Alors que les dirigeants et les alliés de l’Iran confèrent sur Idlib, l’Irak chiite leur implose au visage

 

Fin de guerre civile en Syrie, explosion d’une autre en Irak

L’arrière-pays de Téhéran, l’Irak chiite, est au bord d’une violente guerre civile. Des émeutes anti-Iraniennes font rage dans la ville pétrolière de Bassorah et se sont étendues à Bagdad, alors que les dirigeants iraniens, l’ayatollah Ali Khamenei et le président Hassan Rouhani se sont entretenus avec le président russe Vladimir Poutine et le turc Recep Tayyip Erdogan, vendredi 7 septembre, en vue de reprendre la maîtrise du dernier bastion détenu par les rebelles, à Idlib, pour ainsi, -pensent-ils- mettre fin à la guerre civile en Syrie.

L’Irak devait devenir le maillon essentiel du pont terrestre convoité dans l’après-guerre, par l’Iran vers la Méditerranée, via la Syrie et le Liban. Cependant, cette semaine, ironie de l’histoire, la République islamique d’Iran a pris une gifle cinglante, en subissant une réaction en chaîne brutale de la part de ses propres coreligionnaires chiites en Irak, qui menace de faire voler cet objectif en éclat, au moment même où Téhéran s’en saisit.

« L’Iran des Mollahs dehors! », -slogan-. 

Durant cinq jours de violentes manifestations et affrontements avec les forces de sécurité, au cours desquels au moins 12 personnes ont été tuées, des chiites qui dominent la deuxième ville irakienne, le port sud de Bassorah, ont pris d’assaut le consulat iranien, l’ont mis à sac puis incendié, en accusant Téhéran d’être responsable de la corruption endémique dans le pays et de la rupture des services élémentaires. Des foules dans les rues ont scandé des slogans contre l’influence iranienne sur la politique irakienne, saccageant et incendiant de nombreux bâtiments officiels. Des milices chiites pro et anti-iraniennes se sont affrontées dans les rues. Les violences ont atteint la capitale vendredi, lorsque la zone verte fortifiée, siège du gouvernement et des ambassades étrangères, a été attaquée – d’abord par des roquettes Katyusha, puis par des mortiers. Les rues ont été nettoyées vendredi soir par un couvre-feu nocturne. A peine quelques instants après sa levée samedi matin, des manifestants sont venus bombarder l’aéroport international de Bassorah.

Durant le couvre-feu, les habitants visaient toujours un bâtiment appartenant aux Forces de mobilisation populaire d’Irak, regroupant principalement des milices chiites soutenues par l’Iran.

Des manifestants irakiens incendient le consulat iranien (Photo: Reuters)

Tard dans la journée, à quelque 65 kilomètres au nord-ouest de la deuxième plus grande ville d’Irak, un autre groupe de manifestants est entré dans une installation de traitement des eaux reliée au champ pétrolier West Qurna 2, géré par le russe Lukoil.

En moins d’une nuit, ils avaient pris le contrôle d’Umm Qasr, le port d’exportation du pétrole irakien et pris deux employés irakiens en otage.

Les manifestants ont tenu en otage les deux employés irakiens pendant environ une heure avant de quitter l’établissement pacifiquement, selon une source de Lukoil et une source de la police énergétique de Bassorah. La production n’a pas été interrompue, a déclaré un responsable du gisement pétrolier.

Les troubles à Bassorah pourraient avoir des implications plus profondes pour un pays qui importe la plus grande partie de sa nourriture.

La prise d’assaut du consulat a eu lieu quelques heures après que le religieux chiite le plus vénéré d’Irak a appelé à un remaniement politique à Bagdad et à l’arrêt des violences contre les manifestants.

L’ayatollah Ali Sistani, l’autorité suprême des membres dévoués de la majorité chiite d’Irak qui se tient normalement au-dessus de la politique quotidienne, a imputé les troubles aux dirigeants politiques et a déclaré qu’un nouveau gouvernement devrait être formé. « 

De plus petites manifestations ont également eu lieu vendredi dans d’autres villes d’Irak, notamment à Karbala et à Bagdad.

« Le ciblage des missions diplomatiques est inacceptable et préjudiciable aux intérêts de l’Irak », a déclaré le porte-parole du ministère, Ahmed Mahjoub.

Cependant, l’Iran a accusé l’Irak de ne pas protéger son ambassade et a dit qu’il attendait de Bagdad « qu’il identifie et de punisse les attaquants rapidement, » a déclaré aux journalistes Bahram Qassemi, le porte-parole du ministère des affaires étrangères iranien.

Perte de contrôle de l’Iran sur l’Irak chiite et revers russe au Moyen-Orient

Si les dirigeants iraniens et russes avaient espéré se sortir rapidement de l’opération d’Idlib et sonner le glas de la guerre civile syrienne, ils ont été brusquement retardés par la perspective bien réelle d’une guerre civile en Irak. Téhéran a été pris au dépourvu par cette évolution, d’autant plus catastrophique que le pays connaît une crise économique désastreuse : les rayons des magasins de Téhéran et d’autres villes sont vides et même les couches pour bébés sont difficiles à trouver. La monnaie nationale continue la chute provoquée en mai par la sortie du président Donald Trump de l’accord nucléaire iranien. Le rial a plongé de 140% en valeur.

