Les États-Unis annulent le déploiement de missiles à longue portée et d’armes hypersoniques en Allemagne

Lors de son premier mandat [2017-21], le président Donald Trump avait dit envisager de réduire le format des forces américaines déployées en Allemagne de 30 %, notamment afin de «punir» Berlin pour la faiblesse de ses dépenses militaires ainsi que pour ses approvisionnements de gaz auprès de la Russie.

Finalement, suite à l’élection de Joe Biden à la Maison Blanche, le dispositif militaire américain en Allemagne fut maintenu… et même renforcé après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

En outre, en juillet 2024, Berlin autorisa Washington à déployer sur son sol un «groupement interarmes multidomaine» [Multi-Domain Task Force], doté de capacités de frappe à longue portée reposant sur les systèmes M142 HIMARS [High Mobility Artillery Rocket System], associé au missile PrSM [Precision Strike Missile], Typhon, équipé de missiles de croisière sol-sol Tomahawk ou SM-6, et L-RHW «Dark Eagle», pouvant lancer des planeurs hypersoniques.

«Cela comblera une grave lacune en matière de défense du territoire des alliés de l’Otan», s’était alors félicité Boris Pistorius, le ministre allemand de la Défense.Politique défense Royaume-Uni

Seulement, le déploiement de ces capacités de frappe à longue portée par l’US Army, prévu cette année à Wiesbaden, n’aura pas lieu. C’est en effet ce qu’a annoncé le département américain de la Guerre, le 1er mai.

Faut-il y voir un lien avec les récentes critiques du chancelier allemand, Friedrich Merz, sur la stratégie des États-Unis à l’égard de l’Iran ? Sans doute est-ce une coïncidence car une telle décision ne se prend pas à la légère. Toujours est-il que le Pentagone a fait savoir qu’il allait retirer d’Allemagne l’équivalent d’une brigade [soit 5 000 hommes] et que le déploiement du «groupement interarmes multidomaine» n’était par conséquent plus d’actualité.

«Cette décision fait suite à un examen approfondi du dispositif de nos forces déployées en Europe et tient compte des besoins et des conditions sur le terrain», a expliqué Sean Parnell, le porte-parole du département de la Guerre, via un communiqué. «Nous prévoyons que le retrait [de ces 5 000 militaires] sera achevé dans les six à douze prochains mois», a-t-il ajouté.

À la fin de l’année 2025, environ 36 000 militaires américains étaient stationnés en Allemagne.

Selon un responsable du Pentagone cité par l’agence Reuters, il s’agit de ramener le niveau des effectifs militaires américains à ce qu’il était avant le début de la guerre en Ukraine. «Cette décision s’inscrit dans la volonté de l’administration Trump de faire de l’Europe le principal garant de la sécurité sur le continent», a-t-il dit.

Quoi qu’il en soit, M. Pistorius ne s’est pas dit surpris par cette annonce. «Que des troupes américaines se retirent d’Europe et d’Allemagne était attendu», a-t-il en effet réagi, via un communiqué cité par l’AFP. «Nous, Européens, devons prendre plus de responsabilité pour notre sécurité», a-t-il ajouté.

Pour autant, a poursuivi le ministre allemand, il est dans «l’intérêt des États-Unis» de maintenir une présence militaire en Allemagne, ne serait-ce que, par exemple, pour leurs opérations au Moyen-Orient.

«La présence de soldats américains en Europe, et notamment en Allemagne, est dans notre intérêt et dans celui des États-Unis. Nous collaborons étroitement avec les Américains à Ramstein, Grafenwöhr, Francfort et ailleurs, pour la paix et la sécurité en Europe, pour l’Ukraine et pour la dissuasion conjointe. Les États-Unis y concentrent également d’autres fonctions militaires, par exemple pour répondre à leurs intérêts de politique de sécurité en Afrique et au Moyen-Orient», a-t-il en effet souligné.

Cela étant, ce désengagement partiel des forces américaines a été décidé alors que l’Allemagne a entrepris de se doter des «forces conventionnelles les plus puissantes d’Europe», via une hausse très significative de ses dépenses militaires. Hausse qui devrait lui permettre de compenser les capacités de frappe à longue portée que l’US Army devait déployer à Wiesbaden.

En effet, l’an passé, M. Pistorius avait demandé à son homologue américain, Pete Hegseth, l’autorisation d’acquérir des systèmes Typhon, armés potentiellement de missiles Tomahawk. Selon ses explications, cela devait être vu «comme une solution transitoire», dans l’attente de la mise en service des missiles à longue portée issus de l’initiative européenne ELSA [European Long-Strike Approach], lancée avec la France, l’Italie, la Pologne, le Royaume-Uni et la Suède.

« L’Europe va payer cher son opposition à Trump et aux États-Unis. Une alliance ne peut pas être à sens unique. Il n’est pas certain que tous les dirigeants européens soient en accord avec les politiques de la France, de l’Espagne et de l’Angleterre. La peur de la guerre prédispose à la défaite. »

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