Manuel bleu contre l’antisémitisme et la désinformation

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Bleu comme le…

Manuel bleu contre l’antisémitisme et la désinformation[1]

de Raphaël Jerusalmy

 

par Jean-Marc Alcalay

Diplômé de l’Ecole Normale Supérieure, Raphaël Jerusalmy fait son Alya  après ses études. En Israël, il entame une carrière dans les services de renseignements, mais ce lieutenant-colonel aux mille vies aventureuses[2], n’a semble-t-il jamais oublié son intérêt pour la littérature, sa passion des livres anciens qu’il achète, revend et sans doute collectionne, puisqu’après sa carrière militaire, il devient, ou plutôt redevient ce qu’il n’a sans doute jamais cessé d’être, un écrivain[3] ! Il continue cependant à servir son pays puisqu’il intervient  souvent sur la chaîne i24news pour commenter l’actualité militaire israélienne, proche-orientale et internationale.

Epidémiologie d’un mal chronique.

Un peu comme un carnet de santé contre l’antisémitisme, Raphaël Jerusalmy nous propose un Manuel à l’usage de ceux qui veulent lutter contre ce fléau qui rappelle-t-il, malgré les siècles, ensanglante toujours et encore le peuple juif. Il nous le livre en vingt chapitres composés chacun de dix commentaires, ce qui fait au total deux cents clés pour comprendre et lutter contre l’antisémitisme et la désinformation. Un Manuel qui éclaire les esprits de ceux qui dénient encore l’ampleur de cette maladie pulsionnelle et passionnelle, apparentée à la pulsion de mort, entendons ici, de destruction.

 Il nous rappelle qu’en cette matière, il n’y a pas de progrès de la civilisation, mais toujours un malaise persistant à l’instar du livre de Freud, Malaise dans la culture. En matière de santé, les piqûres de rappel sont toujours nécessaires et les vaccins indispensables. Ce Manuel en est un. Tout mal suppose une histoire, a des causes et une étendue par où débute ce Manuel bleu : titre en blanc sur fond bleu comme les deux couleurs du drapeau israélien.

L’antisémitisme est né avec l’émergence du peuple juif vers -1500 précise notre auteur et depuis, il lui colle à la peau comme un virus avec des périodes moins douloureuses. Construction-destruction du Temple, exil à Babylone, retour à Jérusalem, reconstruction du temple de Jérusalem, compilation de la Bible, puis en l’an 70, nouvelles destructions, puis dispersion de tous les juifs d’Israël. Au IVème siècle, la conversion de Constantin au Christianisme  change la donne, ce que le psychanalyste Daniel Sibony appellerait sans doute une coupure-lien avant une séparation radicale, puis en 1962, une reconnaissance avec Vatican II. Mais avant cela, et pendant des siècles, l’accusation de déicide accompagne  la vie des Juifs en diaspora. Malgré leurs apports aux processus civilisationnels, ils n’en continuent pas, moins, écrit Raphaël Jerusalmy à rester les boucs émissaires d’une politique qui cherche des responsables aux maux de leur peuple qu’eux-mêmes asservissent : « Tant et si bien que la hantise des Juifs va dépasser le domaine religieux et qu’ils seront tenus pour responsables de la famine, de la peste et même des fluctuations de l’économie [4]». D’expulsions en expulsions, malgré les conversions forcées, leur retour en secret à leur foi, les Juifs n’ont jamais cessé de travailler, de prier et de fuir dans des pays plus accueillants…Avec une belle justesse de vue, Raphaël Jerusalmy nous rappelle les mutations de l’antijudaïsme en antisémitisme depuis l’antiquité jusqu’à notre « modernité » avec sa reprise par l’extrême droite, le monde musulman (Il écrit islamiste) jusqu’à la gauche, l’extrême gauche et les nazis, évidemment, toujours !…Piqûres de rappel nécessaires dont le lecteur lira avec intérêt les développements. L’histoire continue.

