Pegasus : la France au cœur du scandale

Cinq ans après le début du scandale Pegasus, de nouvelles enquêtes publiées par un consortium de médias relancent l’affaire en dévoilant que la France avait envisagé d’acheter le logiciel espion israélien au moment même où plusieurs ministres français auraient été ciblés. Ces révélations interviennent alors que le Premier ministre français Sébastien Lecornu est en visite officielle au Maroc, soulignant la complexité des relations franco-marocaines dans ce contexte sensible.

Les documents et témoignages recueillis montrent que plusieurs téléphones de membres du gouvernement français de l’époque, dont ceux de Florence Parly (Armées) et Jean-Michel Blanquer (Éducation nationale), présentaient des traces techniques suggérant une compromission. Lecornu lui-même aurait été ciblé dès juillet 2019, alors qu’il était ministre des Collectivités territoriales. Ces indices techniques, analysés par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), sont associés à des opérations attribuées à des intérêts marocains, ce qui pose un sérieux problème de sécurité nationale.

Par ailleurs, plusieurs administrations françaises, dont la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), la Direction du renseignement militaire (DRM) et le ministère de la Justice, auraient étudié entre 2019 et 2020 la possibilité d’acquérir Pegasus pour leurs propres enquêtes, notamment dans les domaines du terrorisme et du narcotrafic. Les négociations, menées via la société française Syans, intermédiaire de NSO Group, auraient atteint un stade avancé, avec un budget envisagé entre 60 et 80 millions d’euros. Cependant, le projet a été abandonné fin 2020 après un arbitrage de l’Élysée, Emmanuel Macron invoquant des préoccupations liées à la souveraineté technologique et aux risques réputationnels.

L’enquête met aussi en lumière les pratiques de surveillance du Maroc, qui aurait utilisé Pegasus à partir de 2017 pour cibler opposants, journalistes et défenseurs des droits humains. Le journaliste marocain Omar Radi, connu pour ses enquêtes sur l’entourage royal, aurait été surveillé pendant plusieurs années avant son arrestation en 2020 et sa condamnation, avant d’être gracié en 2024. Le Maroc nie fermement ces accusations et demande des preuves tangibles. En France, les investigations judiciaires se poursuivent, mais elles sont freinées par le manque de coopération des autorités marocaines.

Cette affaire, qui mêle enjeux diplomatiques, sécurité nationale et droits humains, illustre les tensions persistantes autour de l’usage des technologies de surveillance. Elle intervient à un moment crucial où la France cherche à renforcer ses liens avec le Maroc, ce qui complexifie la gestion politique et diplomatique de ce dossier sensible. La question de la souveraineté numérique et des risques liés à l’adoption de technologies étrangères demeure au cœur des débats, alors que la confiance entre les États est mise à rude épreuve.

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