«Le Suicide français» : le best-seller d’Éric Zemmour débarque à l’écran
L’adaptation du livre du président de Reconquête va être diffusée cette semaine sur Planète+. Quatre épisodes qui ne laisseront personne indifférent.
Les premières secondes s’ouvrent sur l’annonce de Georges Pompidou, alors que le Général de Gaulle vient de rendre son dernier souffle. « La France est veuve » déplore, solennel, l’ancien président. À partir de cette onde de choc, Éric Zemmour rembobine, puis déroule cinquante ans d’histoire de France. Cinq décennies de transformations qu’il considère être un « suicide français » ; adaptation à l’écran de son best-seller éponyme, publié en 2014 chez Albin Michel et écoulé à un demi-million d’exemplaires, qui accompagne la réédition du livre.
« J’y pensais presque depuis l’écriture du livre. J’estimais qu’il y avait là une matière qui pouvait très bien se prêter à l’image. Car j’y retrace une période où la télévision est devenue omniprésente dans les foyers. Et il existe une masse d’archives considérable pour illustrer mes écrits. Par ailleurs, j’ai grandi dans les années 1960, à l’époque de l’ORTF, et j’étais fasciné par les émissions documentaires ou les récits historiques qu’elle diffusait. J’aimais cette idée que la télévision puisse raconter l’histoire collective », confie-t-il.
D’emblée, la tonalité générale frappe par sa singularité. D’abord parce que l’ancien journaliste l’incarne de bout en bout, par la narration, mais aussi physiquement : il y déambule dans Paris, un peu à la manière – avec un style aux antipodes – de Stéphane Bern et Lorànt Deutsch dans leurs séries d’émissions historiques. Le président de Reconquête y revisite sans ambages le demi-siècle écoulé et y fustige une pléiade de lois et d’évolutions sociétales diverses qui ont, pour lui, marqué les tournants successifs qui ont rapproché le pays de la ruine. Tant d’un point de vue économique qu’idéologique. Une lecture de l’histoire très personnelle, forcément, qu’il assume pleinement : « Ce n’est pas un travail neutre, au sens traditionnel. C’est un regard. Et ce regard, je le porte. Parce que personne d’autre ne pouvait le faire de cette manière-là. Ce que j’espère, c’est que des spectateurs regarderont ces films comme ils regarderaient un documentaire historique : avec curiosité, même s’ils ne sont pas d’accord. »
On y retrouve toutes les valeurs cardinales dont il déplore le sabotage progressif, lui-même décrypté par une série d’événements jugés déterminants par l’auteur. Le divorce par consentement mutuel est évoqué, tout comme la baisse de la natalité, la chute de la souveraineté nationale, le regroupement familial, la désindustrialisation, les premières émeutes de banlieue, l’émergence du « pouvoir gay », du rap ou encore des radios dites « libres »… Et tant d’autres. Constellé d’images d’archives soigneusement sélectionnées, l’ensemble est porté par une atmosphère grave, nerveuse, tour à tour nostalgique et anxiogène, qui confère parfois à ce magazine historique des airs de thriller. « Le livre permet une analyse, mais l’image donne une force supplémentaire. Certaines séquences ont une puissance émotionnelle que le texte ne peut pas atteindre », souligne Éric Zemmour.
Écrire pour mobiliser
Libre à chacun de se laisser convaincre par sa lecture du passé, mais tous peuvent se laisser séduire par la trame, le « scénario », et la façon dont s’articule ce programme signé du réalisateur Sébastien Leroy. Le regard historique est assumé : il y a au bas de l’écran une frise chronologique, qui progresse de date en date à mesure que Zemmour dégaine ses arguments.
Une atmosphère tour à tour nostalgique et anxiogène
Certaines œuvres de la culture populaire y sont également diffusées et commentées pour illustrer le propos : Les Divorcés de Michel Delpech, qui « banalisent » la séparation (1973), des extraits de la série Hélène et les garçons (1992), qu’il accuse de « féminiser » la gent masculine, ou encore le film Dupont Lajoie (1975), qui aurait contribué à « dénigrer le peuple français ».
Prêts à être diffusés, les quatre films auront nécessité plus d’un an d’écriture, de tournage et de montage. Certains s’interrogeront sans doute sur le choix de l’exercice, alors que Zemmour officie désormais sur la scène politique. Mais l’intéressé répond : « Il est vrai que le contexte a changé. En 2014, j’écrivais pour alerter. Désormais je veux mobiliser. Je me suis toujours considéré avant tout comme un écrivain. Même quand j’étais journaliste, j’étais déjà dans une démarche d’écriture et d’analyse. Avant, j’utilisais le livre ou la presse. Aujourd’hui, la télévision et l’image. Mais l’intention reste la même : intervenir dans le débat des idées. »
Ici comme au-delà des frontières. Car si Fayard ressort une nouvelle édition actualisée de ce Suicide français, une version traduite en anglais va prochainement être publiée aux États-Unis. « Je suis allé récemment à Washington et à New York pour la présenter. C’est une première ouverture vers le marché américain… On verra ce que cela donne, mais il y a déjà un intérêt éditorial », se félicite-t-il.
Le Suicide français, les mardis 23 et 30 juin à 20 h 55 sur Planète+ et disponible sur l’app Canal+. 4 x 52 minutes.
Le JDD
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