Les dérives de plus en plus dangereuses de M. Erdogan

En marge du vote, prévisible, de l’assemblée générale de l’ONU, qui n’a pas été le grand succès espéré par les adversaires des USA et d’Israël, il faut noter un autre phénomène, parallèle à l’axe central de cette requête : la réactivation d’une diplomatie néo-ottomane du président turc actuel, une entreprise qui comporte bien des dangers tant pour la Turquie en tant que telle, que pour son président actuel…

Un observateur attentif qui considérerait la situation intérieure de ce grand pays qu’est la Turquie ne comprendrait pas du tout le bien-fondé de la politique extérieure que mène son chef actuel.

En termes plus clairs : alors qu’un coup d’Etat raté, survenu il y a si peu de temps, a fait vaciller les fondements de son pouvoir, M. Erdogan se lance dans une politique extérieure aventureuse à la tête d’un pays, certes musulman mais guère arabe, où tant les USA que l’Etat hébreu ont  et gardent de très bons amis.

A preuve, les relations commerciales et touristiques entre ces pays, d’une part et ce qui reste de l’empire ottoman, d’autre part ?

Dans ses rodomontades anti-américaines et anti-israéliennes, M. Erdogan veut ressusciter un passé glorieux à la Soliman le magnifique, mais qui n’est plus du tout à sa portée.

Au plan économique, la Turquie n’est pas encore entièrement sortie d’une économie de bazar, même si son taux de croissance n’est pas encore inquiétant ; en revanche, son potentiel n’est pas vraiment prometteur, je pense aussi à sa monnaie.

Aux plans politique et militaire, le pays ne réussit toujours pas à briser une fois pour toutes la résistance armée du PKK et d’autres mouvements kurdes indépendantistes. Quant à la situation de la Turquie dans le monde, c’est encore plus grave : le pays est isolé, l’UE n’en veut pas et fait croire qu’elle ouvre les chapitres suivants alors qu’il n’en est rien : ni la RFA ni la France ne veulent de l’entrée de ce pays dans l’UE.

Erdogan en est donc réduit à errer, à se jeter dans les bras tantôt de V. Poutine tantôt des Mollahs dont les agissements l’inquiètent en réalité mais dont il s’est fait l’allié objectif en Syrie.

Avant il le choix ? Non point, nul ne se bousculait au portillon pour l’accueillir et faire un bout de chemin avec lui. Voulez vous un exemple de cette politique aventureuse, ce cours en zigzague vis-à-vis du reste du monde ?

Le voici : les relations avec la Russie de Poutine : d’abord on menace, on met sa menace à exécution, on abat un avion de chasse russe, on tue un des deux pilotes ; et, pour finir, volte-face, on rend vivant le second pilote, on présente des excuses, on propose des dédommagements et on se joint aux autres compères sur place, l’Iran et la Russie… Quelle alliance hétéroclite !

Qui peut suivre ? Il est certain que le mécontentement croît dans certains milieux qui ne sont pas entièrement désarmés et qui, le moment venu, pourraient réagir à leur manière.

Mais là où M. Erdogan passe les bornes et dépasse toutes les limites, c’est en se plaçant à la tête d’une croisade anti-USA, en vilipendant le président Donald  Trump dans un discours public alors que son pays a vraiment besoin de cette grande puissance pour la modernisation de son armée et pour l’aide économique : que se passerait-il si les USA demain imposaient des droits de douane à des exportations turques ?

Et j’oubliais presque : ce pays est encore, en théorie, membre de l’OTAN : que se passerait il s’eil avait soudain besoin d’une assistance militaire pour faire face à une agression ?

Je répugne à citer une phrase de Bachar el Assad, mais elle est adéquate ; lors d’une discours de victoire, car il a réellement gagné la partie, Bachar a traité M. Erdogan de mendiant politique, en clair, d’un homme qui s’offre au premier venu, tant il est perdu, ne sait plus à quel saint se vouer…

Rejeté par tous, M. Erdogan veut se faire le champion de la cause palestinienne, publiquement il voue Israël aux gémonies mais dans les coulisses il conclut avec l’Etat juif de fructueuses affaires.

  • On voit, à la modération de pays arabes comme l’Egypte, la Syrie, l’Arabie saoudite que les Ottomans n’ont pas laissé que de bons souvenirs dans ces pays arabes jadis occupés par la puissance ottomane…

Jamais les arabes n’accepteront une domination néo-ottomane. Mais c’est bien le rêve éveillé que fait l’actuel président turc. Il est disposé à chevaucher n’importe quelle cause, pourvu qu’elle le mette en vedette… Benjamin Netanyahou qui n’est pas tombé de la dernière pluie, s’est contenté d’un laconique : ce Monsieur ne m’impressionne pas…

C’est à l’aune de toutes ces considérations, parfois antinomiques, voire oxymoriques, qu’il faut juger les contorsions de M. Erdogan dans l’affaire de Jérusalem, capitale éternelle de l’Etat d’Israël.

Les diplomates chevronnés prédisent que dans moins de quinze jours, le bouillonnant Turc aura tout oublié, mais pour le moment il fait de cette brûlante question son dada, tout content d’avoir entraîné bien des Etats de la région dans cette affaire.

Un détail nous frappe, en marge de cette affaire : la faible mobilisation de la base palestinienne ou des masses arabes ou musulmanes en général. L’impression prévaut qu’une ère nouvelle a déjà commencé, laissant bien des retardataires au bord de la route. Un peu comme lorsque vous ratez le coche.

