« Tout le monde se tire dessus » : à Blois, le PS sort (déjà) les fléchettes avant la primaire
Les universités d’été du PS, à Blois, ont marqué le coup d’envoi de la primaire prévue en octobre. Derrière les appels à l’apaisement, chaque prétendant a avancé ses pions. Avec plus ou moins d’élégance.
Un karaoké, « la halle aux grains transformée en boîte de nuit », « le running de 7 h 30 »… À écouter le député Arthur Delaporte dérouler le programme du week-end depuis l’hôtel de ville de Blois, vue plongeante sur la Loire, on pouvait aisément se croire en club de vacances. Ambiance détente et grandes embrassades
À l’ouverture de leur traditionnelle université d’été, les socialistes bruissaient d’une seule et même résolution : faire la paix. Les modalités de la future primaire désormais gravées dans le marbre, après des mois de querelles picrocholines, fini les guerres internes, jurait-on. « On a tous passé à nos troupes la consigne que les choses se passent bien », glissait Boris Vallaud, tout juste officiellement rallié à Raphaël Glucksmann. « Quand je vais croiser Olivier [Faure] on va se faire la bise, on n’est pas cons ! », s’amusait le député des Landes, en froid (glacial) avec le Premier secrétaire. « On sait qu’on n’a pas intérêt à merder ! », abondait une proche d’Olivier Faure. Comme un soudain océan de bienveillance.
Glucksmann dans le viseur
Parmi les têtes d’affiche, c’est sans doute Raphaël Glucksmann qui jouait le plus gros. Quelques jours après avoir annoncé sa participation à la primaire, à laquelle il s’était pourtant longtemps refusé, le patron de Place Publique a voulu rassurer des socialistes encore traumatisés par le score désastreux d’Anne Hidalgo en 2022. « Jamais je n’imaginais mener cette bataille sans le Parti socialiste ! », a-t-il lancé vendredi en fin d’après-midi, à peine débarqué, avant de filer à un pot de la fédération de Paris dans une pizzeria blésoise. « Il n’avait pas le choix, nuance un pro-Hollande. Raphaël, c’est quatre parlementaires. Il n’a pas de grands élus, pas d’argent. Il a besoin du PS. »
L’eurodéputé, ultra-favori du scrutin prévu en octobre, est la principale cible de ses challengers. S’il n’a pas encore officialisé sa candidature, Olivier Faure a réuni ses proches jeudi soir pour les derniers réglages de sa campagne à venir. Très affaibli en interne au lendemain des élections municipales, sur fond de désaccords sur les alliances avec LFI, le Premier secrétaire a voulu rappeler qu’il comptait bien se mêler du match, s’invitant de manière inattendue à un point presse organisé par Raphaël Glucksmann. « Nous avons décidé d’une primaire ouverte à tous, nous débattrons et nous choisirons dans la clarté », a lancé samedi le Premier secrétaire lors de son discours de clôture.
La « tentation » de Ruffin
De quoi laisser entendre que Glucksmann ne serait pas le candidat naturel du PS ? « Il y a encore un doute sur lui », glisse un cadre fauriste. « Il se fait une illusion sur ce qu’est la base militante », soupire une autre. Et un proche de l’eurodéputé de regretter, déjà, les « coups tordus » du camp du Premier secrétaire. Option jeu de fléchettes au club de vacances.

Mais un vieux loup de mer socialiste incite l’eurodéputé à tenir bon : « Si Raphaël s’en sort malgré une campagne dure, il va prendre une épaisseur qu’il n’avait peut-être pas au début. Il ne faut pas avoir peur du combat politique. Ça peut vous forger un caractère, vous donner une nouvelle dimension. »
D’autant qu’outre Philippe Brun, Jérôme Guedj, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann et Ségolène Royal, le scrutin pourrait compter plus de candidats qu’imaginé. L’ex-socialiste Emmanuel Maurel réfléchit sérieusement à s’y présenter. Et quid de François Ruffin, de passage à Blois ? « Il y a toujours une tentation », a confié l’ancien député insoumis. Avant de fustiger des socialistes « qui se comportent comme des vigiles à l’entrée d’une boîte de nuit et qui disent aux candidats et aux électeurs : “Non, vous n’êtes pas les bienvenus.” » Comprendre : la primaire fermée, où les candidatures sont soumises à ratification des caciques du PS, très peu pour lui.
Polyphonie
Sur le fond du discours, les socialistes n’ont pas évité non plus la polyphonie. Enchaînant jadis les conciliabules avec Sébastien Lecornu, Olivier Faure a viré la barre à bâbord, jugeant que le débat sur l’annulation de la dette initié par Jean-Luc Mélenchon « mérite d’être posé » ou prédisant déjà une censure du budget. « Nous ne sommes pas là pour assurer la survie du macronisme », a-t-il martelé dans son discours de clôture aux forts accents de gauche, allant même jusqu’à citer Édouard Glissant, théoricien de la « créolisation » chère à Jean-Luc Mélenchon.
Aux antipodes de François Hollande qui, depuis le perron de l’hôtel de ville de Blois, a lâché : « S’il n’y a pas de budget pour l’année prochaine, ça mettrait le candidat qui serait victorieux […] dans une position extrêmement difficile. »
Hollande joue sa partition
Qu’importe, de retour à Blois, pressé par Olivier Faure de passer par la case primaire, François Hollande s’en est tenu à sa stratégie : il ne participera pas à ce scrutin et prendra sa décision sur une éventuelle candidature en décembre. Il s’est d’ailleurs arrêté un moment pour prendre un café avec Karim Bouamrane, le maire de Saint-Ouen, candidat à la présidentielle, lui aussi sans passer par la primaire.

L’ancien président a ensuite réuni ses soutiens dans un bar blésois, où avaient été placardées des affiches imprimées cet été par des amis pour louer le bilan de son quinquennat. Dans la salle, parmi les militants, se sont glissés des compagnons de route historiques dont le communicant Gaspard Gantzer, l’ancien secrétaire général de l’Élysée Jean-Pierre Jouyet, le patron des sénateurs socialistes Patrick Kanner ou l’ex-Premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis.
« Le bloc central va s’effondrer »
En attendant, les socialistes ne veulent pas (tout à fait) perdre espoir. « On est les héritiers de Léon Blum, de Jean Jaurès. On ne peut pas se laisser envahir par des discours de merde qui disent qu’on est morts », souffle une militante historique. « Nous y sommes. C’est maintenant que tout commence, a martelé Olivier Faure. Le bloc central va s’effondrer. C’est terminé ! La seule question est désormais de savoir qui sera chargé de reconstruire. »
Au détour d’un stand, quelques élus tombent sur des chiens guides d’aveugles. Tout message subliminal sur la situation actuelle du Parti socialiste serait fortuit. « Ce ne sont pas des chiens qui aboient, sauf en cas de danger vraiment grave. Par exemple, s’il y a un second tour Le Pen-Mélenchon. » Le chemin pour l’éviter n’est pas encore tout à fait visible.
Le Point
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