Il faut, écrit Raphaël Jerusalmy attendre le siècle des Lumières, la Haskala, pour les Juifs, afin qu’ils soient émancipés par les pays où ils habitent. Dans la foulée, ils s’émanciperont eux-mêmes avec le sionisme  qui naîtra aussi de cette vague de développement des Etats-nations. En 1897, Theodor Herzl en décide un pour le peuple juif. Ce sera Israël. Mais en attendant, le mal antisémite continue à s’amplifier : affaire Dreyfus en France, pogroms en Russie, exterminations en masse pendant les deux guerres mondiales dont la dernière annihilera le peuple juif pour plus de 50%. Pour notre auteur, ce rappel en 10 points était nécessaire pour comprendre ce qui a permis au peuple juif de perdurer malgré tous ces massacres. Il soulève encore 10 autres points qui expliquent le pourquoi de cette pérennité. Ainsi, écrit-il : « Cet attachement au Judaïsme, c’est-à-dire d‘un système philosophique à une terre, s’avère capital pour la pensée humaine car il fait se rejoindre le spirituel et le matériel, l’abstrait et le concret[5] ». Ceci est un manuel. Dix autres points encore expliquent la naissance de l’Etat d’Israël en 1948, né du sionisme qui est à la fois sa cause et son prolongement. Un mouvement toujours en cours ! Ce nom d’Israël est tellement ancré au cœur de l’histoire de ce peuple que son retour ne pouvait avoir lieu qu’en cette terre avec Jérusalem pour capitale qui, rappelle Raphaël Jerusalmy apparait 660 fois dans la Bible, 146 fois dans le Nouveau testament et aucune fois dans le Coran ! Qu’on se le dise et qu’on le dise encore à ceux qui voudraient confisquer Jérusalem aux Juifs !, qui eux seuls aujourd’hui garantissent la liberté absolue de culte aux religions que la ville abrite.

La pandémie actuelle.

Le chapitre sur l’antisémitisme que notre auteur place après celui sur la création d’Israël nous montre que malgré cela, il n’a pas disparu de la planète. Il est donc comme une maladie pulsionnelle chronique décrite par Freud (Thanatos) comme par Sartre et bien d’autres, et qui évolue aujourd’hui dans les réseaux sociaux, souvent asociaux d’ailleurs. Il touche même des Juifs, enfin ce qu’on appelle des juifs victimes de la haine de soi, une aubaine pour les antisémites-antisionistes…Mais contre tous ceux qui de près ou de loin restent antisémites, dans l’anonymat des réseaux asociaux, sous le couvert d’une critique d’Israël, ou qui clament carrément leur haine des Juifs, il y a écrit Raphaël Jerusalmy des remèdes qu’il analyse dans la seconde partie de son Manuel…Toujours en 10 points. Je risque une interprétation : comme il faut 10 hommes pour que commence un office dans une synagogue orthodoxe ?

Le mal est insidieux, malin en somme. Il est toujours ancré dans le christianisme quand il se veut traditionnel, aujourd’hui dépassé, nous dit notre auteur par l’islam (islamisme) Encore que dans l’Islam il a commencé au 7ème siècle sous la forme de ségrégations, d’expulsions, de massacres, de dhimmitude… ! Antisémitisme toujours d’une partie de la droite, de l’extrême droite, de l’Islam-isme et aussi de la gauche, de l’extrême gauche, des négationnistes…Aucun n’y échappe ! Il se cache aussi sous un antisionisme, mais, poursuit notre auteur, l’antisionisme n’est-il pas de l’antisémitisme s’il se répète systématiquement, si sa passion mortifère (pas Sion !) s’exacerbe contre Israël, si elle ne vise que lui et aucun autre Etat qui pourtant mériterait aussi d’être critiqué…Témoins les résolutions anti-israéliennes de l’ONU, les appels au boycott d’Israël par BDS, le parti-pris des médias jusqu’aux étudiants qui sur les campus, s’en mêlent. Raphaël Jerusalmy  écrit et démontre que tout cela procède de la désinformation d’où aussi le titre de ce livre : Manuel bleu contre l’antisémitisme et la désinformation.

Les remèdes.

Tout n’est cependant pas désastreux. Ce Manuel décrit les remèdes possibles comme ceux que  tente  d’administrer dès 2003 l’Europe, et qu’elle reprend en 2007 par la résolution 1563. Condamnation du négationnisme, du délit de presse avec ouverture d’un droit de réponse pour les personnes choquées par tel ou tel article. Un protocole émis en 2003 interdit la cybercriminalité et des polices essaient de la débusquer sur le Net, qui en fait n’est pas très net. Et Raphaël Jerusalmy de développer en dix autres points le fait que chaque lecteur dispose d’un droit de réponse, d’une lettre ouverte, d’une carte blanche, d’un courrier des lecteurs qu’il faut utiliser mais de façon bien documentée. Il propose aussi des adresses utiles auxquelles chacun peut avoir recours. Rendre public les actes antisémites, poursuit-il, peut avoir un réel impact sur le média visé…Se manifester donc et manifester aussi selon le principe de la liberté de se rassembler vise aussi à contrer l’antisémitisme. La liberté d’expression reste un droit mais qui ne doit pas empiéter sur d’autres droits. Si l’humour reste une bonne arme contre l’antisémitisme, la loi peut aussi condamner ce qui n’est plus une bonne blague ou un bon sketch. Témoin Dieudonné tantôt condamné tantôt acquitté par des tribunaux qui mettent parfois la barre trop haute en deçà de laquelle il n’y a pas d’antisémitisme. Raphaël Jerusalmy use de nombreux exemples par lesquels il démontre que la loi fait parfois preuve de laxisme ou au contraire, condamne à juste titre…il faut effectivement lire les analyses qu’en fait notre auteur. Il rappelle avec raison qu’en 2016 a eu lieu à Jérusalem une conférence internationale sur le cyber-antisémitisme qui sévit sur les réseaux asociaux lesquels génèrent les loups solitaires. Chaque internaute a ainsi le devoir de les dénoncer aux autorités. Cela reste le meilleur moyen de les combattre écrit encore Raphaël Jerusalmy. Malgré les contrôles et les interdictions, les réseaux sociaux continuent à diffuser des propos racistes et antisémites. Décidément, la vigilance est aussi de notre responsabilité, semble conclure notre auteur.

