Mohammed Morsi s’est inspiré de l’exemple turc pour modifier le destin de l’Égypte.

Il a emprunté la même démarche, faite de petits pas et de propos rassurants.

Comme Tayyip Erdogan, il a compris qu’il devait se débarrasser, en douceur, du poids de l’armée sans pour autant susciter la crainte des militaires de base. Les nouveaux dirigeants islamistes turcs avaient assimilé ce risque puisqu’ils ne voulaient pas que se reproduise l’épisode du 18 juillet 1997, lorsque l’armée turque avait poussé à la démission le premier ministre islamiste Necmettin Erbakan.

Armée et laïcité


Etat-Major turc

Les Frères musulmans savaient que le parti AKP, arrivé au pouvoir, avait dû ferrailler avec l’armée qui lui avait d’ailleurs adressé une mise en garde :

«Il ne faudrait pas oublier que les forces armées turques sont le défenseur absolu de la laïcité».

La population turque, méfiante, comptait sur les généraux pour défendre la laïcité. L’AKP a alors évité d’afficher un dogmatisme pouvant heurter la majorité laïque de la population.

Le parti s’est d’abord intéressé au social en mettant en avant des réformes soutenues par l’Union européenne, tendant à maitriser l’inflation.

Il voulait prouver qu’il se comportait dans une démocratie mature. Sans pour autant brusquer les militaires, il ne s’agissait pas de remettre en cause la république laïque, créée par Atatürk, sur les décombres de l’empire Ottoman. Erdogan avait décidé de prendre son temps.


Les généraux turcs des trois armées

Ainsi, l’armée turque a été progressivement muselée.

Le 4 août 2012, le Conseil supérieur de l’armée turque a ordonné la mise à la retraite de 55 généraux et amiraux, actuellement détenus sur des accusations de complot visant à renverser le gouvernement.

Mais des journalistes, des avocats ou des hommes politiques, ont été simultanément présentés devant les tribunaux, avec la même accusation dans le but de les intimider.

L’AKP avait pour objectif de briser l’influence de l’armée dans les affaires politiques tout en imposant un système autoritaire visant à faire taire les opposants. Il y est parvenu.

Armée décapitée

Les militaires turcs, qui se voient les garants des valeurs séculaires de la Turquie, n’ont pas réagi alors que leurs ainés avaient renversé trois gouvernements en 1960, 1971 et 1980 et poussé à la démission un premier ministre proche des islamistes en 1997.

Cependant Erdogan n’a pas agi sans risque car, en décapitant l’armée et en la privant d’officiers expérimentés, il a porté atteinte au niveau technique de la défense turque.

Il a ainsi payé le prix de certains échecs subis au moment où les tensions militaires se développent avec les kurdes, la Syrie et l’Iran.


Morsi et le nouveau chef de l’armée Abdel Fattah Al-Sisi

Mohammed Morsi use de la même stratégie progressive.

Il a mis à la retraite le maréchal Hussein Tantaoui, ministre de la Défense, ainsi que le chef d’État-major de l’armée Sami Anan, mais a nommé des remplaçants pris dans le sérail pour ne pas inquiéter les officiers de base.

Par ailleurs, en nommant un vice-président, le juge Mahmoud Mekki à ce poste inoccupé depuis trente ans, il a tenu à rassurer la population qu’il ne cherchait ni le pouvoir personnel et ni le pouvoir absolu.

Vœu pieux certes.


Le ministre de la défense Tantawi et son chef d’Etat-Major

Mais tout comme Erdogan, Morsi grignote les pouvoirs de l’armée en annulant «la déclaration constitutionnelle» adoptée par l’armée en juin qui lui accordait de larges pouvoirs dont le pouvoir législatif.

Le bras de fer entre la présidence égyptienne et l’armée continue mais il n’est pas certain que l’armée réagisse violemment car les mises à l’écart concernent des vieux généraux, âgés de plus de 75 ans et se croyant inamovibles, qui avaient sclérosé l’État-major en verrouillant les promotions de jeunes officiers dynamiques.

