Hertha players wave to imaginary fans in the empty stands after the German Bundesliga soccer match between Hertha Berlin and Union Berlin at the Olympic stadium in Berlin, Friday, Dec. 4, 2020. Hertha won the game 3-1. (Odd Andersen/Pool Photo via AP)

Une société israélienne se dit responsable du départ du patron du club de foot de Berlin

Selon Shibumi Strategy, le propriétaire du Hertha aurait engagé la société pour évincer le président de l’équipe, mais n’aurait jamais payé les 5 millions d’euros promis.

La révélation la semaine dernière qu’une société commerciale d’espionnage israélienne aurait contribué à la démission du président d’une équipe de football berlinoise, a provoqué une onde de choc dans le monde du sport allemand et a exposé les opérations d’une société de renseignement jusqu’alors inconnue.

Le 6 septembre, Shibumi Strategy a porté plainte à Tel-Aviv contre Lars Windhorst, propriétaire majoritaire du club de football Hertha BSC de Berlin. Cette action porte sur le non-paiement de la campagne d’influence secrète menée avec succès pendant un an contre Werner Gegenbauer, alors président de l’équipe, pour laquelle la société avait été engagée, selon des dossiers de la Cour consultés par le Times of Israel.

Le Financial Times a été le premier a révéler cette poursuite en justice, selon laquelle Windhorst aurait accepté de payer 5 millions d’euros à Shibumi. Quelques heures plus tard, la société d’intelligence économique a retiré sa plainte. Le club Hertha aurait demandé à un cabinet d’avocats d’enquêter de manière indépendante sur les allégations de l’article.

Ni Shibumi Strategy ni Lars Windhorst n’ont répondu à la demande de commentaires du Times of Israel. Dans une publication sur Facebook samedi, Lars Windhorst a qualifié l’article du Financial Times de « grotesque ».

Selon la plainte de Shibumi Strategy, désormais retirée, mais accessible aux chroniqueurs judiciaires en Israël, Lars Windhorst a rencontré le PDG de Shibumi, Ori Gur-Ari, en juin 2021, afin de solliciter l’aide de la société pour évincer Gegenbauer.

Windhorst aurait initialement acquis 49,9 % des parts du Hertha par l’intermédiaire de sa société Tennor Holding en 2019. Un an plus tard, il a augmenté ses parts à 66,6 %, en payant un total de 374 millions d’euros. Selon les médias, il aurait promis de transformer l’équipe notoirement médiocre en un « club digne des grands », capable de gagner des matchs et de participer à la Ligue des champions, le tournoi de football le plus important d’Europe. Le club est classé parmi les derniers de la Bundesliga, la première division allemande.

D’après la plainte déposée auprès du tribunal de district de Tel Aviv, Windhorst avait le sentiment que Gegenbauer entravait sa collaboration avec le reste de la direction du club. Bien que Windhorst soit l’actionnaire majoritaire du club, les règles de la Bundesliga, qui interdisent à un seul investisseur de détenir le pouvoir de décision sur un club, l’ont empêché de licencier purement et simplement Gegenbauer, toujours selon la plainte.

Windhorst n’a cependant jamais caché ce qu’il pensait du patron de l’équipe, l’attaquant publiquement et appelant à sa démission. Windhorst a accepté de payer des honoraires mensuels de 125 000 euros à Shibumi et une « commission de succès » de 4 millions d’euros pour « planifier et développer une stratégie » dont le but ultime était de pousser Gegenbauer à quitter le club, selon la plainte.

Shibumi Strategy a déclaré avoir procédé à une campagne d’un an, engageant des Israéliens germanophones qui ont approché la famille, les collègues et les connaissances de Gegenbauer sous de faux prétextes, recueillant des renseignements et influençant ces personnes pour qu’elles mènent des actions dont le but était le départ de Gegenbauer.

