérablement creusé du fait de la répression violente qui s’est abattue sur le  » Mouvement vert  » à partir de fin juin 2009.

Le pouvoir a perdu à cette occasion la légitimité dont il se réclamait.

Non seulement le président Ahmadinejad s’est déconsidéré du fait de sa réélection frauduleuse mais plus grave pour le régime, le Guide lui-même est sorti de son rôle d’arbitre pour appuyer le président et s’est associé à la répression, se discréditant aux yeux d’une large portion de l’opinion iranienne.

La façade  » démocratique  » du régime a volé en éclats à cette occasion et les divisions du pouvoir sont aussi apparues au grand jour. Les essais actuels de développement d’un culte de la personnalité autour de Khamenei et ses prises de distance à l’égard d’Ahmadinejad ne constituent que des tentatives pathétiques pour améliorer une image très écornée.

La répression du  » Mouvement vert « , tout en démontrant la résilience du pouvoir, a aussi laissé apparaître de graves dissensions au sein même de l’appareil d’Etat.

Les factions  » réformistes  » ont été écartées à cette occasion au profit du seul camp  » conservateur « , lui-même divisé, mais que le Guide s’est employé depuis 2009 à rassembler autour de lui, avant de renouer récemment avec certains  » réformateurs  » pour essayer d’éviter d’isoler davantage le régime d’une grande partie de la société iranienne.

Sur le plan économique, la situation du pays est très sérieuse.

Alors que la croissance reste anémique (environ 3 %) et que le climat des affaires ne fait que se détériorer, le taux d’inflation a atteint officiellement 21,5 % en 2011.

Selon le dernier rapport de la Banque centrale iranienne, il serait désormais officiellement de 27 %.

Le taux de chômage s’élève aussi officiellement à 11,8 % mais nombreux sont ceux qui pensent qu’il est plus proche de 15%.

Les jeunes surtout sont durement frappés par ce dernier phénomène.

Le riyal, la monnaie iranienne, a perdu plus de la moitié de sa valeur face au dollar et les prix des denrées de base se sont envolés (plus 40% pour le pain pour le seul mois de juin 2012 alors que le poulet et les fruits deviennent un luxe hors d’atteinte pour une partie de la population).

Les personnes vivant sous le seuil de pauvreté dépassent les 30 % de la population iranienne.

Certains en Iran même mettent désormais en garde contre la transformation du pays en un second  » Tadjikistan  » (pour rappel cette république centrasiatique était la plus pauvre de l’URSS).

Les diverses sanctions internationales qui ont été imposées à l’Iran depuis juin 2010 en raison de son programme nucléaire –en particulier les dernières mesures adoptées par les Occidentaux et qui frappent le secteur pétrolier et bancaire du pays- jouent bien entendu un rôle dans la dégradation spectaculaire de l’économie iranienne mais elles n’ont fait qu’amplifier une situation déjà préoccupante et que la gestion populiste de l’administration Ahmadinejad depuis 2005 n’avait fait qu’aggraver malgré les milliards de dollars de rentrées pétrolières (la présidence Ahmadinejad a en effet été marquée par un afflux considérable de pétrodollars -114,8 milliards pour la seule année 2011-, le plus important depuis la création de la République islamique, malheureusement sans grand bénéfice pour le pays).

Sur le plan international, la politique étrangère menée par l’administration Ahmadinejad a renforcé l’isolement de Téhéran.

Le retour à la rhétorique révolutionnaire, l’utilisation du discours antisémite et la gestion de la question du programme nucléaire ont été désastreux pour la République islamique qui bénéficiait pourtant de conditions historiques particulièrement favorables avec la disparition du régime des taliban et le renversement de Saddam Hussein en Irak.

Non seulement les relations avec Washington ne se sont pas améliorées mais les liens avec l’ensemble des pays de l’Union européenne se sont en outre considérablement dégradés par rapport aux résultats obtenus sous l’administration précédente (Khatami).

Téhéran est désormais soumis aux plus graves sanctions économiques que le pays a connu depuis 1979 et l’impasse des négociations sur le nucléaire pourrait encore conduire à leur renforcement, sans compter les risques de conflit avec Israël , voire les États-Unis.

La République islamique ne peut pas non plus réellement compter sur les pays pourtant réputés proches de Téhéran (Chine, Russie) qui exploitent en fait l’isolement iranien à leur profit.

Sur le plan régional également, la question nucléaire couplée aux prises de positions de Téhéran dans le cadre des développements du  » printemps arabe  » ont renforcé l’isolement de la République islamique.

Les rapports avec les pétromonarchies du golfe Persique se sont considérablement détériorés en raison du nucléaire, de la question de Bahreïn et du soutien de Téhéran au régime de Bachar al-Assad.

Le soutien iranien au régime syrien est critiqué dans l’ensemble du monde sunnite et a contribué à dégrader l’image de Téhéran dans l’opinion publique arabe.

Il a également amené la Turquie à prendre ses distances alors qu’elle s’était pourtant considérablement rapprochée de Téhéran au cours de la décennie 2000.

De manière générale, la position internationale et l’influence iranienne sortent affaiblies de la présidence Ahmadinejad.

Ce dernier, qui ne peut plus se représenter à l’élection présidentielle de 2013, est de toute façon déjà considéré comme quantité négligeable sur la scène politique iranienne.

Son futur successeur –des noms commencent à circuler comme Gholam-Ali Haddad Adel, Mostafa Pour-Mohammadi, Manouchehr Mottaki, Mohammad Nahavandian, Kamran Baqeri Lankarani, Said Jalili, Mohammad Khatami, Ali-Akbar Salehi, Ali Nikzad, Fereydoun Abbasi ou même Hachemi Rafsandjani en raison de sa réputation de  » pragmatique  » dont Téhéran a le plus grand besoin dans le contexte actuel- aura fort à faire pour redresser la barre.

Thierry Kellner, chercheur au REPI (Recherche et Enseignement en Politique Internationale – Ulb)

Thierry Kellner est est maître de conférences à l’ULB. Ses travaux portent entre autres sur l’Iran et l’évolution interne et externe des républiques d’Asie centrale maître de conférence à l’ULB ; ses travaux portent entre autres sur l’Iran, l’évolution interne et externe des républiques d’Asie centrale et sur la Chine.

Thierry Kellner/ RTBF.be Article original


exécution publique en Iran

TAGS : Iran Ahmadinejad Khatami Khamenei Economie UE USA

Nucléaire Iranien Parchin Syrie Sanctions Economiques Pétrole Riyal

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