Steve Maman, le « Schindler juif » au secours des esclaves sexuelles de Daech

Marine Brossard, publié le , mis à jour à
Steve Maman dit avoir déjà sauvé plus d'une centaine d'esclaves de l'Etat Islamique. (Illustration)

Steve Maman dit avoir déjà sauvé plus d’une centaine d’esclaves de l’Etat Islamique. (Illustration)

REUTERS/Rodi Said

Un homme d’affaires montréalais a lancé une campagne de crowdfunding pour financer la libération d’esclaves de l’Etat Islamique. Il affirme avoir déjà sauvé plus d’une centaine de femmes et d’enfants.

« Je ne resterai pas passif », affirme Steve Maman. Cet homme d’affaires montréalais a décidé d’agir pour libérer les enfants réduits au rang d’esclaves sexuels dans les villes prises par Daech. Quitte à financer les activités de l’organisation Etat Islamique.

« Des enfants tués pour avoir refusé de se plier aux ordres de Daech. Des fillettes de huit ans violées »… La vidéo réalisée par la fondation de Steve Maman, la CYCY (Christian and Yazidi Children of Irak) donne un aperçu de l’horreur de la vie sous l’Etat Islamique, accusé par l’ONU de tentative de génocide.

2000 dollars pour libérer un enfant

« Le prix de la vie d’un enfant pour les enlever des mains de Daech se situe entre 1000 et 3000 dollars », développe le businessman canadien sans donner plus de compléments sur le détail de cette somme.

Début août, l’envoyée spéciale de l’ONU a mis à jour la liste de l’Etat islamique fixant les prix de ses esclaves sexuelles. Selon le document, les tarifs varient selon l’âge des femmes, de 35 euros pour une femme de 50 ans à 150 euros (166 dollars) pour un enfant de moins de neuf ans.

Le 5 juillet, Steve maman a lancé une campagne de financement participatif afin de lever des fonds pour poursuivre la libération des enfants prisonniers de Daech. Il a déjà collecté par ce biais quelques 440 000 dollars. Steve Maman espère atteindre les deux millions de dollars (1,8 millions d’euros).

Le « Schindler juif »

Steve Maman affirme avoir déjà libéré 102 femmes et enfants depuis janvier, en partie avec sa fortune personnelle. « Ces personnes ont été escortées vers un emplacement sûr dans le nord de l’Irak où l’abri, la nourriture, et les soins médicaux à court terme ont été fournis », poursuit le businessman.

L’entrepreneur montréalais d’origine marocaine explique s’appuyer sur des contacts sur place, notamment un pasteur à Bagdad. Ce vendeur de voitures de collection dit également faire jouer son réseau commercial.

Citant le Talmud (« Celui qui sauve une vie sauve l’humanité toute entière »), le quarantenaire d’origine séfarade dit être inspiré par Oskar Schindler, l’industriel allemand qui a sauvé 1200 juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.

En août dernier, 5000 à 7000 femmes étaient encore prisonnières de Daech.

Source : lexpress.fr

 

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Steve Maman, l’homme d’affaires qui rachète les esclaves sexuelles de Daech

Steve Maman avec Stephen Harper, le premier ministre canadien.

Ce Montréalais affirme avoir déjà sauvé 128 femmes et enfants, issus des minorités yazidies et chrétiennes. Chaque libération coûterait entre 1500 et 2000 euros.

Depuis quelques jours, la presse canadienne relaie l’étonnante initiative de Steve Maman. Cet homme d’affaires canadien s’est mis en tête de libérer des esclaves sexuelles, issues des minorités yazidies et chrétiennes, et capturées par le groupe terroriste Etat islamique (EI). Contacté par Le Figaro, le Montréalais affirme avoir financé grâce à sa fortune personnelle une centaine de libérations. Souhaitant aller plus loin, il a lancé un appel aux dons en juin dernier. Depuis, une trentaine d’autres enfants ont été libérés.

Ce vendeur de voitures de collection s’est lancé dans cette opération fin 2014. Le père de famille d’origine marocaine et de confession juive découvre à cette époque l’horreur que vivent les enfants et les femmes prisonniers de l’État islamique. «Je me souviens très bien de ce soir-là, nous confie Steve Maman. J’étais devant mon ordinateur et je suis tombé sur une photo d’enfants emprisonnés dans une cage. Je venais de voir le film La liste de Schindler, qui raconte l’histoire de cet industriel allemand qui a sauvé 1200 juifs pendant la Seconde guerre mondiale. À ce moment-là, je me suis dit que je devais agir.»

