Qui n’a pas entendu parler du groupe Shalva? Il s’agit de la révélation des sélections pour déterminer le représentant d’Israël à l’Eurovision 2019 (1).

Ces 8 musiciens possèdent la particularité d’être tous handicapés et d’appartenir à un organisme unique et extraordinaire: Shalva.

Visite guidée de ce qui est pour des centaines de familles aujourd’hui, leur bouteille d’oxygène, ce qui leur permet au quotidien d’espérer et ainsi de changer leurs vies pour le meilleur.

Yossi Samuels: celui par qui tout a commencé

L’histoire de Shalva, c’est d’abord celle de la famille Samuels. Kalman et Malki Samuels mettent au monde un garçon en bonne santé, il y a 42 ans: Yossi.

A l’âge d’un an, le bébé reçoit un mauvais vaccin. Les conséquences sont dramatiques et irréversibles: Yossi devient aveugle, sourd et hyperactif. Alors qu’il se trouve entre la vie et la mort, ses parents entreprennent des traitement aux Etats-Unis pour le sauver.

Si ses jours ne sont plus en danger, ses handicaps sont lourds. La famille décide alors de revenir en Israël. Là, Yossi est scolarisé pendant une demi-journée dans une école pour sourds et l’autre moitié du temps, dans une école pour aveugles.

Parallèlement, il bénéficie de cours particuliers suivant la méthode d’Helen Keller, qui se base sur un langage de signes adaptés aux sourds qui sont également aveugles.

Les résultats tardent à venir, mais enfin lorsque Yossi a 8 ans, ses  parents parviennent à établir une vraie communication avec lui.

Kalman et Malki décident alors de proposer une structure pour aider les parents qui sont confrontés au handicap de leur enfant. Au début, Shalva comporte 6 enfants, puis progressivement, grâce à la générosité de donateurs, l’organisme se développe.

En 30 ans d’existence, Shalva est devenu l’adresse de centaines de familles qui y trouve réconfort, conseils, soins et surtout joie et affection.

Et tout cela, grâce à l’âme particulière que Kalman et Malki y ont insufflé et aux dons, sur lesquels Shalva base la quasi-totalité de son existence et de son développement, jusqu’à aujourd’hui.

 

Un havre de bonheur et d’amour

Shalva est ouvert à tous les handicapés, bébés, enfants, adolescents et adultes, quel que soit leur handicap et le degré de celui-ci.

Alexandra Charbit, coordinatrice de l’organisme, nous détaille: ”Nous avons des programmes adaptés à tous. Les familles nous sont adressées par les hôpitaux et les services sociaux. Elles viennent de tout le pays”.

Pour la petite enfance, le programme ”ani vé imi” permet aux parents de mieux comprendre et accepter le fait que leur enfant soit différent.

Certaines mamans témoignent de la difficulté d’approcher leur enfant, qui ne répond pas aux espoirs nourris pendant la grossesse.

Shalva transforme cette crainte et crée une relation de complicité très forte entre les parents et leurs enfants.

”Shalva c’est aussi pour les parents, les grands-parents et les frères et sœurs, un lieu de soutien fondamental”, renchérit Alexandra, ”Ils se rencontrent, partagent leurs expériences, se sentent moins seuls dans leur quotidien et trouvent des solutions aux difficultés qui se posent”.

Crèche, maternelle, jeux intérieurs, extérieurs, tout est présent à l’intérieur du bâtiment pharaonique de Shalva. En fonction des handicaps, les enfants suivent une scolarité qui leur garantit le meilleur développement.

”La particularité de Shalva, c’est que nous tenons à intégrer les enfants dans le monde qui les entoure. Dès la crèche, nous pratiquons cette immersion dans des structures où évoluent des enfants qui ne sont pas handicapés. Cela possède un double avantage: stimuler les enfants de Shalva et éduquer les autres à accepter la différence et le handicap”.

Shalva c’est aussi un programme d’activités extra-scolaires, tous les après-midi. A la sortie des classes, des écoles spécialisées où sont scolarisés ces enfants, ils sont plus de 700 à affluer vers Shalva à 15h. Jusqu’à 18h, ils pratiquent toutes sortes d’activités: sport, natation grâce à la splendide piscine dans le centre, musique, arts plastiques, etc.

L’équipe de Shalva, composée de professionnels attentionnés et de filles effectuant leur sherout leumi, assiste avec affection et patience les 20 groupes d’enfants, répartis suivant leur âge mais surtout leurs fonctions mentales.

”Une fois par semaine, les  enfants de ces groupes peuvent dormir sur place”, nous explique Alexandra. ”Cela permet de soulager les familles. Les  parents peuvent en profiter pour sortir, les frères et sœurs peuvent plus facilement inviter des amis”.

Là également, les enfants sont entourés d’une chaleur incroyable de la part du personnel, et profitent, eux aussi, d’un moment privilégié.

Et bien entendu, Shalva prodigue à ces enfants et adultes, tous les soins para-médicaux nécessaires à leur développement: orthophonie, hydrothérapie, kiné, développement de la motricité. Tout est réuni en un seul lieu, ce qui enlève une charge considérable aux parents qui n’ont pas à courir d’un endroit à un autre.

Des adultes heureux

Les handicapés en Israël ne sont pris en charge par l’Etat que jusqu’à l’âge de 21 ans. Au-delà, c’est un casse-tête pour les familles qui ne peuvent laisser livré à lui-même un jeune adulte plus ou moins dépendant.