De la liberté d’expression à la liberté de culte, le pas à franchir est aisé pour parler d’atteintes à l’intégrité du peuple juif que ce soit par l’interdiction de l’abattage rituel, de la brith milah, ou  de la kippa et dont notre auteur s’insurge en démontrant combien ces résolutions sont mal fondées.

Manque ou refus de s’informer ici sur ce qu’est une culture et désinformation des médias concernant Israël générée par les Etats, les ONG tant israéliennes qu’étrangères au pays. Là encore poursuit Raphaël Jerusalmy, il y a des associations et des sites internet qui contrôlent la probité des auteurs. Notre écrivain démonte aussi les actions de boycott d’Israël dont il fait l’analyse historique et ses manifestations actuelles, économiques académiques sportives qui ne sont heureusement pas toutes respectées par les Etats et les associations…BDS semble pourtant être le plus virulent de ces mouvements puisque son but est la destruction d’Israël. L’UNESCO, en destituant Israël de son patrimoine juif se situe aussi dans la droite ligne de BDS et de l’encouragement au terrorisme.

Diagnostics et pronostics.

Chaque lecteur pourra lire avec un grand intérêt cet avant-dernier chapitre. Après quoi, le lieutenant-colonel reprend la plume de l’expert en stratégie qu’il est, et aborde avec réalisme les enjeux que traverse aujourd’hui Israël en dix autres derniers points de ce précieux Manuel qui fondent  « les dix commandements » de la sécurité de l’Etat d’Israël selon Raphaël Jerusalmy.

©Jean-Marc Alcalay

 

[1] Raphaël Jerusalmy, Manuel bleu contre l’antisémitisme et la désinformation, Edit. Valensin, David Reinharc, 2019.

[2] Raphaël Jerusalmy, Shalom Tsahal, Confessions d’un lieutenant-colonel des renseignements israéliens, NM7 éditions, 2002

[3] Tous les romans, de Raphaël Jerusalmy sont publiés chez Acte Sud.

[4] Manuel bleu contre l’antisémitisme et la désinformation, opus., cit. p. 13.

[5] Ibid., p. 15.

2 COMMENTS

  1. Je crois que les remèdes proposaient pour lutter contre l’antisémitisme sont à mon avis obsolètes. L’antisémitisme était d’abord IMPERIALISTE, Rome qui a su soumettre les peuples de l’Antiquité en commençant par la Grèce antique, a échoué dans sa tentative de détruire le peuple Judéen. Pour se venger, Rome a appelé en 138 la Judée, Palestine, en interdisant aux Judéens de vivre dans le pays de leurs ancêtres, leur antisémitisme était de l’antisionisme. Puis l’antisémitisme est devenu d’ordre RELIGIEUX, l’Eglise chrétienne s’en chargea suivi par la Mosquée de l’Islam. Puis nous passons à l’antisémitisme NATIONALISTE suivi de l’antisémitisme RACIAL qui ont démarrés d’Allemagne à la fin du 19e et 20e siècles. Aujourd’hui l’antisémitisme est IMPERIALISTE, RELIGIEUX, NATIONALISTE et RACIAL à la fois et a démarré de l’Islam, suivi par les communistes-gauchistes et soutenu par L’Europe Occidentale.

    Pour combattre l’antisémitisme qui se dit actuellement antisionisme, il faut connaitre d’abord les antisémites actuels, c’est à dire la coalition entre islamistes-gauchistes-Europe Occidentale. De l’autre part le peuple Judéen doit placer la lutte contre l’antisémitisme en tête de tous leurs préoccupations en appliquant à son égard la tolérance zéro. La lutte doit être totale et sans compromis.

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