Nucléaire iranien : et soudain, la Russie renverse la table
Allié de l’Occident face à l’Iran, Moscou réclame désormais des garanties que les sanctions américaines n’entraveront pas sa coopération future avec Téhéran.
La situation était inédite. Tandis que l’invasion russe de l’Ukraine plongeait l’Occident et la Russie dans la plus grave crise connue depuis la fin de la guerre froide, les diplomates occidentaux et russes restaient unis à Vienne, face à l’Iran, pour trouver une issue à l’épineux dossier du nucléaire iranien. Après des mois d’intenses négociations, les représentants des grandes puissances (France, Royaume-Uni, Allemagne, Russie, Chine et États-Unis) étaient même pratiquement tombés d’accord avec ceux de la République islamique sur un texte limitant considérablement les activités atomiques iraniennes en échange de la levée d’une partie des sanctions américaines étouffant l’économie de l’Iran. Il permettrait ainsi à Washington et à Téhéran de revenir dans le cadre du premier accord sur le nucléaire (JCPOA), signé en juillet 2015, et dont les États-Unis s’étaient unilatéralement retirés avant que l’Iran ne reprenne tambour battant son programme d’enrichissement d’uranium.
Malgré le déclenchement de la guerre, les négociateurs russes, européens, américains et chinois continuaient d’afficher un front commun face à leurs interlocuteurs iraniens, les deux camps s’appliquant à résoudre les ultimes points de divergence entre Washington et Téhéran. Mais voilà que samedi, alors qu’un accord semblait sur le point d’être signé en Autriche, le dossier du nucléaire iranien a été finalement rattrapé par la crise en Ukraine. « Il y a un problème du côté russe », a annoncé contre toute attente le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, lors d’une conférence de presse à Moscou. « Nous avons demandé à nos collègues américains des garanties écrites […] que les sanctions ne toucheront pas à notre droit à une libre et entière coopération commerciale, économique, d’investissement et technico-militaire avec l’Iran. »
« Chantage »
En représailles de son invasion de l’Ukraine, la Russie a été visée par des sanctions sans précédent visant son secteur financier et bancaire, l’objectif des pays occidentaux étant d’infliger de sévères pertes à l’économie russe et de l’isoler du reste du monde pour contraindre Moscou à changer d’attitude dans le conflit ukrainien. Or, consciente de son rôle clé dans les pourparlers de Vienne, en tant qu’alliée de Téhéran et de Pékin, mais aussi de probable pays destinataire du stock d’uranium iranien excédentaire, la Russie entend profiter de l’occasion pour desserrer l’étau autour de ses finances. « Il s’agit pour la Russie d’efforts visant à limiter les dommages causés à l’économie russe », explique au Point Andrey Kortunov, directeur général et membre du centre de réflexion russe Russian International Affairs Council (RIAC). « Sergueï Lavrov veut s’assurer que les nouvelles sanctions américaines contre la Russie n’affecteront pas sa coopération avec l’Iran. Les Russes demanderont donc aux États-Unis autant d’exemptions possibles à ces mesures, car les sanctions demeurent aujourd’hui la priorité numéro un de Moscou. »
La requête de dernière minute de Moscou a provoqué la stupéfaction des « partenaires occidentaux » de la Russie, rassemblés jusqu’ici au sein des pourparlers de Vienne par leur volonté commune d’empêcher que l’Iran se dote de la bombe atomique. « Les diplomates évitent de tout mélanger par principe et tendent à traiter chaque dossier selon ses mérites. Parce que, sinon, en réalité, il ne s’agit que de chantage et non pas de diplomatie », a pointé dimanche soir un responsable français à l’Élysée. « Nous avons jusqu’à présent, à Vienne, dans le contexte des négociations avec l’Iran, bien travaillé avec la Russie. Nous appelons la Russie à prendre la mesure de ce qui se passe, à assumer toutes ses responsabilités de garant du JCPOA, et donc de se comporter conformément à l’intérêt commun que nous avons à clore cette négociation. »
« Hors sujet »
Directement interpellés par la Russie, les États-Unis ont quant à eux jugé la demande russe « hors sujet ». « Les sanctions adoptées contre la Russie n’ont rien à voir avec l’accord sur le nucléaire iranien […]. Les deux choses sont totalement différentes », s’est insurgé dimanche le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken dans une interview à la chaîne CBS. « C’est dans l’intérêt de la Russie, peu importe le reste, que l’Iran ne soit pas capable d’avoir une arme nucléaire ou n’ait pas la capacité de produire une arme très rapidement », a ajouté le secrétaire d’État. « Cet intérêt reste valable, quelle que soit notre relation avec la Russie depuis son invasion de l’Ukraine. »
Reste à savoir si ce rebondissement correspond à un repli tactique de Moscou, dans le but d’obtenir quelques concessions économiques de la part Washington, ou s’il s’agit d’un changement de stratégie visant à remettre tout bonnement en cause la signature de l’accord sur le nucléaire iranien si les conditions réclamées par la Russie n’étaient pas satisfaites. « À ce stade, il est difficile de déchiffrer ce que souhaite Sergueï Lavrov », confie au Point Ali Vaez, directeur du projet Iran au sein du centre de réflexion International Crisis Group. « S’il veut s’assurer que la Russie ne soit pas empêchée par les sanctions américaines de respecter sa part du marché du JCPOA, les États-Unis peuvent facilement émettre des dérogations pour les rassurer. En revanche, ajoute l’expert de retour de Vienne, s’il souhaite profiter du JCPOA pour percer le mur des sanctions américaines contre l’Ukraine, alors il sera impossible de les satisfaire. »
Allié de l’Iran
L’étonnement a gagné jusqu’à Téhéran, où l’on se réjouissait pourtant de l’imminence d’un accord qui allait enfin permettre la levée progressive des sanctions. Samedi, en même temps que Sergueï Lavrov formulait ses nouvelles demandes aux États-Unis, le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, se mettait d’accord à Téhéran avec les autorités iraniennes sur un mécanisme visant à régler certaines questions techniques en suspens, notamment la présence de matière nucléaire dans plusieurs sites non déclarés par l’Iran. Mais, soucieux de ne pas froisser leur allié russe, les responsables iraniens ont exprimé leur surprise dans un langage infiniment policé. Interrogé ce lundi lors de son point de presse hebdomadaire, le porte-parole de la diplomatie iranienne Saïd Khatibzadeh a répondu avoir « pris connaissance des propos [de Sergueï] Lavrov dans les médias », et d’attendre d’avoir « les détails par la voie diplomatique ».
LE POINT
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Les européens et usa obamesque veulent que l’iran s’enrichisse suite à cet accord foireux , leur livre du pétrole moins cher et continue leur élargissement guerrier contre Israël et les autres pays sunnites , et que les russes s’effondrent économiquement par des embargo et autres sanctions, c’est le moment pour Israël d’oblitérer toutes les stations nucléaires de l’iran et leurs sites de missiles balistiques , ça arrangera tout le monde ….