 

Shalva fait partie des quelques organismes spécialisés qui proposent des programmes pour adultes. Là aussi, le mot d’ordre est l’intégration au monde environnant.

”Nous possédons un magasin et un restaurant halavi. Ce sont les membres de Shalva qui les font vivre”, décrit Alexandra.

Céramiques, fabrication de boites de thé, métier de cuisinier, assistant au maon ou serveur dans le restaurant: autant de vrais métiers qu’exercent des adultes handicapés, grâce à Shalva et aux structures internes.

 

Alexandra nous confie que grâce aux formations de Shalva, certains d’entre eux ont même été embauchés dans des restaurants à l’extérieur, et pas pour faire le ménage.

D’autres travaillent chez des fleuristes en utilisant le savoir acquis à Shalva dans la confection de bouquet.

Une autre échéance témoigne de cette ouverture: le marathon de Jérusalem.

Chaque année, une course spéciale de 800 mètres y est organisée pour Shalva. Les enfants handicapés sont rejoints par des personnes de tous horizons et courent, avec le fameux T-shirt violet, pour Shalva. Tout le monde peut y participer, l’ambiance y est unique.

 

“Cela fait de nombreuses années que je travaille aux côtés de personnes handicapées”, témoigne Alexandra, ”je n’ai jamais été confrontée à des réactions négatives vis-à-vis de ces personnes. Certains peuvent être un peu gênés, ne pas savoir comment s’y prendre, mais au jour le jour, notre société fait preuve d’un bon niveau d’acceptation de l’autre quand il est différent.

C’est particulièrement vrai aussi chez nos jeunes. Nous avons 70 filles du Sherout Leumi qui effectuent un travail extraordinaire et de tout leur cœur. Des garçons se portent volontaires, pendant une année avant leur service militaire, des  jeunes de l’étranger aussi viennent nous prêter main forte. Ce qui est magnifique c’est le contact qu’ils établissent avec les enfants ici. Ils maintiennent des liens même une fois qu’ils sont partis. Shalva est un exemple d’union et d’amitié inattendues”.

Le groupe Shalva: au-delà du handicap

 

C’est cette ouverture au monde extérieur, si chère à Shalva, que symbolise aujourd’hui le groupe Shalva. A l’origine, un ancien soldat d’une unité d’élite, Shay Ben Shoushan.

Grièvement blessé, il s’en sortira. Après sa convalescence, il décide de créer, il y a 13 ans, ce groupe de musiciens.

La thérapie musicale est reconnue pour ses bienfaits”, nous confirme Alexandra, ”Shalva en a fait une de ses activités. Shay s’est tourné vers nous pour monter son projet. Il s’est aperçu que nous avions de vrais talents: Yaïr, Yossef, Tal, Annaëlle, Sarah, Dina, Guy. Tous ceux que vous voyez sur scène à la télévision aujourd’hui, ont commencé dans le studio de Shalva, il y a 5 ans”.

 

Depuis, ils ont pris leur envol. Shalva Band est un groupe de professionnels, qui vit de sa musique. Ils font des concerts en Israël et dans le monde entier. Tal et Yaïr travaillent aussi à Shalva, Guy étudie à l’université. Annaëlle et Dina ont fait du chant leur métier à plein temps. Ils répètent avec beaucoup de sérieux et de persévérance et le résultat est là.

”Ce groupe se base aussi sur beaucoup de discussions  et d’écoute par rapport aux besoins spéciaux de chacun de ses membres”.

Le message qu’il veut porter est celui de la fierté d’être de bons musiciens. Ils exhortent le public à ne pas regarder leur handicap, ils revendiquent le droit d’être jugés comme tout le monde et ne craignent pas la critique.

Je pense que Neta Barzilaï a aidé Shalva à viser encore plus haut et à se présenter pour l’Eurovision 2019. Elle a prouvé qu’il n’était pas nécessaire de rentrer dans les stéréotypes pour mériter de gagner. Le talent musical, la fierté de représenter son pays: voilà ce qui compte”.

Seront-ils nos porte-drapeau à l’Eurovision à Tel Aviv? Dans tous les cas, nous n’avons pas fini d’entendre parler de Shalva…

Guitel Benishay

(1) Israël a fait ses débuts au concours Eurovision de la chanson en 1973 et était représenté par Ilanit qui a terminé à la 4e place avec la chanson «Ey Sham». Leur première victoire est venue en 1978 avec Izar Cohen et l’Alphabeta. Israël a encore gagné l’année suivante avec Gali Atari & Milk and Honey. La troisième victoire d’Israël est intervenue en 1998 lorsque Dana International a interprété «Diva» à Birmingham, battant Malte à la victoire dans une séquence de vote tendue. Israël s’est battu dans la compétition au début des années 2010, ne parvenant pas à se qualifier pour la finale de 2011-2014. Cependant, depuis que le processus de sélection de HaKokhav HaBa a été introduit en 2015, Israël a vu sa fortune changer. En 2018, Netta a remporté le Concours de la chanson Eurovision avec la chanson «Toy». Cette chanson est devenue l’entrée sur Eurovision la plus regardée de tous les temps sur YouTube.

Pour aller plus loin:

Dere’h Shalva 1, Bayit Vagan, Jérusalem

Tel: +972.2.651.9555

Email: info@shalva.org

www.shalva.org

Pour participer au marathon:

projects@shalva.org 050-2434327

Guitel Ben-Ishay

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