« Pendant toute la durée du projet, une équipe de plus de vingt cadres, agents de terrain (anciens agents), responsables de campagne, analystes OSINT, concepteurs web, rédacteurs de contenu et germanophones ont été recrutés pour le projet, et tous ont travaillé ensemble jour et nuit pendant douze mois », indique la plainte.

Un profil bas, des tactiques familières

Shibumi Strategy a été fondée à Tel Aviv en 2017 par Gur-Ari et Saphia Fenton, une Israélienne qui venait de quitter la société d’espionnage Black Cube, si l’on en croit une poursuite judiciaire qu’elle a intentée contre Black Cube en 2017.

La société garde un profil bas. Ni Gur-Ari ni Fenton, qui possèdent la société, n’ont vraiment d’empreinte numérique, et le site web de la société consiste en une seule page avec les mots « Let’s discuss how we can be of service to you. » [Voyons comment nous pourrions vous être utiles]

La description des activités de l’entreprise figure dans les métadonnées de la page, invisibles sur la page d’accueil : « Shibumi Strategy Ltd. est une agence de renseignement internationale qui soutient et réalise des activités complexes de service d’information/de renseignement qui sont personnalisées pour des particuliers fortunés, des officiers de justice et des entreprises confrontés à des situations extrêmement critiques/précaires et sensibles. »

Selon les médias, le député Ram Ben Barak (Yesh Atid), ancien directeur adjoint du Mossad, était consultant du conseil d’administration de la société à ses débuts. Contacté par le Times of Israel, Ben Barak a déclaré qu’il n’avait plus aucune relation avec la société.

« Je suis membre de la Knesset depuis environ trois ans et demi et je ne fais donc plus de consultance. J’ai été en contact avec la société pendant quelques mois il y a environ 4 ans et demi », a-t-il écrit dans un SMS.

Nombre des tactiques décrites par Shibumi, telles qu’elles sont détaillées dans l’action en justice, rappellent celles utilisées par des sociétés d’influence secrètes israéliennes comme Black Cube et Psy-Group, qui auraient utilisé des agents de terrain et des avatars de réseaux sociaux, respectivement, pour influencer clandestinement des cibles.

Il fait exactement ce que nous voulons

La stratégie de Shibumi pour évincer Gegenbauer, président du Hertha BSC depuis 2008, a consisté à envoyer des « agents de terrain » pour parler avec des membres de sa famille, de son cercle social et de ses supporters importants, a indiqué la société.

En Allemagne, les clubs de football sont contrôlés par des associations de supporters, qui élisent ensuite un président. Shibumi s’est vanté d’avoir établi une relation si étroite entre ses agents et un membre particulier du club Hertha que « par leurs échanges personnels quotidiens, l’équipe [de Shibumi] influençait [ce dernier] au gré de leurs besoins ».

Selon la plainte, Shibumi a également envoyé un message WhatsApp à Windhorst au sujet du membre important du club, en disant « il fait exactement ce que nous voulons. Nous le dirigeons au quotidien ».

Dans la plainte, Shibumi Strategy affirme qu’en plus d’utiliser des agents de terrain, elle a diffusé des messages négatifs sur Gegenbauer sur les réseaux sociaux et proposé des articles négatifs sur lui à des journalistes.

Shibumi a créé un blog sportif intitulé « Sportfreax », et a même engagé un caricaturiste pour créer des mèmes en ligne représentant Gegenbauer sous les traits d’une sinistre faucheuse, d’un diable ou d’un magnat mangeur de cigares. Ces mèmes ont été diffusés sur Facebook, Twitter et Instagram.

« Les caricatures dépeignent la cible principale de manière négative et sont conçues pour affecter son image publique et sa réputation dans le cadre de l’effort visant à écarter la cible principale de son poste actuel », indique un des documents de la plainte.

