RUSSIE : PETITE LEÇON DE PROPAGANDE

Comme l’avait indiqué le défecteur Youri Bezmenov, le renseignement russe est moins académique que ses homologues occidentaux et accorde plus de moyens à l’influence qu’au cumul de renseignements. Après quelques années de recul, il semble désormais possible de dégager les raisons de l’efficacité de la nouvelle «Dezinformatzia» russe.

La priorité est d’abord d’instrumentaliser et d’alimenter tous les groupes contestataires, des néo-nazis aux islamistes jusqu’aux écologistes, représentant chacun des lignes d’opérations convergeant vers un unique effet final recherché : la diabolisation de l’atlantisme.

Pour éviter la contre-information de l’Occident, et l’impact de ses valeurs sur l’opinion publique, il est stratégique pour le Kremlin de saturer les médias russophones et les relais informels de thèmes anxiogènes (assassinat des Russes dans les rues de Kiev, attaques contre l’orthodoxie, encerclement des troupes de l’Otan…).

Désorienter, créer la confusion pour convaincre les masses que rien n’est vrai et que tout est très compliqué, procède du même dessein. Il suffit ensuite de les rassurer, de les unir et de leur permettre de s’identifier derrière l’illusion d’un pouvoir fort et conquérant. D’où la vague de contre-sanctions contre la Pologne et la Turquie, qui ont suivi les sanctions économiques occidentales après la Crimée.

C’est la conquête de la première impression de l’opinion publique qui est l’enjeu de toutes les campagnes d’information. Dès les premières manifestations de la place Maidan, les statistiques des titres accrocheurs de l’infosphère russe évoquant le rôle des sympathisants néo-nazis ont explosé. A l’extérieur, l’adversaire doit être sidéré, démoralisé, paralysé : clichés et vidéos de corps mutilés ont été répandus sur internet tant lors du conflit en Géorgie, qu’en Syrie ou dans le Dombass.

Et quand les preuves de la désinformation russe deviennent indiscutables, des campagnes nauséabondes ciblent ensuite les témoins pour les discréditer, pour faire endosser à l’adversaire la responsabilité de ses propres actes. Puis de nouveaux événements sont créés de toute pièce, afin de détourner l’attention de l’opinion publique.

L’opération la plus magistrale est sans doute celle qui a fait croire à l’attaque terroriste de l’usine chimique de Columbia : dossier de presse auprès des médias occidentaux partenaires, chaînes Youtube, pages sur Wikipédia, fausses acquisitions d’écran sur CNN, fausses interviews, des douzaines de comptes créés pour l’occasion débitant des centaines de tweets par heure ont même ciblé les habitants des agglomérations voisines pour provoquer des mouvements de panique…

Russie : petite leçon de propagande

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