Entre 1500 et 2000 euros pour libérer un otage

Voyant la progression du groupe terroriste en Irak et en Syrie, Steve Maman décide dans un premier temps d’aider trois familles chrétiennes, dont le village se trouve sur le chemin de Daech. Aidé du révérend Canon Andrew White, qu’il a rencontré au gré de ses voyages d’affaires, il parvient à les faire sortir d’Irak et à les mettre en sécurité en Turquie. Il tient à les faire venir au Canada en tant que réfugiés. Mais l’opération s’avère compliquée et coûteuse. «Je me suis dit qu’à l’avenir, il valait mieux se contenter de les sortir des territoires de Daech et de les aider à retrouver leurs familles.»

Steve Maman, homme d'affaires canadien, veut récolter des dons pour financer la libération d'enfants et de femmes vendus comme esclaves sexuels.

Pour ce faire, Steve Maman dit s’appuyer sur une équipe basée en Irak, en partie composée de négociateurs d’otages. Ces derniers sont en contact avec «des intermédiaires, à l’intérieur du “Califat” et font en sorte de libérer femmes et enfants». «Ils négocient directement avec les combattants de Daech et les civils qui détiennent les esclaves sexuelles», poursuit-il. Comment? «Honnêtement, je ne le sais pas, et je ne veux surtout pas le savoir», nous répond-il. L’opération coûte entre 1500 et 2000 euros par personne libérée. «De quoi couvrir les frais pour protéger les personnes impliquées dans l’opération et pour éventuellement rémunérer les “propriétaires d’esclaves”», justifie-t-il.

128 femmes et enfants sauvés

Les libérations se passent en présence de témoins gouvernementaux du Kurdistan, assure-t-il. «On filme, on prend des photos pour garder une trace de notre action», explique encore le Montréalais, images et vidéos à l’appui. Sur l’une d’entre elles, on voit une jeune femme retrouver son père, tous deux en pleurs. Les enfants sont ensuite interrogés par son équipe et par des travailleurs humanitaires. «On leur fait remplir un formulaire, on leur demande de nous raconter leur histoire et on prélève leurs empreintes digitales», explique encore Steve Maman. Enfin, «leurs noms sont ensuite enregistrés au “bureau du génocide”». Situé à Dahuk, dans les montagnes du Kurdistan irakien, le Bureau des questions relatives aux otages tente depuis fin 2014 d’identifier, de libérer et d’insérer les yazidis kidnappés par l’État islamique. «En passant par cette administration kurde, on officialise la libération d’une personne et on s’assure de son identité grâce au registre tenu par ce bureau», justifie M. Maman.

Prise d'empreintes digitales à la libération d'une femme et de son enfant. CP: CYCI

Environ 3000 personnes, pour l’essentiel yazidies, seraient encore entre les griffes de l’État islamique. Par ailleurs, une petite fille chrétienne, Christina Khezr Azou, serait toujours détenue en Irak. Un document récemment dévoilé par l’Onu fait état des prix des esclaves sexuelles. On sait désormais que les enfants de 1 à 9 ans valent 150 euros en moyenne. Que les esclaves féminines de 10 à 20 ans sont vendues environ 110 euros. En juin dernier, Steve Maman a fondé l’organisme sans but lucratif CYCI (Liberation of Christian and Yazidi Children of Iraq) et lancé un appel aux dons via la plateforme de financement participatif Gofundme. Ouverte le 5 juillet dernier, cette cagnotte en ligne affichait ce mercredi un montant dépassant les 450.000 dollars (406.000 euros).

À ce jour, Steve Maman dit avoir sauvé 128 femmes et enfants, âgés de 3 à 35 ans. A-t-il le soutien du gouvernement canadien? «Ils apprécient mon action, mais je n’ai aucun soutien financier, ni militaire», nous répond-t-il, avant de préciser qu’il a déjà rencontré le premier ministre canadien Stephen Harper et Zainab Bangura, la représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies, chargée de la question des violences sexuelles liées aux conflits armés.

Deux femmes libérées en juillet dernier. CP: CYCI

Une initiative controversée

Si son initiative est souvent saluée, des voix s’élèvent et l’accusent de financer Daech. À Montréal, le milieu universitaire s’interroge sur la méthode employée. «Plusieurs régimes occidentaux se demandent si c’est la chose à faire puisque quand on commence, ça ne finit plus, souligne Frédéric Castel, géographe à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Et même pour des kidnappings d’otages en nombre de quelques dizaines, on est déjà contre. Qu’est-ce que ça va être quand on est avec des milliers?», demande l’enseignant, interrogé par le site d’informations La Presse.

En France, le directeur du Centre d’analyse du terrorisme (CAT) Jean-Charles Brisard se montre tout aussi sceptique. «En versant de l’argent contre la libération d’otages, je pense que cette initiative privée fait le jeu de Daech», commente-t-il, ajoutant que les rançons représentent 10% du financement de l’État islamique. «Ce qui est loin d’être négligeable!» Pour Natalie Maroun, analyste à l’Observatoire international des crises, la question est davantage morale: «Est-ce que c’est normal d’acheter un enfant pour le libérer, à l’heure où l’esclavage est aboli?»

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