Un déluge inattendu frappe Jérusalem

À Jérusalem, personne ne regardait vraiment le ciel. Nous sommes en plein mois d’août, lorsque la pluie semble avoir déserté la ville depuis des semaines et que le thermomètre impose habituellement sa loi. Pourtant, ce samedi, quelque chose a changé. Les nuages se sont refermés sur les collines, les premières détonations de l’orage ont retenti et, en quelques minutes, l’eau s’est mise à tomber avec une violence que la région n’avait pratiquement jamais connue à cette période de l’année. Un scénario météorologique improbable venait de commencer.

Le phénomène a frappé plusieurs secteurs à la fois : Jérusalem, Maale Adumim, le Gush Etzion et le nord du Golan. Mais c’est à Maale Adumim, aux portes du désert de Judée, que les précipitations ont atteint leur niveau le plus spectaculaire, avec environ 26 millimètres relevés au cours de l’épisode, dont une grande partie en l’espace d’une heure. À Rosh Tzurim, dans le Gush Etzion, 15 millimètres sont tombés en très peu de temps. Jérusalem, elle aussi, a été traversée par des averses suffisamment fortes pour transformer certaines rues en torrents improvisés. Pour une population habituée à passer l’été sous un ciel presque immuablement sec, la scène avait quelque chose d’irréel.

Très vite, les conséquences sont apparues. Dans plusieurs quartiers de l’est et du sud de Jérusalem, l’eau s’est engouffrée dans les rues, menaçant maisons et véhicules. Pompiers et secouristes ont été envoyés sur différents points pour venir en aide aux habitants pris au piège. Les consignes ont immédiatement changé : éviter les parkings souterrains, ne pas emprunter les ascenseurs dans les bâtiments touchés et surtout rester éloigné des canaux d’écoulement. Plus à l’est, la route 90 a été fermée temporairement dans les deux sens en raison du risque de crues. Même sur la côte, à Achziv, la baignade a été interdite en raison de conditions maritimes inhabituelles.

Mais c’est dans le désert de Judée que l’épisode a pris une dimension presque cinématographique. L’eau tombée sur les hauteurs s’est brutalement mise en mouvement, remplissant des cours d’eau habituellement secs et provoquant des crues soudaines. Dans ces paysages minéraux, quelques dizaines de minutes de pluie peuvent suffire pour qu’un lit asséché se transforme en piège. Le contraste est saisissant : au cœur de l’été israélien, alors que le pays sortait d’une longue période de chaleur, les autorités se sont retrouvées à lancer des alertes… contre les inondations.

Les données historiques donnent toute sa mesure à l’événement. Dans les monts de Judée, aucun cumul comparable n’aurait été enregistré en juillet ou en août depuis le début des relevés météorologiques au XIXe siècle. À l’échelle d’Israël, dépasser 25 millimètres au mois d’août reste extrêmement rare, même si quelques précédents ont été recensés au cours du siècle dernier.

L’épisode devrait progressivement perdre de son intensité, même si des averses localisées et des risques de crues restent possibles dans certaines régions orientales. Rien n’indique qu’un bouleversement durable du climat estival israélien puisse être déduit d’une seule journée. Mais ce samedi restera comme une anomalie spectaculaire : pendant quelques heures, Jérusalem a connu en plein mois d’août un décor que personne n’attendait.

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