Poutine est lui aussi confronté à un grave revers dans ses projets. Il avait misé sur l’opération d’Idlib qui mettait fin à la guerre en Syrie et, en consolidant la mainmise de l’Iran sur la Syrie, il ouvrait la porte à la mise en place de bases en Irak par la Russie. La plongée de l’Irak dans la violence chiite interne anti-iranienne peut obliger Moscou à revoir le principe de base de sa politique, à savoir le partenariat avec le camp musulman chiite contre l’alignement américano-israélien sur le bloc musulman sunnite. Le sort de l’opération d’Idlib a,soudain, une importance moindre, comparée au tournant décisif dans le rapport de force de la région, généré en moins d’une semaine par les féroces protestations chiites irakiennes.

Téhéran tire sur la corde raide de Bagdad et Bassorah

Pour ce revers, Téhéran ne peut que se blâmer lui-même. Au début du mois de juillet, alors que les températures en Irak atteignaient 48 degrés Celsius, un responsable iranien anonyme a décidé d’éteindre le courant à Bassorah, parce que le gouvernement de Bagdad avait cessé de payer les factures d’électricité. Avec leurs robinets d’eau à sec et la climatisation éteinte, les citoyens de Basra (Bassorah) la chiite sont descendus dans les rues pour défouler leur colère contre Téhéran. Il est apparu que les services de renseignements iraniens avaient échoué dans leur travail d’évaluation de l’humeur  courante dans la majorité chiite en Irak.

Un chantage par le chaos adressé à Trump

Les sources de DEBKAfile signalent toutefois que le non-paiement des factures d’électricité n’était qu’un prétexte. Téhéran avait décidé d’attiser les problèmes en Irak, comme une leçon infligeant une démonstration de force au président Trump et la preuve de la capacité de l’Iran à semer le chaos dans diverses régions du Moyen-Orient, si jamais il  mettait en oeuvre ses menaces de sanctions qu’il se propose d’imposer à l’Iran sur les ventes de pétrole, dès le 4 novembre prochain. Mais le décideur politique iranien responsable d’avoir déclenché l’agitation de l’Irak chiite n’a pas été capable d’apprécier le risque d’effet boomerang qui frapperait Téhéran plutôt que l’Amérique.

Les masses dans les rues des villes chiites d’Irak protestent contre la corruption profondément enracinée dans les cercles dirigeants irakiens, y compris le gouvernement, l’armée et les forces judiciaires et de l’ordre. Ils considèrent que la forte influence politique et militaire iranienne sur Bagdad est responsable de cet état de déliquescence. Les violences se sont immédiatement dirigées contre les milices pro-Iraniennes et leurs organes politiques, tandis que les manifestants brûlaient des affiches de l’ayatollah Khamenei et drapeaux iraniens  et que des banderoles portaient la légende : «C’est au nom de la religion que les voleurs nous spolient».

Manifestations dans la ville irakienne du sud, Bassorah (Photo: AP)

Manifestations dans la ville irakienne du sud, Bassorah (Photo: AP)

Qassem Soleimani, apprenti-sorcier et 1er coupable de l’explosion 

Bien que les élections générales en Irak aient eu lieu en mai, les différents partis, dont aucun n’a obtenu la majorité, n’ont pas réussi à former une coalition, laissant l’ancien Premier ministre Haydar Abadi à la tête d’un gouvernement intérimaire. Les machinations à Bagdad du principal marionnettiste tirant les ficelles et stratège régional iranien, le général Qassem Soleimani, chef d’Al-Qods, sont un facteur clé expliquant la situation chaotique en Irak. Ses efforts pour installer une marionnette iranienne, le chef de la milice irakienne Hadi al-Amiri, en tant que Premier ministre, ont débouché sur des négociations de coalition bloquées, principalement par le religieux chiite Muqtada Sadr dont le bloc est arrivé premier. Les troubles en Irak, même s’ils ont été déclenchés par Téhéran, risquent de dégénérer, en l’absence d’un gouvernement à Bagdad capable de saisir les rênes.

   

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Adaptation : Marc Brzustowski

While Iran’s leaders and allies confer on Idlib, Shiite Iraq implodes in their faces

7 Commentaires

  1. […] C’est la deuxième fois en septembre que l’Iran a fermé au moins l’une de ses frontières avec l’Irak à la suite d’un incident de sécurité. Plus tôt au début de ce mois, il a fermé son côté du passage frontalier de Shalamcheh, qui jouxte la province de Basra, après que des manifestants ont brûlé le consulat iranien à Bassorah (voir : L’Irak chiite implose en pleine f…) […]

    • C’est le journaliste qui s’exprime mal dans notre langue pleine de subtilité: le rial a perdu 140% de sa valeur sur une période donnée par rapport à une autre monnaie, en l’occurrence le dollar. La formulation correct était le rial a perdu 140% de sa valeur face au dollar: quand 1$ qui valait mettons 100 000 rial en vaut maintenant 240 000.

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