RABBI YOHANAN BEN ZAKKAÏ
Fondateur du Judaïsme Rabbinique
Par Maurice-Ruben HAYOUN

On mesure le traumatisme subi par les hébreux, les juifs, lors de la défaite face aux légions romaines en l’an 70.

Aucun système en place ne fut épargné, aucun corps organisé ne fut à l’abri des conséquences de cette catastrophe nationale, ni l’institution royale, ni l’organisation du culte sacrificiel, ni même l’armée chargée de défendre la nation.

Le seul corps organisé à l’époque était la caste sacerdotale centrée autour du temple de Jérusalem.
L’envahisseur romain allait tout détruire et favoriser l’émergence d’un judaïsme nouveau nourri par une classe nouvelle, celle des érudits de la Thora (TALMIDÉ CHACHAMIM).

Sur cet arrière-fond, nous verrons naître un judaïsme d’expédients qui n’exige plus un enracinement dans le sol, mais le culte de la nostalgie d’une patrie perdue !

Un immense défi était lancé à la nouvelle religion qui devait faire face à une situation radicalement nouvelle, celle de l’exil, de la reconstruction et de la définition d’objectifs religieux totalement nouveaux.

L’âme de cette ère nouvelle porte un nom :
RABBI YOHANANN BEN ZAKAÏ

Contemporain de la chute du second temple, ses partisans convaincus de la nécessité de faire table rase du passé. Il fallait sortir du cadre ancien et affronter la situation nouvelle avec des armes nouvelles, notamment celles de la prière et de la méditation de la Thora de D’ieu !
Ce dernier point est resté jusqu’à nos jours l’apanage des érudits de la Thora.

La littérature talmudique est le fruit de cette confrontation entre le verbe divin et le verbe humain.

Je vais parler à présent du nouveau cadre religieux qui naquit de cette confrontation.

Comme chacun sait, le Talmud ne livre par une histoire rigoureusement exacte de ce qui s’est réellement passé, il nous donne donc une vision qu’il a lui-même élaborée à cette fin.

Le général Romain qui assiège la ville de Jérusalem voit que l’un des assiégés essaie de le joindre, il se rend compte que cet homme, différent des autres assiégés est différent de ceux qui rêvent de mourir jusqu’au dernier (une vue politique moins confuse et plus réaliste).

Il vient dire au Général Romain que la ville de Jérusalem va tomber entre ses mains et le prie de lui accorder une faveur : Il demande que l’on épargne la petite ville de YAVNÉ située à moins de 100 km de Jérusalem et surtout il abdique toute revendication d’un rôle politique ou militaire dans l’immédiat.

Il faut comprendre le pari de JOHANAN :
Sauver ce qui pouvait l’être et faire des concessions qui revenaient à refermer 1000 ans d’histoire juive à venir : Pour sauver la nation, il fallait renoncer à son rôle universaliste.

Le sort d’Israël s’est joué ce jour-là, et nul autre que YOHANAN n’aurait eu le courage ou l’inconscience d’agir de la sorte !

Israël redevenait un peuple de prêtres qui ne fait ni guerre ni politique.

Il faut dire un mot des détails expressifs relatant l’exfiltration de Rabbi YOHANAN d’une Jérusalem assiégée, il lui fallu d’abord franchir les lignes de défense judéenne ; Ce ne fut pas facile car les gardes ne laissaient ni entrer ni sortir les disciples du Sage.

Ils eurent l’idée d’un stratagème faisant passer YOHANAN dans un cercueil afin de l’enterrer en dehors des remparts de la ville.

Mais les gardes étaient si féroces qu’ils exigèrent de donner quelques coups d’épée dans le corps pour être certains que c’était bien un cadavre, c’est alors que l’un des disciples qui accompagnaient le cercueil intervint en ces termes :
« Non seulement vous ne respectiez pas le Rabbi de son vivant mais vous voulez aussi profaner sa dépouille ».

YOHANAN est enfin mis en présence du Général Romain et lui explique son oracle :
« Non seulement cette ville sera la proie des flammes mais en plus le peuple en sera exilé ».

Avant de prendre congé, YOHANAN salue le Général avec la formule destinée aux empereurs, le Romain réagit en disant au sage hébreu : « Tu te trompes », le sage répond « Je ne me trompe pas, bientôt le sénat de Rome va t’élire empereur, le futur empereur éclate de joie au point de ne pouvoir lacer sa sandale…
Pour illustrer que le Sage juif est aussi un fin connaisseur de l’âme humaine.
Il suggère de convoquer l’officier qu’il apprécie le moins, et ainsi le futur empereur peut lacer sa sandale !

Comment conclure ?
Certes YOHANAN Ben ZAKKAÏ est une personnalité incontournable qui a joué et joue encore de nos jours un rôle central dans la définition du judaïsme orthodoxe.

04 MARS 2026

Maurice-Ruben HAYOUN

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Le professeur Maurice-Ruben Hayoun, né en 1951 à Agadir, est un philosophe, spécialisé dans la philosophie juive, la philosophie allemande et judéo-allemande de Moïse Mendelssohn à Gershom Scholem, un exégète et un historien français. il est également Professeur à  l’université de Genève

 

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