Pourquoi les médias grecs effacent-ils le père Germanos de la couverture médiatique de l’affaire Barghouti ?

Chaim Lax

Marwan Barghouti fait de nouveau parler de lui, cette fois-ci en raison d’une campagne menée par des célébrités pour obtenir sa libération de prison.

Ces deux derniers mois, les principaux médias grecs qui ont couvert l’affaire du terroriste palestinien ont omis un fait essentiel : l’une de ses victimes était le père Germanos, un citoyen grec.
En ne mentionnant pas le père Germanos, ces médias ont présenté son cas comme un problème uniquement lié au Moyen-Orient et non comme un problème qui nous touche de près.

Le père Germanos, né Georgios Tsibouktzakis en Grèce, était un moine-prêtre orthodoxe grec qui s’était installé en Israël au début des années 1990 pour exercer son ministère au monastère Saint-Georges, dans le désert de Judée.
Il était très respecté et reconnu pour ses relations chaleureuses avec la communauté locale.

Le 12 juin 2001, alors qu’il rentrait au monastère depuis Jérusalem, le père Germanos fut victime d’une embuscade et assassiné par des terroristes palestiniens. L’attaque fut perpétrée par des hommes armés affiliés au Fatah, faisant de lui l’une des plus de 1 000 Israéliens et ressortissants étrangers tués lors d’attentats terroristes palestiniens durant la Seconde Intifada .

En 2004, le terroriste notoire Marwan Barghouti a été reconnu coupable par un tribunal de Tel Aviv et condamné à cinq peines de prison à perpétuité pour avoir orchestré une série d’attentats qui ont coûté la vie à cinq civils, dont le père Germanos.

Depuis 2004, les appels à la libération de Marwan Barghouti sont devenus une cause célèbre parmi ceux qui sont prêts à fermer les yeux sur le terrorisme et le meurtre, s’accrochant à l’idée qu’il pourrait en quelque sorte devenir une figure unificatrice de la politique palestinienne, voire un partenaire pour la paix avec Israël.

Le soutien à Barghouti a connu des hauts et des bas au cours des deux dernières décennies, mais ces derniers mois ont été marqués par une nette recrudescence des articles, des commentaires et des portraits favorables au chef terroriste palestinien. Sa libération a été évoquée avant le dernier cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, et plus récemment, 200 artistes et célébrités ont publiquement soutenu sa libération.

Ce regain d’intérêt ne s’est pas limité aux médias anglophones. La couverture médiatique de Barghouti a été très large, avec des articles parus dans des médias du monde entier.

Les médias grecs n’ont pas fait exception à l’intérêt international renouvelé pour Marwan Barghouti. Ces derniers mois, plusieurs organes de presse grecs ont publié des articles mettant en lumière le dirigeant palestinien emprisonné.

Pourtant, une omission frappante se dégage de tous ces articles: aucun ne mentionne le père Germanos. La dernière fois qu’un média grec grand public a fait référence à son assassinat en lien avec l’affaire Barghouti remonte à novembre 2023.

Une analyse de la couverture médiatique récente en langue grecque révèle que ces articles accordent peu d’attention aux véritables raisons de l’emprisonnement de Barghouti. Ils se concentrent plutôt sur les arguments avancés en faveur de sa libération, passant totalement sous silence le père Germanos et les autres victimes dont la mort a conduit à la condamnation de Barghouti.

Ces articles centrés sur Barghouti sont parus dans de nombreuses publications importantes, notamment Business Daily, Kathimerini, ERT News, ProtoThema, Naftemporik , Skai et Ethnos .

Au lieu de mettre en lumière la responsabilité de Barghouti dans le meurtre d’un de leurs compatriotes, ces médias grecs n’ont consacré que quelques brefs paragraphes à son passé terroriste et violent. Leurs articles se sont principalement concentrés sur la campagne menée pour sa libération.

En omettant le père Germanos de leurs récents reportages sur Marwan Barghouti, les médias grecs desservent leur public. Ils présentent la libération potentielle de Barghouti comme une question cantonnée au Moyen-Orient, sans en souligner les profondes répercussions pour la Grèce.
Ce traitement médiatique occulte une vérité simple: cette affaire est loin d’être lointaine et est directement liée au meurtre d’un citoyen grec dont le nom mérite d’être honoré.

Photo de Chaim LaxOriginaire de Toronto, au Canada, Chaim Lax s’est installé en Israël en 2018. Il est titulaire d’une licence (avec mention) en sciences politiques et histoire de l’Université York, ainsi que d’une maîtrise en études israéliennes de l’École internationale Rothberg de l’Université hébraïque de Jérusalem. Avant de rejoindre HonestReporting, Chaim a travaillé pour diverses organisations de défense des droits d’Israël, tant au Canada qu’en Israël.

JForum.fr avec HonestReporting
Crédit photo : Barghouti Photo par Flash90 maarivout Père Germanos Tsbuktsakis photo par Getty Images

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