De Bagdad à la liberté : le calvaire d’une otage israélienne
L’enfer caché d’Elizabeth Tsurkov, otage d’une milice irakienne
Elizabeth Tsurkov, une chercheuse israélo-russe de 38 ans, a brisé le silence dans une entrevue bouleversante, sept semaines après sa libération d’une captivité de deux ans et demi en Irak. Enlevée en mars 2023 à Bagdad alors qu’elle collectait des données pour sa thèse de doctorat à l’université de Princeton, cette spécialiste des mouvements chiites a vécu un cauchemar orchestré par les Kataib Hezbollah, une milice chiite influente financée par l’Iran. Ses révélations, livrées sans fard, mettent en lumière les mécanismes brutaux d’une organisation classée terroriste par les États-Unis et opérant avec une impunité notoire en Irak, où des milliers de ses membres touchent même des salaires du gouvernement central.
Tout a basculé lors d’un rendez-vous anodin dans un café bondé du centre de Bagdad. Tsurkov, voyageant sous son passeport russe pour minimiser les risques liés à sa nationalité israélienne, s’est retrouvée piégée par un commando masqué. Forcée de grimper dans un véhicule sombre, elle a résisté farouchement, mais des coups violents et une agression sexuelle immédiate l’ont rapidement soumise. Ligotée avec des liens en plastique, jetée dans un sac, elle a été emmenée dans une vaste résidence à une trentaine de minutes de la ville. Initialement visée pour une rançon, sa détention a viré au drame géopolitique quand ses ravisseurs ont découvert des indices de son identité israélienne sur son téléphone portable. Accusée d’espionnage – une allégation fermement réfutée par Tsurkov et les autorités de Tel-Aviv –, elle a été plongée dans un cycle infernal de sévices pour arracher des confessions fabriquées.
Les premiers mois ont été les plus impitoyables. Battue à coups de poing et de pied jusqu’à l’épuisement, suspendue par les poignets au plafond pour des heures, électrocutée avec des câbles reliés à une batterie de voiture : Tsurkov décrit un arsenal de cruautés physiques qui l’ont laissée couverte d’ecchymoses et de plaies. Contraintes à des postures tordues, elle a développé des lésions dorsales et aux épaules qui pourraient s’avérer irréversibles. Perdue dans les ténèbres d’une cellule sans fenêtre, elle n’a jamais aperçu la lumière du jour pendant ses 903 jours d’emprisonnement. Réveillée à grands jets d’eau froide après des évanouissements, elle a aussi subi des assauts sexuels répétés, transformant chaque instant en menace latente. « C’était comme si j’étais leur sac de frappe personnel », confie-t-elle, évoquant les geôliers Ibrahim et Maher qui, en juillet 2023, lui ont arraché une dent pour un mensonge sur son passé militaire.
La dimension psychologique n’était pas en reste. Isolée dans une base présumée des Kataib Hezbollah, près de la frontière iranienne après la confirmation publique de son enlèvement par Israël en juillet 2023, Tsurkov a affronté un isolement total. Le « colonel », chef des gardiens, la terrorisait par ses obsessions lubriques et ses promesses de viols imminents. Pourtant, son esprit vif l’a sauvée : pour alerter le monde, elle a semé des indices codés dans une vidéo de propagande diffusée en novembre 2023 sur les chaînes irakiennes. Obligée de clamer son allégeance fictive à la CIA et au Mossad, elle a glissé des références subtiles en hébreu. Mentionner un faux quartier nommé « Gan HaHashmal » – où « hashmal » évoque l’électricité – signalait ses électrocutions. Inventer un agent imaginaire, « Ethan Nuima », jouait sur le mot hébreu pour « torture », un cri muet de détresse.
Les Kataib Hezbollah, farouchement anti-occidentaux, incarnent une toile d’araignée plus vaste. Intégrés aux Forces de mobilisation populaire irakiennes depuis 2016, ils comptent environ 20 000 combattants et mènent des opérations transfrontalières, y compris des attaques contre des bases américaines. Leur allégeance à Téhéran leur confère une autonomie qui défie le fragile équilibre du pouvoir à Bagdad, où le Premier ministre chiite peine à les contrôler. Des incidents récents, comme les frappes américaines en représailles à leurs drones en 2024, soulignent leur rôle croissant dans les tensions régionales, exacerbées par le conflit au Liban et en Syrie.
La délivrance est survenue abruptement en septembre 2025, après 903 jours. Masquée et ligotée, Tsurkov a été transférée à un intermédiaire irakien dans un garage de la capitale, puis conduite dans une résidence huppée pour un examen médical par des praticiennes – les premières femmes croisées depuis son enlèvement. La clé de sa liberté ? Une diplomatie musclée de l’administration Trump, qui a dépêché des émissaires à Bagdad pour harceler les officiels irakiens. « Sans leur acharnement inébranlable, je ne serais plus là », admet-elle avec gratitude.
À son atterrissage en Israël, les soignants du centre médical Sheba l’ont encouragée à franchir les portes de l’hôpital à pied, soutenue mais debout, comme un symbole de résilience intacte. Son dossier médical alerte sur des nerfs endommagés et une rééducation prolongée, mais Tsurkov, déjà de retour à Princeton, refuse de se laisser définir par l’abîme. Son témoignage n’est pas seulement un récit personnel ; il expose les failles d’un Irak miné par les milices, où la quête de vérité peut coûter la peau.
Jforum.fr
![]() |
![]() |






































