Union nationale dirigée par un gouvernement réduit

Face à l’impasse et au risque de nouvelles élections, seul un gouvernement d’union nationale restreint sera en mesure de traiter d’urgence les affaires quotidiennes, les questions pressantes et sensibles, et de mettre en œuvre les réformes nécessaires.

par Freddy Eytan 

Le 2 novembre 1965, j’ai eu le privilège de participer pour la première fois au vote pour l’élection de la sixième Knesset. À cette époque, deux ans avant la guerre des Six Jours, Ben Gourion, le fondateur de l’État d’Israël, avait démissionné et souhaitait faire la lumière sur un scandale politique impliquant le ministre de la Défense, Pinhas Lavon. Furieux, il fonda un nouveau parti, Rafi, avec Dayan et Peres, et lança une réforme électorale pour modifier le système de représentation proportionnelle, qu’il jugeait défaillant. Il échoua et n’obtint que 10 sièges…

Depuis plus de soixante ans, je suis de près les campagnes électorales et j’ai voté une vingtaine de fois aux élections législatives. À chaque scrutin, et encore ces derniers jours, aucun parti n’a obtenu la majorité absolue pour former un gouvernement. C’est le grand mal de la démocratie israélienne.

Ce système de vote est véritablement bizarre, absurde. Par exemple, le Likoud, qui avait remporté 32 sièges en 2022 avec 1 115 336 voix, n’en compte plus que 27, avec un nombre d’électeurs quasiment identique. Plus étonnant encore, 306 679 votes de plusieurs petits partis et nouveaux partis ont été invalidés, faute d’avoir atteint le seuil d’éligibilité de 184 947 voix.

Il est donc impératif de changer d’urgence le système électoral.

Il convient également de revoir la publication continue de sondages qui ne présentent plus une image crédible et honnête des intentions de vote.

Respectons la volonté du peuple et saluons chaleureusement la solidarité et le sens civique de tous les Israéliens qui manifestent régulièrement pour une noble cause. Huit personnes sur dix ont voté. Dans aucune autre démocratie au monde, les électeurs ne parcourent des milliers de kilomètres, traversant océans et continents contre toute attente, pour aller voter. Un phénomène unique au monde.

Les résultats officiels prouvent que l’écrasante majorité des Israéliens sionistes sont centristes et, surtout, de droite. Le Parti travailliste, celui de Ben Gourion, Golda et Rabin, a quasiment disparu de la scène politique, le nouveau mouvement d’extrême gauche mené par Yaïr Golan, les Démocrates, n’ayant remporté que 8 sièges.

Depuis deux décennies, en l’absence de partis idéologiques, nous avons assisté à la prolifération de formations d’humeur, de partis éphémères qui disparaissent comme celui de Benny Gantz ou celui de Yair Lapid qui n’obtient aujourd’hui qu’une poignée de sièges et au total une douzaine avec Naftali Bennett.

Gadi Eizenkot, qui a créé un nouveau parti il ​​y a à peine un an, a obtenu un bon résultat , mais n’a pas remporté ces élections puisqu’il n’a obtenu que 21 sièges.

Présenter une opposition homogène de 65 députés induit le public en erreur et le manipule. Il est également inconcevable et irresponsable de convoquer précipitamment une nouvelle Knesset, d’élire un nouveau président, d’abroger des lois et d’en adopter d’autres sans l’accord de tous les chefs de parti, qui représentent 120 députés. C’est un affront pour une large partie de l’électorat.

Benjamin Netanyahu et Gadi Eisenkot devant la Knesset. Photo : Yossi Zeliger, Oren Ben Hakoon, Haim Goldberg/Flash90

Par conséquent, un gouvernement minoritaire restera instable et dépendant des caprices de petits partis influents. Cette approche malavisée risque d’exacerber les conflits, d’intensifier le débat public, de raviver les passions et d’engendrer ressentiment et haine. Ce gouvernement ne peut perdurer, et toutes les manœuvres et lois rétroactives seront donc totalement vaines.

Le vote de protestation contre Netanyahu a donc échoué malgré tous les efforts déployés contre lui, notamment dans la presse, les nombreux échecs de son gouvernement, son procès en cours et son refus de mettre en place une commission d’enquête sur sa responsabilité dans le massacre du 7 octobre 2023.

Néanmoins, soyons francs, Netanyahu est un cas d’école en matière de campagnes électorales, un véritable animal politique.

