L’accord sur le nucléaire iranien est actuellement au cœur de tous les débats, tant par les enjeux qu’il sous-tend que vis-à-vis de son aspect historique. Axé sur la question de la poursuite du programme nucléaire de l’Iran, cet accord permettra, sous certaines conditions, la levée des sanctions économiques préalablement établies à l’égard du pays.

 

Le groupe des 5+1 (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Chine, Russie, France et Allemagne) est engagé depuis plus de 20 mois avec la République islamique dans d’intenses négociations, qui se sont soldées en avril dernier par un accord intermédiaire, dont la finalisation est prévue au 30 juin prochain.

Afin de mieux en comprendre les enjeux et impacts, voici un rappel des mesures prévues dans l’accord-cadre de Lausanne datant du 2 avril dernier:

  • la réduction du nombre de centrifugeuses enrichissant l’uranium, et du stock d’uranium enrichi.
  • la reconfiguration du réacteur à eau lourde d’Arak, ainsi que l’obligation d’envoyer le combustible utilisé à l’extérieur de l’Iran.
  • l’interdiction des installations de retraitement.
  • les mesures de vérification et la surveillance continue de la chaîne d’approvisionnement en uranium et en centrifugeuses.

Toutes ces mesures ont pour objectif d’établir et valider le caractère strictement pacifique du programme nucléaire de Téhéran.

Si cet accord sur le nucléaire iranien est effectivement déclaré historique, ses effets économiques et géopolitiques restent encore flous au regard de la communauté internationale, en particulier pour les acteurs du Proche-Orient élargi. Décrypter les enjeux pour les parties prenantes et les impacts hypothétiques viennent ainsi s’inscrire dans les préoccupations de tout un chacun.

Quels enjeux pour l’Iran?

L’Iran, soumis aux sanctions commerciales de la communauté internationale depuis 2011, voit depuis des années son économie et particulièrement ses secteurs pétrolier et bancaire dramatiquement affectés.

En effet, suite au gel par l’Union européenne des actifs de la banque centrale iranienne, ainsi que des transactions liées à la vente d’or et de métaux précieux, l’Iran s’est alors retrouvé en marge du système financier international, et sa devise (le rial) a expérimenté une perte de 80%, soit plus des 2/3 de sa valeur face au dollar.

D’autre part, puisant plus de 60% de ses revenus dans l’industrie du pétrole, l’Iran a vu alors ses exportations pétrolières baisser significativement, et il est estimé à ce jour que plus de trente millions de barils sont immobilisés en attendant la possible levée de l’embargo. Ainsi, la fin des sanctions encore en vigueur pourrait potentiellement permettre à l’Iran de retrouver son rang de puissance économique régionale et mondiale.

Quels enjeux pour les États-Unis?

Marquant la fin de la confrontation avec l’Iran et la volonté de normaliser les relations avec Téhéran, cet accord représente pour Barack Obama, désormais en fin de mandat -et pour le secrétaire d’État John Kerry, qui avec un succès au Moyen-Orient pourrait envisage d’être en lice pour les prochaines élections présidentielles- un enjeu stratégique de taille.

Mais l’accord peut s’avérer également positif pour le marché des changes tant régional qu’international. Le dollar américain pourrait en effet tirer avantage de l’image revêtue par les États-Unis dans le cadre de ces négociations, s’étant positionnés comme enclins à l’évitement du conflit.

Quelles perspectives pour la région?

Si la majeure partie des diplomaties voient en cet accord une avancée significative, certains acteurs au Proche-Orient s’inquiètent néanmoins de l’impact de ce dernier en termes économique et géopolitique. En effet, de nombreux points restent en suspens quant aux changements qu’il pourrait induire dans la région.

D’un point de vue économique, nombreuses sont les inquiétudes relatives aux conséquences de ce document sur les cours du pétrole dans les mois qui vont suivre, et ce bien que l’OPEP ait annoncé que le marché pétrolier ne se verrait vraisemblablement pas affecté à court terme.

Dans la mesure où l’Iran ne pourra pas augmenter sa production dans l’immédiat, cette analyse reste somme toute valide; au demeurant, une fois l’accord formellement signé, le pays pourrait alors augmenter sa production pétrolière d’environ un million de barils par jour selon Téhéran. Cet état de fait pourrait ainsi avoir des conséquences sur le marché des changes dans la région, à plus forte raison si on considère les portes ouvertes à de nouvelles opportunités d’investissements pour l’Iran et ses partenaires régionaux, desquelles pourraient découler un impact positif sur le rial iranien comme sur les autres devises de la région.

