Quand les recherches Google racontent Israël

Chaque fin d’année, Google tend à Israël un miroir numérique : des listes de recherches qui ressemblent à un grand divan collectif. Et en 2025, surprise : en tête des sujets d’actualité, ce n’est pas la guerre, mais… une acquisition de cybersécurité. Le terme le plus tapé n’est autre que Wiz, la start-up israélo-américaine rachetée à prix d’or par Google. Quand une société locale devient l’objet d’un deal record, tout le monde veut savoir : « Qui sont-ils ? Que font-ils ? Et surtout, est-ce que mon cousin qui y travaille est déjà millionnaire ? »

Autour de ce mastodonte high-tech gravitent des curiosités plus légères, voire franchement inattendues. La poupée Labubu, créature « moche-mignonne » devenue phénomène mondial, se hisse en 2ᵉ position. Entre collectionneurs compulsifs, files d’attente devant les boutiques et chasse aux contrefaçons, les Israéliens n’ont pas échappé à cette mode. Le jeu de société Elias complète le trio de tête : quand le climat est lourd, rien de tel qu’un plateau, des cartes et quelques fous rires pour oublier un instant les alertes à la une.

Le reste du classement d’actualité ressemble à un zapping de l’année : éclipse lunaire, canicule extrême, mystérieux B2 et vente de la  Base 44. Le thermomètre qui explose, le ciel qui s’assombrit, les deals financiers qui s’enchaînent… Israël cherche autant à comprendre le climat que la finance, entre angoisse pour demain et curiosité très pragmatique.

Sur le versant politico-sécuritaire, le ton se durcit. Le nom le plus recherché est celui du chef d’état-major Eyal Zamir, reflet d’une société qui vit la guerre non pas comme un bruit de fond, mais comme une réalité quotidienne. Les confrontations avec l’Iran, l’affaire de la procureure militaire en chef ou encore la ministre May Golan occupent les premières places. Même la militante climatique Greta Thunberg, via la flottille pour Gaza, fait irruption dans ce paysage numérique déjà chargé.

Au milieu de ce tumulte, les recherches se peuplent de visages. L’ex-otage Arbel Yehud, la chanteuse Yuval Raphael, ou Danielle Amit, dont la relation avec l’ex-otage Emily Damari a fait polémique en ligne, figurent en haut des requêtes. Les noms de Liri Albag, Avinatan Or, Emily Damari et Agam Berger, otages libérés, reviennent eux aussi fréquemment. Les listes de Google deviennent une sorte de mémorial en temps réel, où chaque clic est un mélange d’empathie, de curiosité et de besoin de suivre des destins commencés dans le chaos.

L’année est également marquée par la disparition de grandes figures : les acteurs Alon Aboutboul, Zeev Revach, Rami Heuberger, le footballeur Gadi Kinda ou encore Charlie Kirk. Ces noms bondissent dans les recherches au moment de leur décès, preuve qu’avant d’allumer une bougie virtuelle, beaucoup tapent d’abord leur nom pour revivre un film, un but, une interview.

Pour respirer un peu, le pays se tourne vers les écrans. La série « Or Rishon » (Première lumière), consacrée aux atrocités du 7 octobre et à l’héroïsme israélien, arrive en tête, rappelant que même la fiction télévisée sert parfois de thérapie nationale. Côté téléréalité, « Ahava Hadasha » (Nouvel amour) devance « Mariage au premier regard » et « Big Brother » : quand la réalité est trop brutale, on regarde les histoires des autres, bien balisées et montées au millimètre.

La bande-son de l’année, elle aussi, raconte quelque chose du pays. « Malkat HaDor » (Reine de la génération) d’Omer Adam domine les recherches de paroles, tandis que des titres plus anciens comme « Habayta » de Yardena Arazi ou « Shoshanim Atzuvot », revisité par Eden Hasson et Yasmin Moalem, reviennent en force. Des chansons de retour, comme si la société cherchait des repères familiers au milieu du tumulte.

Enfin, impossible de passer à côté du raz-de-marée IA : dans la catégorie techno, neuf requêtes sur dix concernent des outils d’intelligence artificielle. ChatGPT, Gemini et NotebookLM occupent le podium, l’iPhone 17 étant le seul intrus non-IA. Entre fascination pour les nouveaux outils et inquiétude diffuse pour l’avenir du travail, Israël utilise massivement ces technologies… tout en se renseignant frénétiquement à leur sujet.

En filigrane, ce « Year in Search 2025 » dessine un pays pris entre guerre et innovation, douleur et humour, nostalgie et futurisme. Un pays qui, même dans les périodes les plus sombres, continue de poser des questions – parfois graves, parfois légères – à son moteur de recherche préféré.

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