La forte progression des partis arabes israéliens est historique, mais le principal responsable de leur ascension au pouvoir est Itamar Ben-Gvir. Ses politiques discriminatoires et racistes envers 20 % de la population israélienne se sont retournées contre lui, et ce sont eux qui revendiquent aujourd’hui la victoire et qui font les jeux politiques.

Les soupçons d’irrégularités et de fraudes électorales impliquant des fonds qataris ne nous surprennent plus. Les émirs, aux poches bien garnies, peuvent acheter tout ce qu’ils désirent et investir à l’étranger dans le cadre d’une guerre islamique clandestine. Une enquête du Shin Bet et du Mossad est nécessaire pour vérifier si d’autres États, comme la Turquie, ont tenté d’intervenir. Cette intervention dangereuse constitue une véritable menace stratégique. Cependant, on ne saurait incriminer une communauté entière ayant voté démocratiquement et légalement.

Les articles de la presse internationale qui saluent la victoire de la minorité arabe et la présentent comme une grande victoire pour les Palestiniens de 1948, habitants temporaires d’Israël, sont scandaleux…Rejetons avec mépris cette manipulation et cette désinformation et précisons que les Arabes d’Israël constituent une minorité, certes significative, au sein du seul État juif au monde, entouré de 21 pays arabes. Nous rejetons catégoriquement un État binational. Il est contraire à l’essence même du sionisme, notre noble mouvement de libération nationale.

Il convient de faire la distinction entre les dirigeants arabes israéliens et leur population. S’ils souhaitent participer à l’effort national, ils doivent d’abord reconnaître l’existence de leur État, État démocratique et juif conformément à la proclamation de l’État d’Israël, et déclarer sans ambiguïté et clairement que le Hamas est une organisation terroriste pleinement responsable du massacre du 7 octobre 2023.

Malheureusement, certains chefs de l’opposition préfèrent la vengeance personnelle à la proposition de former un gouvernement d’union nationale et de gérer conjointement la crise gouvernementale et les affaires courantes. Ils sèment la discorde en propageant une fois de plus la haine et la mauvaise foi. Ils sont capables de mentir à leur auditoire, de changer d’avis et d’idéologie, de trahir leurs convictions, et même de pactiser avec le diable pour voir Netanyahu derrière les barreaux.

Certes, la politique est parfois sale et écœurante, et Netanyahu lui-même a contribué à ce climat malsain, mais la situation actuelle est criante, les menaces sont omniprésentes et la guerre n’est pas encore terminée.

Mettons de côté nos querelles personnelles, nos rancunes et nos égos, car la crise est si profonde et si grave.

Il est inutile et ridicule de jouer avec notre avenir comme des enfants en colère et d’exiger ensuite l’intervention du président des États-Unis… Prenons notre destin en main.

Nous sommes dans une impasse, et aucun parti ne détient la majorité absolue. La vengeance personnelle doit-elle primer sur les intérêts de l’État ? Dès lors, tous les moyens sont-ils permis pour destituer Netanyahu et s’allier avec des partis non sionistes qui propagent la haine contre les soldats de Tsahal et glorifient les terroristes, tant au pays qu’à l’étranger ?

Comment ignorer les messages qui nient le caractère juif de l’État et prétendent qu’une majorité juive est une forme de racisme et d’apartheid ? Dans ces conditions, peuvent-ils siéger au sein d’une coalition sioniste ? Approuver l’annexion de la vallée du Jourdain et l’établissement de frontières défendables ? La reprise de la guerre contre l’Iran, contre le Hamas palestinien à Gaza et en Judée-Samarie, ou contre le Hezbollah libanais ?

Bien sûr, la population arabe représente plus de 20 % de la population totale ; elle fait partie intégrante de la société israélienne et, dans son immense majorité, elle contribue à sa manière à l’effort civique national. Nous devons l’encourager et l’intégrer pour le bien commun. 

Face à l’impasse et au risque de nouvelles élections, seul un gouvernement d’union nationale restreint sera en mesure de traiter d’urgence les affaires quotidiennes, les questions pressantes et sensibles, et de mettre en œuvre toutes les réformes nécessaires.

Le gouvernement d’union nationale formé par Shamir et Peres en 1984 était une alliance de circonstance et forcée, mais il a réussi à survivre pendant près de 8 ans malgré de profondes divergences.

Donnons espoir au peuple en attendant des jours meilleurs. Soulignons que la force indéfectible du peuple juif s’est toujours puisée dans son unité.

Freddy Eytan est un diplomate, ancien ambassadeur et journaliste-écrivain israélien

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