Le nouveau ministre de la défense, le général Abdel Fattah Al-Sisi, était jusqu’alors chef des services de renseignements militaires.

D’autres vieux officiers ont été rendus à la vie civile : le chef de l’Armée de l’air Riza Abdel Magid, le chef de la Défense aérienne Abdel Aziz Mohamed Sif a-Din ainsi que le commandant de la Marine Mahab Mohamed Mamish.

Le Sinaï en feu


Morsi à El-Arish avec Tantawi

En ne s’en prenant qu’à quelques vieux officiers généraux, bedonnants et inefficaces, et en ne les remplaçant pas ouvertement par des sympathisants islamistes purs et durs, Mohamed Morsi a minimisé l’impact politique de mesures pouvant braquer l’armée contre le pouvoir politique.

Au contraire, il se justifie en estimant que de nouveaux cadres dynamiques et jeunes doivent être promus au moment où l’armée égyptienne est engagée dans une opération d’envergure contre le terrorisme dans la péninsule du Sinaï. Les anciens dirigeants militaires ont prouvé leur incompétence en laissant se développer au Sinaï une zone de non-droit.

D’ailleurs les troubles persistent puisque le 12 août, neuf personnes dont six terroristes et trois militaires, ont trouvé la mort dans un accrochage dans cette région.

Des combats ont eu lieu près du village d’al-Goura, dans le nord-Sinaï, contre des hommes armés de lance-roquettes, de grenades et d’armes automatiques. L’armée a décidé d’agir en envoyant de nombreux renforts pour contrer les «terroristes islamistes».

Mohammed Morsi semble avoir été suivi quand il s’est engagé à reprendre en main la région frontalière sensible, proche d’Israël et de l’enclave palestinienne de Gaza, en proie à l’anarchie depuis février 2011.

Il utilise les méthodes de son maitre Erdogan, alternant compromis et bras de fer avec l’armée, qui ont prouvé qu’elles étaient efficaces pour s’imposer et surtout, durer.


Tank israélien à la frontière

Israël observe pour l’instant mais ne voit pas d’un mauvais œil la mise au pas des nébuleuses islamistes faisant la loi au Sinaï.

Une collaboration tacite, militaire et sécuritaire, fonctionne entre les deux pays pour éviter une déflagration au moment où le problème iranien devient pressant.

Des renforts de matériel lourd ont été envoyés discrètement au sud mais des mesures avaient déjà été prises par Tsahal, en particulier la création d’un régiment spécial chargé de surveiller et défendre la frontière égyptienne.

Jacques Benillouche Article original

copyright © Temps et Contretemps

TAGS : Egypte Morsi Tantaoui Erdogan Turquie Armée Pouvoir

Politique Sinaï Tsahal

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1 Commentaire
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marman68

on a déjà énormément de problème avec l’islam de france qui ne respectent ni rien ni personne ( graffitis, brûlage de bus, de tram, de voitures d’école, des nique ta mère, nique la justice ect…. ect…. ) et maintenant hollande veut faire venir les turcs en france, en sachant très bien que : les turcs avec les autres pays musulmans ce font la guerre . hollande veut-être celui qui aura fait imposé l’islam en france . Car l’islam de france, et l’islam de turquie ce font la guerres car ils ne peuvent pas ce voir, mais allez savoir peut-être que hollande est un musulman, et un islamiste qui s’ignore. ( enfin pour l’instant, peut-être qu’il fait partie d’un réseau dormant comme ils l’appellent ) . CA ON SAIT PAS . En tous cas il est très très bien à 200 % AVEC EUX, ET POUR EUX, et si ca continue les musulmans auront la priorité sur tout, et nous les français, ON VA CREVER DANS NOTTRE PAYS