Les conséquences politiques quant à elles dépassent de loin les relations bilatérales entre Téhéran et Washington. L’Irak, en tant que proche allié de l’Iran, pourrait bénéficier du retour des exportations de pétrole iranien, mais le pays risque aussi de devoir faire face à des conséquences négatives telles qu’une baisse des prix de leurs propres ressources pétrolières.

L’Egypte, l’Arabie Saoudite et Israël craignent pour leur part que Téhéran ne vienne menacer les intérêts de la région du point de vue des alliances stratégiques entre autres. En effet, nombreux sont les acteurs politiques régionaux qui voient dans cet accord les cartes désormais rebattues.

Les Etats-Unis et l’Iran présentent des intérêts qui convergent, comme par exemple en Afghanistan contre les talibans sunnites ou en Irak contre Daesh. Le dégel de la relation entre les deux pays pourrait ainsi permettre l’avancée de certaines questions telle que la sécurisation de la sortie des forces alliées d’Afghanistan, ou encore la problématique des champs pétroliers du sud de l’Irak.

Mais les deux pays nourrissent également des alliances militaires et politiques antagonistes. En effet, l’Iran, pour sa part, témoigne un soutien avéré au Hezbollah libanais au Hamas palestinien ainsi qu’au régime syrien actuel, du moins médiatiquement, quand les Etats-Unis, de leur côté, sont alliés de façon quasi indéfectible à Israël et à l’Arabie Saoudite. L’Iran entretenant avec cette dernière des relations sous haute tension, parfois même qualifiées de « guerre froide », cette nouvelle situation risquerait d’ébranler la position de l’Arabie Saoudite, et poserait donc la question de la pérennité de ces alliances initiales.

Au-delà des réticences, blocages et positionnements incertains, l’issue de ces négociations s’avère cruciale, s’agissant en quelque sorte d’une « dernière chance » d’aboutir à un accord. En effet, le texte qui définit les éléments clés des futurs accords concrets a été obtenu après plus de douze longues années de négociations; celles-ci furent d’ailleurs un temps suspendues sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, et relancées il y a quelques mois après l’élection de Hassan Rohani.

Il s’agit pour l’instant d’un « accord-cadre » seulement, c’est-à-dire un « compromis » et non pas encore un accord définitif pour lequel l’ensemble des modalités serait précisé.

A ce jour, un grand nombre de questions restent en suspens. Quelles sont les conséquences de la levée des sanctions (et certains dirigeants locaux ne cherchent ils pas simplement cela?) et la prise de responsabilité qui les sous-tendent (Quelles réactions face a un potentiel non respect de l’accord une fois les sanctions levées), ou encore la question de l’inspection des sites militaires iraniens dans le cadre du protocole additionnel au traité de non-prolifération nucléaire, ou de nombreux autres détails techniques qui viendraient poser une pierre à l’édifice d’un positionnement vis à vis de la non-prolifération du nucléaire au Moyen-Orient.

KN

Rappel de la position d’Israël

Lors d’un entretien téléphonique, aux lendemains de la signature des accords,  Netanyahou a indiqué au président américain Barack Obama que l’accord sur le nucléaire iranien menaçait la survie d’Israël.

Marc Israel Sellem/Ynet

Barack Obama a appelé jeudi Netanyahou, après l’annonce d’un accord cadre avec Téhéran, réaffirmant l’engagement « sans faille » des Etats-Unis à défendre l’Etat Hébreu.

M. Obama a demandé à son équipe de sécurité nationale d' »intensifier » les discussions avec le nouveau gouvernement israélien sur les moyens de renforcer la coopération sur la sécurité.

Il a également souligné que les progrès sur le dossier nucléaire iranien ne diminuaient « en aucun cas » les inquiétudes américaines concernant « le soutien de l’Iran au terrorisme et les menaces vis-à-vis d’Israël ».

« Si le Premier ministre Netanyahou cherche effectivement la façon la plus efficace de s’assurer que l’Iran n’obtienne pas une arme nucléaire, c’est la meilleure option », a-t-il déclaré.

M. Netanyahou n’avait pas hésité à défier la Maison Blanche en allant le 3 mars dire devant le Congrès américain tout le mal qu’il pensait des tractations entre les grandes puissances et l’Iran. Cet épisode a contribué à l’une des pires crises dans les relations entre Israël et les Etats-Unis.

Après un incroyable marathon de tractations de 18 mois entre Genève, Vienne, New York et Lausanne, et une dernière ligne droite de discussions ininterrompues pendant huit jours et nuits au bord du lac Léman, les négociateurs sont parvenus à s’entendre sur la majorité des points clés d’un accord nucléaire avec l’Iran.

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