Le sommet du G8 à Camp David la semaine dernière a rappelé encore une fois la fragilité de nos approvisionnements pétroliers.

L’attention se concentre plus particulièrement sur l’Iran.

La probable mise au point par ce pays de l’arme nucléaire constitue un cauchemar pour Israël et l’on évoque régulièrement l’éventualité d’une attaque israélienne sur l’Iran pour détruire, de façon chirurgicale, certains sites nucléaires stratégiques.

C’est aussi un cauchemar pour les Américains, qui ne pourraient pas rester passifs face à une telle attaque.

La question du moment de l’intervention est régulièrement posée par certains faucons.

Un article paru en février 2012 dans « Foreign Affairs » titrait « Time to Attack Iran ».

Au-delà des considérations militaires et techniques sur la possibilité de l’attaque, on doit s’interroger sur les conséquences qu’elle pourrait avoir sur les marchés pétroliers.

La question centrale, relativement peu analysée publiquement, est de savoir comment l’Iran réagirait à une telle intervention, sachant qu’il paraît exister un fort consensus, un motif de fierté nationale, en faveur de l’acquisition de l’arme nucléaire.

Une réponse iranienne focalisée sur le blocage du détroit d’Ormuz est l’une des premières choses auxquelles on pense.

Les autorités iraniennes ont d’ailleurs annoncé à plusieurs reprises que c’était une riposte envisagée.

Ce détroit est en effet un point névralgique pour l’approvisionnement de la planète en pétrole brut, en produits pétroliers, en gaz naturel liquéfié (GNL).

Long de 63 kilomètres, large de 40, ce détroit concentre environ 35 % des flux maritimes mondiaux de pétrole et de produits pétroliers.

Par cette route, parcourue chaque année par environ 2.500 pétroliers et méthaniers, transitent les exportations d’hydrocarbures en provenance d’Iran, des Emirats arabes unis, de Bahreïn, du Koweït, du Qatar et la plus grande partie des exportations d’Arabie saoudite et d’Irak.

La libre circulation des navires dans le détroit, selon les principes du droit international, est surveillée conjointement par les deux pays riverains, l’Iran et Oman.

L’Iran peut-il et a-t-il intérêt à fermer le détroit ?

J’aurais tendance à répondre non aux deux questions.

Les forces armées iraniennes peuvent très fortement perturber la navigation, non seulement dans le détroit mais dans l’ensemble du Golfe.

L’Iran dispose en effet d’une flotte puissante, avec, notamment des bâtiments spécialisés : lance-torpilles, sous-marins, vedettes rapides, qui peuvent être redoutablement efficaces et loger à leur bord des commandos suicide.

Le pays possède par ailleurs un arsenal impressionnant de mines, missiles, torpilles autoguidées.

L’Iran a donc les moyens de perturber très fortement, sinon de bloquer, la circulation maritime dans la zone.

Cela aurait pour effet de peser lourdement sur les prix des produits pétroliers et gaziers, sur les taux de fret et les primes d’assurance des navires.

A court terme, la hausse des prix pourrait être freinée par une action des pays de l’Agence internationale de l’énergie qui pourraient puiser dans leurs stocks stratégiques pour mettre sur le marché du pétrole brut et des produits raffinés, comme le suggère le G8.

Mais ces attaques seraient considérées par la communauté internationale comme des actes de guerre.

En effet, il y aurait bien viol du droit international portant atteinte à la sécurité des approvisionnements en énergie des grands pays importateurs et réduisant les recettes de certains pays exportateurs.

Le concert des nations regrouperait les Etats-Unis, l’Europe, les grands pays d’Asie et les pays producteurs du Golfe.

En revanche, la Russie, non directement concernée par Ormuz et attachée à l’Iran, pourrait freiner des actions collectives.

Malgré tout, on peut penser que des actions militaires de grande envergure, probablement sous leadership américain – la 5ème flotte est présente dans le Golfe -seraient rapidement entreprises pour rétablir l’ordre, avec des pertes humaines et une exacerbation des tensions régionales.

Il semble donc que, pour l’Iran, la perturbation de la circulation maritime serait à terme très négative puisqu’elle entraînerait une levée de boucliers de la communauté internationale dans un rapport de force très défavorable à l’Iran.

Tout cela tend à montrer que la négociation et les sanctions économiques sont préférables à une intervention militaire, qui pourrait avoir des conséquences dramatiques sur l’ensemble de la zone.

Jean-Marie Chevalier/ LesEchos.fr Article original

Jean-Marie Chevalier est professeur à l’université de Paris-Dauphine.

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Armand Maruani

D. nous a offert du pétrole dans nos eaux territoriales . Qu’on l’extrait et puis après on verra qui rigolera .