Cérémonie des Justes parmi les Nations à l’Hôtel Marbot de Tulle, en présence notamment de la représentante de l’ambassade d’Israël à Paris © Delphine Simonneau
Six Corréziens reconnus Justes parmi les Nations
Publié le 05/02/2020 à 07h04
Avec Adrien et Marie-Louise Bouyssou, Victor et Marguerite Aubertie, Julien et Rose Bouyou, officiellement distingués hier, en fin de matinée, au conseil départemental à Tulle, la Corrèze compte désormais 63 Justes parmi les Nations.
Dans le salon « prestige » et feutré de l’Hôtel Marbot, ce sont ainsi trois couples qui, dans la discrétion, ont été honorés pour avoir, en 1944, sauvé la vie d’une famille juive réfugiée en pays de Tulle.
D’origine polonaise, mais installés à Belfort, elle avait trouvé refuge à Tulle au cours de la Seconde Guerre mondiale. La menace devenant y compris en Corrèze de plus en plus vive, le père, Isidore André Schiffmann, avait été contraint de verser dans la clandestinité.
La rencontre avec Adrien Bouyssou, alors président de l’Union corrézienne des amputés de guerre, et son épouse Marie-Louise fut salvatrice, a-t-il été retracé lors de la cérémonie. Grièvement atteint à la jambe lors de la Grande Guerre, c’est lui qui permit, grâce au concours de deux autres membres de cette union d’anciens militaires blessés, de cacher les époux Schiffmann et leurs quatre enfants.
Des descendants émus
« Dans une lettre reçue de Georges Schiffmann, celui-ci m’indique que mon grand-père réussit à les faire sortir de Tulle – le couple, les deux fils et les deux filles – et avait donc chargé Victor Aubertie et Julien Bouyou de trouver des abris sûrs. Ce qu’ils ont fait sans aucune hésitation dans la région d’Argentat », a retracé Michel Delbos, le petit-fils d’Adrien Bouyssou.
C’est un honneur et une joie de leur rendre hommage.
Aux côtés des autres ayants droit des trois couples récipiendaires, Eliane Turkeltaub, descendante de la famille Schiffmann, s’est dite « très émue » : « La cérémonie d’aujourd’hui est le résultat des démarches de mon oncle Georges Schiffmann et de Monsieur Michel Delbos, pour faire aboutir cette reconnaissance des Justes auprès de Yad Vashem. C’est un honneur et une joie de leur rendre hommage. »
Transmettre la mémoire
En présence de nombreux élèves d’établissements tullistes, qui ont lu des poèmes, dont Le badge, d’Albert Pesses – « On m’a donné un badge quand j’étais enfant… On avait marqué « juif » sur mon cœur de 7 ans » -, Eliane Turkeltaub a poursuivi : « Il y a nécessité de garder la mémoire de leurs actes de sauvetage. Ils se sont engagés pour protéger notre famille, mettre à l’abri enfants et parents. Il y a nécessité de transmettre ce témoignage de courage et de fraternité aux générations futures. »
Quatre Cantaliens reconnus « Justes parmi les nations » [carte]
Cette question de la mémoire a pris un accent tout particulier, a rappelé le maire de Tulle Bernard Combes, « dans la ville martyre qu’est la nôtre », tandis que l’ancien chef de l’Etat François Hollande soulignait sur le geste fraternel et désintéressé de ces trois couples médaillés : « C’est un courage qui se donne sans contrepartie, c’est cela qui fait le geste pour l’humanité. »
Le représentant du comité français pour Yad Vashem, Gérard Benguigui, a rappelé le sens de cette haute distinction civile israélienne : « Vous avez bravé le danger et n’avez écouté que la voix de votre conscience, vous avez pu dire non à la haine et à la barbarie », et ce « alors qu’aujourd’hui les actes antisémites refont surface en France. »
Désormais, les noms d’Adrien et Marie-Louise Bouyssou, de Victor et Marguerite Aubertie, de Julien et Rose Bouyou vont rejoindre l’Histoire, et la longue liste inscrite dans l’allée des Justes du mémorial Yad Vashem de Jérusalem.
Trois couples de Corréziens déclarés Justes parmi les Nations
C’est une cérémonie émouvante qui va se dérouler ce mardi matin à l’Hôtel du Département Marbot à Tulle.
Le comité Yad Vashem va remettre des médailles de Justes parmi les Nations, qui honorent des personnes non juives ayant sauvé des Juifs des persécutions nazies.
Ce sont cette fois six personnes qui vont être ainsi remerciés de la plus haute distinction israélienne : Marie-Louise et Adrien Bouyssou, Rose et Julien Bouyou, Marguerite et Victor Aubertie. Ces trois couples ont caché durant l’occupation toute une famille, les Schiffmann.
Trois blessés de la guerre de 14-18
Il y avait le couple, les deux enfants, une tante, un grand-père. Les Schiffmann étaient originaires de Belfort. Ils étaient venus se réfugier à Tulle au début de l’occupation. Ils ont été hébergés au départ par Marie-Louise et Adrien Bouyssou, le secrétaire de la mairie, qui était par ailleurs un ancien de la guerre de 14-18.
Blessé, il avait créé l’Union Corrézienne des Amputés de Guerre. Et justement quand il a vu que la présence des Allemands et de la Gestapo à Tulle était devenue trop pressante, il a fait appel à deux copains de cette union, habitant tous les deux avec leurs épouses à Argentat.
Et c’est ainsi que les Schiffmann restèrent cachés jusqu’à la fin de la guerre chez les Aubertie et chez les Bouyou. Toute la famille a survécu.
La chanteuse Mireille
Avec ces 6 personnes supplémentaires, ça fait 63 Justes parmi les Nations en Corrèze. Un nombre important au regard d’autres départements. Comme tout le Limousin, la Corrèze était une terre de résistance et aussi une terre rurale où il était peut-être plus facile de se cacher.
De très nombreuses familles juives étaient venues s’y réfugier. Beaucoup de résistants en Limousin furent des Juifs d’ailleurs, comme Isidore-André Schiffmann. Et donc beaucoup de groupes locaux de résistants ont aidé ces familles.
Ainsi de ces trois couples honorés ce mardi qui avaient de fait créé un petit réseau d’aide. Grâce auquel ils ont aidé d’autres familles juives. On en connait bien au moins une autre, le couple Berl, accompagné de la mère et de la sœur de Mireille Berl. Emmanuel Berl fut un philosophe connu après guerre.
Quant à Mireille c’est par son prénom qu’elle fut célèbre. C’est elle qui avait créé le fameux Petit conservatoire de la chanson, qui lança les carrières notamment de Françoise Hardy, Julien Clerc, Michel Bergé, Alain Souchon et plein d’autres.
Source : FranceBleu, crif.org
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