L’effondrement des régimes arabes et “l’alibi” israélien…

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L’effondrement des régimes arabes et “l’alibi” israélien…Par Maurice Ruben Hayoun

 

Ce qui est en train de se passer dans le Liban voisin est instructif à plus d’un titre.

Depuis qu’Israël existe et depuis que le conflit entre l’état juif et ses voisins fait rage, aucun  de ces pays belligérants n’a respecté la volonté de son peuple, aucun n’a garanti les libertés publiques ni ne s’est soumis à la loi fondamentale de la démocratie : la tenue d’élections vraiment libres.

Et ce qui vient de se passer et qui s’y poursuit est éloquent à plus d’un titre : les citoyens se réveillent soudain, constatent qu’on  leur a volé leurs droits fondamentaux au motif qu’un danger menaçant était aux portes, à savoir ce terrible (sic) Etat d’Israël qui usurpe une terre réputée arabo-musulmane…

Et au nom de ce contre sens historique, on a instauré l’état d’urgence dans tous les pays de la région…

Mais voilà, suivant ce que Hegel avait appelé la ruse de la Raison, les peuples arabes de la région se sont soulevés contre leurs gouvernants pour des motifs qui ne concernent en rien l’état d’Israël.

Et c’est exactement ce qui se passe au Liban qui n’a aucune souveraineté nationale, qui n’est plus maître chez lui, tolère une présence armée sur son sol national, toujours pour le même motif : le soi-disant danger représenté par l’état juif.

C’est l’argument brandi par la milice chiite pro iranienne pour justifier son  mépris de l’autorité libanaise.

La nouveauté, c’est que ce raisonnement est désormais entièrement décrédibilisé, démonétisé, caduc, car plus personne n’y croit. Et ces troubles dans la capitale libanaise et dans les villes de province n’ont pas du tout un caractère anti israélien, ce qui est fortement remis en cause, ce sont les mœurs corrompues des politiciens du cru, l’empiètement du Hezbollah sur la marge de manœuvre du gouvernement qui ne décide de rien, tel un couteau sans lame…

Lorsque les troubles ont éclaté à Tunis, ce pays est toujours très éloigné du champ de bataille du Proche Orient…

Et le mal, pour ainsi dire, s’est étendu comme une traînée de poudre au point de contaminer tous les pays engagés contre Israël.

Or, aujourd’hui, c’est cet  unilatéralisme qui est en accusation et qui ne fait plus recette… C’est exactement ce que nous vivons avec la crise libanaise : un pays endetté de manière dramatique, un gouvernement paralysé par un Hezbollah surarmé et qui décide d’engager une guerre contre le voisin israélien.

Bref, un pays ruiné, une jeunesse soufrant d’un chômage endémique, des ordures qui ne sont pas ramassées ou qui ne sont pas traitées si ce n’est dans des décharges sauvages… Bref, l’anarchie ! Et au vu de toutes ces raisons objectives, depuis des années, les gouvernements ont fait d’Israël la cause de leur malheur, la source de tous les maux.

Et ceci n’est pas éloigné de ce que disait l’historien nationaliste allemand, Heinrich von Treitschke, Les juifs sont notre malheur (Die Judens ind unser Unglück) Sans vraiment le sa voir, les ennemis d’Israël ont repris cette thématique.

Et comme je le notais plus haut, cela ne passe plus, cela ne suffit plus à justifier la confiscation de la démocratie, l’instauration de l’état d’urgence et la suspension des libertés individuelles…

Laissez moi vous donner un exemple très édifiant, concernant l’Iran dont les dirigeants risquent d’avoir sous peu quelques mauvaises surprises… Il y a quelques années j’ai suivi un reportage  sur Téhéran où deux Iraniens étaient interrogés par le journaliste de France 2. Le premier était un homme d’âge mur et le second un étudiant encore jeune.

L’homme âgé lui dit : tu ne comprends pas que notre unique problème c’est l’état d’Israël… Et le jeune de lui répondre vertement : je n’en ai rien à faire, il est à quatre mille km de chez moi, je veux que le gouvernement améliore la situation quotidienne de nos concitoyens… Echange édifiant mais qui n’est plus du tout recevable. Aujourd’hui, même à Téhéran les gens pensent comme ce jeune étudiant.

Allez dire cela aux  jeunes qui occupent les rues des villes libanaises, ils vous riront au nez. Car cela ne les intéresse pas. Ce qui retient leur attention, ce sont la corruption, le marasme économique, l’endettement de l’Etat, la main mise du Hezbollah, milice pro iranienne qui inféode le pays à une puissance étrangère et, dernier mais non moindre, l’absence de liberté et de démocratie.

Depuis qu’Israël renaît de ses cendres, les dictatures arabes de la région et d’ailleurs, ont instrumentalisé la cause palestinienne pour exercer leur pouvoir sur tous les secteurs de la vie nationale.

Aujourd’hui, ces mêmes régimes paient pour ce contresens historique : plus personne ne croit qu’Israël y est pour quelque chose. Et les succès diplomatiques israéliens en Afrique, en Asie et en Amérique latine, sans même parler des foudroyantes avancées technologiques, l’attestent largement.

Même les états africains, jadis appâtés par les prébendes arabes sont sortis de leur léthargie.

Que va t il se passer à Beyrouth ? Disons en tout premier lieu qu’Israël n’a avec ce pays aucun conflit territorial. Et souhaite entretenir avec lui des relations de bon voisinage.

En outre, le chef du gouvernement actuel a mandaté discrètement la France et les USA pour expliquer à Jérusalem que son pays fera tout pour empêcher le Hezbollah de déclencher une nouvelle guerre.

Et Israël a fait savoir qu’il ne bougera que s’il est menacé. Et qu’en cas de provocation, le pays du Cèdre le paierait fort cher. Nous espérons que la sagesse l’emportera sur la folie meurtrière.

Comme l’alibi israélien ne vaut plus rien, il faut espérer que les régimes arabes comprendront enfin que leur Cause est une cause embaumée (pour parler comme Walter Rathenau) et qu’il est temps de s’en remettre à la Realpolitik.

La langue arabe a une belle formule pour signifier ceci : pas des paroles, mais des actes) la aqwal af’al. Il est grand temps.

Maurice-Ruben Hayoun

Le professeur Maurice-Ruben Hayoun, né en 1951 à Agadir, est un philosophe, spécialisé dans la philosophie juive, la philosophie allemande et judéo-allemande de Moïse Mendelssohn à Gershom Scholem, un exégète et un historien français. il est également Professeur à  l’université de Genève. Son dernier ouvrage: Joseph (Hermann, 2018)

4 COMMENTS

  1. Excellent article!!
    Effectivement, en Iran par exemple, moins de 20 % soutient le clergé au pouvoir.
    Le fruit serait-il bientôt mûr?

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