Il y a tout juste dix ans, tout le monde était d’avis que le temps jouait contre Israël, sur le long terme : la démographie, l’isolement diplomatique d’Israël, le lourd budget de la défense, le terrorisme endémique, la menace de l’ennemi intérieur, etc…

Aujourd’hui, la courbe s’est inversée et plaide en faveur d’une incontestable logique du développement de l’Etat d’Israël.

La parité technologique avec la start up nation est devenue une chimère, tant Israël a pris une avance des plus considérables : il n’existe pas de gadget électronique qui ne contienne des éléments en provenance d’Israël. Même le Waze est dû à un jeune soldat qui a servi dans Tsahal…

Il ne faut jamais combattre les évidences. U ancien Calife de Bagdad aux IX-Xe siècles, Haroun al-Rachid ne disait-il pas, en sage gouvernant qu’il était : l’approche politique (al-siyassa) et l’intelligence (al-Fahama) vaincront les machines de guerre (yaghlabounharakat al harb).

Maurice-Ruben Hayoun

Le professeur Maurice-Ruben Hayoun, né en 1951 à Agadir, est un philosophe, spécialisé dans la philosophie juive, la philosophie allemande et judéo-allemande de Moïse Mendelssohn à Gershom Scholem, un exégète et un historien français. il est également Professeur à  l’université de Genève. Son dernier ouvrage: Franz Rosenzweig (Agora, universpoche, 2015)

Le nouveau cycle de conférences, Aux racines de la culture européennese penche sur l’humus spirituel et les valeurs premières qui gisent au fondement de ce continent. Mais l’Europe n’est pas seulement un continent, c’est aussi et surtout une culture, axée autour de courants spirituels et d’écoles philosophiques, qui passent à juste Titre pour sa constitution théologico-politique ou éthique.

Les réflexions qui seront exposées dans la salle des mariages de la Mairie de notre arrondissement couvrent la critique biblique, la littérature éthique, la philosophie médiévale sous son triple aspect, gréco-arabe, chrétienne et juive au miroir des pères spirituels de l’Europe : Thomas d’Aquin, Maimonide, Averroès et Maître Eckhart.

Salle des Mariages Mairie du 16e Arrondissement – 71, avenue Henri Martin- 75016 Paris

Jeudi 11 janvier -19h
Hannah Arendt, égérie de Martin Heidegger?

Jeudi 8 février – 19h
Le Moïse de Sigmung Freud, selon Y. Yerushalmi

Jeudi 15 mars – 19h
Franz Rosenzweig, la philosophie et la Révélation: le problème de la Vérité

Jeudi 5 avril – 19h
Emmanuel Levinas et Moïse Mainonide

Jeudi 17 mai – 19h
L’historien Marc Bloch et Simone Veil face au Kaddish

Jeudi 7 juin – 19h
La langue judéo-arabe: plaidoyer pour une culture (presque) oubliée

 

3 Commentaires

  1. Le problème ce n’est pas Erdogan. Aujourd’hui il est là mais demain il peut être balayé comme un malpropre. Le problème c’est la Turquie. Si la Turquie entre dan l’Union européenne, ce n’est pas elle qui va être absorbée par l’Europe mais l’Europe avalée par la Turquie. Istanbul deviendra le centre du monde et le phare du monde musulman. Déjà que notre politique est dominée par l’islam que serait-elle avec une Turquie dominante qui aura reconstitué l’empire ottoman grâce à nos institutions démocratiques. Elle ne dominera pas seulement l’Europe mais également le monde musulman car elle a (c’est en tout cas ce quelle pense) cette mission historique.
    D’ailleurs, le monde musulman suit cette affaire avec grand intérêt et soutient la candidature turque. Mais nous sommes devenus tellement imbéciles qu’on tergiverse pour éviter de dire un « non » qui exclut.
    On accuse les européens, ne souhaitant pas l’adhésion turque, d’arrières-pensées racistes etc. Mais on ne s’est jamais interrogé sur le désir obsessionnel d’Europe des Turcs et sur les non-dit de ce désir.
    Chirac (un fanatique des Turcs) nous avait endormi en son temps en nous disant « ce ne sera pas avant quinze ans ». Oubliant volontairement que ce n’était pas cette réponse qu’on attendait de lui. Ca passera par référendum avait-il dit pour gagner du temps et nous envoyer dans la niche.
    Dans quinze ans, cela voulait dire: dans quinze un grand nombre de vieux shnocks hostile aux turcs seront morts et « en même temps » on va s’occuper des enfants dans les écoles en les formatant bien, comme ça, dans 15 ans, ils voteront bien.

  2. Jusque là la Turquie va plutôt bien voir très bien même si son industrie textile depuis 2009 se fait dérouiller.
    Erdogan est un égocentrique qui se prend pour le rois de la région… megalo..
    effectivement les turcs achètent encore beaucoup d’armes aux israéliens.
    Il a réussi a se mettre en président a vie puisqu’il détruit tout ce qu’il lui fait opposition politique ou autre . Il y a quand même plus de 80/85 millions d’habitants En turquie . Et c’est un pays bien développé

  3. Erdogan offre toute la panoplie psycho-comportementale, assez courante dans le monde civilisationnel musulman mais particulièrement marquée en sa personne, du psychopathe border-line, avec des tendance paranoïdes, schizoïdes et mégalomaniaques.
    Ceci explique cela.

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