LE 15 JANVIER 2026
SALOMON MAÏMON,
1750-1800
1er critique du Criticisme Kantien
J’ose me targuer d’avoir fait connaître l’œuvre et la personnalité de ce penseur méconnu en France, même si un membre de l’université française lui consacra sa thèse complémentaire dans les années 30.
J’ai traduit son autobiographie qui contient une partie de l’œuvre en hébreu et une partie en allemand.
J’ai découvert Salomon MAÏMON alors que j’étais jeune, germaniste à la Sorbonne. Il était précédé d’un parfum de critique qui ne plaidait vraiment pas en sa faveur.
Quand on lit son autobiographie réécrite par son ami, Karl Philip Moritz, on se rend compte de l’état de délabrement du système communautaire juif dans la première moitié du 18ème siècle.
MAÏMON, philosophe marginal du siècle des lumières, y brosse un tableau déprimant d’un judaïsme à la recherche de ses racines et à l’affût de chaque détail pouvant l’incriminer.
Il est certain que MAÏMON n’a pas fait œuvre loyale et honnête à l’égard du milieu qui l’a produit ! Mais lui-même a des relents de sincérité prouvant qu’il ne se faisait aucune illusion sur la situation des communautés.
Que faire ? Où aller ? Dans une Europe chrétienne qui s’était juré la mort de la religion juive !!
Fermeture des universités, confinement des études juives à la théologie et à l’histoire…
Réduction permise par une législation antisémite de toutes les possibilités d’évolution de progrès de nature à changer la société.
C’est ce que relate cette longue autobiographie que MAÏMON appelait sobrement « L’HISTOIRE DE MA VIE ».
En effet, c’est l’histoire d’une vie, véritable reflet de la vie de tout un peuple victime des aléas de l’histoire.
Mais MAÏMON n’eut pas seulement à souffrir de l’iniquité de la région de Pologne-Lituanie, il dût faire face à une direction laïque juive particulièrement réactionnaire.
Exemple : Elle l’empêcha d’accéder à la ville de Berlin où il souhaitait s’installer et prospérer sous l’ombre protectrice et tutélaire du grand Moïse MENDELSSOHN.
Ce dernier ne pouvait pas s’accommoder de la nature violente et parfois même scandaleuse de celui qui voulait faire de lui son protégé.
La nature violente et belliqueuse de MAÏMON ruina tous les projets de développements culturels destinés à faire du Judaïsme une religion européenne.
L’extrémisme de MAÏMON, qui avait d’ailleurs repris le nom de famille de MAÏMONIDE, n’appliqua pas les mêmes préceptes de son illustre devancier.
J’ai traduit les deux commentaires du GUIDE DES ÉGARÉS, l’un de l’hébreu et l’autre de l’Allemand.
Pourtant, cet homme qui avait organisé le simulacre de sa propre conversion, ne l’envisageait absolument pas dans le réel.
Cette affaire a tourné à la confusion du prêtre convertisseur, victime de sa propre machination.
Mais les dirigeants de la communauté ne l’entendaient pas de cette oreille, ils lui tinrent rigueur et virent en lui un candidat potentiel à l’apostasie.
Il n’est pas étonnant que deux noms manquent dans toute les rues d’Israël, coupables d’avoir calomnier le judaïsme : MAÏMON et SPINOZA.
Il est vrai que les plus grands philosophes allemands du 19ème ont puisé chez MAÏMON (et accessoirement chez SPINOZA) cette tendancieuse et caricaturale image du judaïsme.
Maurice-Ruben HAYOUN

Spécialiste de philosophie juive médiévale (Maimonide, Averroès, Ibn Badja, Avicenne)et de la pensée judéo-allemande moderne (de Moïse Mendelssohn à Gershom Scholem), Maurice-Ruben Hayoun est professeur des universités (Strasbourg, Bâle, Heidelberg) et notamment chargé de cours au Département de Philosophie de l’Université de Genève.
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