En outre, Shibumi Strategy a déclaré que ses agents ont distribué des milliers de prospectus, d’autocollants et des centaines de sweat-shirts aux supporters lors des matchs du Hertha. Beaucoup d’entre eux portaient l’inscription « Gegenbauer Raus », qui signifie « Gegenbauer oust ! » en allemand. Le 24 mai 2022, face aux critiques de plus en plus nombreuses concernant sa gestion, Gegenbauer a démissionné, invoquant vouloir « prendre un nouveau départ pour l’avenir du Hertha BSC. »

Shibumi s’est attribué le mérite.

« Le projet a été accompli avec succès le 24 mai 2022, lorsque la cible principale a officiellement annoncé sa démission du poste de président du Hertha BSC au comité exécutif du club de football. De ce fait, l’objectif du projet a été atteint », indique un rapport d’étape que Shibumi a envoyé à Windhorst et qui a été inclus dans la plainte. À ce stade, Gur-Ari avait déjà envoyé plusieurs courriels à Windhorst pour se plaindre du retard de paiement de ses factures depuis plusieurs mois, selon la plainte. « Cher Lars, j’espère que vous allez bien », peut-on lire dans un courriel datant du 20 avril 2022. « Veuillez noter qu’il y a actuellement sept factures ouvertes pour un montant total de 875 000 euros.

« J’apprécierais que vous vous en occupiez, car nos dépenses pour un tel projet sont très élevées, et il m’est devenu difficile de continuer à financer nos activités sans être payé. » Windhorst a effectué quelques paiements initiaux, selon la plainte, mais n’a jamais réglé l’intégralité de la somme.

Le 26 mai 2022, deux jours après la démission de Gegenbauer, Windhorst aurait dit à Gur-Ari qu’il n’était pas convaincu que ce soit la campagne secrète qui a entraîné la démission de Gegenbauer.

« Salut, Ori », aurait-il écrit, « le problème est qu’il y a eu et qu’il y a toujours une énorme divergence entre votre perception de la valeur que vous apportez ou avez apportée dans le passé et la réalité de la façon dont les choses se sont passées… »

Selon la plainte, le 24 juin, Windhorst a envoyé à Gur-Ari un message via l’application Signal disant : « Nous n’avons aucune idée et aucune preuve que votre travail ait été substantiel et ait eu un quelconque effet sur Hertha. »

Gur-Ari a objecté.

« Je me sens profondément insulté… nous avons travaillé jours et nuits en dépit du fait que vous ne nous avez pas versé nos honoraires pendant 8 mois. Vous m’avez promis des millions si Gegenbauer quittait son poste sans condition. »

Cette saga n’est que la dernière en date à frapper Windhorst, qui a été poursuivi à de multiples reprises pour avoir apparemment manqué de payer ses dettes. Il a notamment été poursuivi par Len Blavatnik, l’actionnaire majoritaire de la chaîne de télévision israélienne la Treizième chaîne, avec lequel il a conclu un accord pour 64 millions de dollars en 2017. En novembre, un tribunal néerlandais a déclaré sa société holding Tennor Holding B.V. insolvable.

L’entrepreneur et financier allemand de 45 ans a connu la gloire à 16 ans lorsqu’il a abandonné l’école pour fonder une entreprise d’électronique qui valait plusieurs millions de dollars. Il a ensuite déclaré faillite mais a rebondi en 2004 quand il a fondé une société d’investissement connue sous le nom de Sapinda Group, qui a ensuite changé de nom pour devenir Tennor Holding B.V.

En 2010, il a été condamné à un an de prison avec sursis pour avoir détourné environ 800 000 € de fonds de la société pour rembourser des dettes et pour usage personnel.

Windhorst a la réputation de mener une vie de luxe, de voler en avion privé et de recevoir les gens avec qui fait des affaires à bord de son yacht.

Malgré les promesses de Windhorst de transformer le Hertha, le club est toujours en difficulté, et se trouve actuellement à la 14e place de la Bundesliga de 18 équipes, un an après avoir évité de justesse la relégation.

Source : fr.timesofisrael.com

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