Mais où est donc passé Hassan Nasrallah ?
Le chef du Hezbollah semble se réfugier dans son mutisme pour « garder toutes ses options sur la table », ou pour dire simplement qu’il se planque.
18 juillet 2006. Six jours après le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah, le secrétaire général du parti chiite Hassan Nasrallah prend encore une fois la parole. Son discours entre dans l’histoire. « Regardez la frégate israélienne qui coule sous les feux de la résistance », scande-t-il fièrement sur al-Manar, alors que le navire de guerre israélien est pris pour cible par les roquettes du Hezbollah sur les côtes de Beyrouth.
16 octobre 2023. Voilà neuf jours qu’Israël pilonne violemment la bande de Gaza et bombarde même le Liban-Sud, faisant des victimes parmi les civils, les journalistes et les combattants du Hezbollah. Dix jours et Hassan Nasrallah est encore silencieux. Le Hezbollah – ainsi que le Liban tout entier, voire la région – a beau être aux portes d’une guerre destructrice après l’opération « Déluge d’al-Aqsa » lancée par le Hamas, le leader chiite n’a fait aucune apparition médiatique. Lui qui vantait en avril dernier le mérite de « l’unité des fronts de la résistance » fait aujourd’hui profil bas en attendant, peut-être, d’y voir lui-même plus clair.
« Garder toutes ses options »
Officiellement, le Hezbollah a vite réagi aux développements sanglants à Gaza. Dès le lendemain de l’offensive du Hamas, le cheikh Hachem Safieddine, président du conseil exécutif du parti – et héritier présumé de Hassan Nasrallah – est monté au créneau, affirmant que son parti n’était pas « neutre » dans la bataille. « Tout ce que nous avons est à votre disposition », avait-il également scandé à l’adresse du Hamas. Il participe également – quoique timidement – aux combats en bombardant des positions israéliennes dans le Nord, veillant toutefois à ne pas provoquer une guerre ouverte. Cet état de « ni guerre ni paix » est loin d’être à la hauteur de « l’unité des fronts » de la « résistance », agitée à plusieurs reprises par le dignitaire chiite. D’autant qu’Israël promet d’annihiler le Hamas et s’illustre par la violence de sa contre-attaque. « Dans ce contexte, si Hassan Nasrallah prend la parole et n’annonce pas une escalade dans la riposte de son mouvement, les réseaux sociaux se feront un plaisir de sortir ses discours précédents et souligner son recul », analyse Ali Amine, rédacteur en chef du quotidien al-Janoubiya et spécialiste critique du Hezbollah.
Or déclarer la guerre totale n’est pas une mince affaire pour le parti de Dieu. En pleine crise économique et politique, le risque est trop grand, surtout que la riposte israélienne sera vraisemblablement très violente. Politiquement, elle pourrait également lui coûter très cher, d’autant qu’il ne semble pas bénéficier de la couverture de ses alliés. « Tout le monde au Liban souhaite éviter une escalade », remarque M. Amine. Dans ce contexte, un discours de Hassan Nasrallah, connu pour ses talents oratoires hors normes, doit apporter les réponses définitives et attendues tant par les Libanais que par les chancelleries arabes et occidentales. Or il n’est pas sûr qu’il puisse faire cela à ce stade, ou que ce soit dans son intérêt en pleine guerre psychologique avec Israël. « Nasrallah veut garder toutes ses options sur la table, estime Nicholas Blanford, spécialiste de l’arsenal du parti. Il ne veut sûrement pas engager le parti dans une escalade ou une désescalade avant d’y voir plus clair sur les développements à Gaza. » Une autre hypothèse voudrait que Haret Hreik attende un mot d’ordre de Téhéran, qui redoute également de s’engager dans une escalade régionale où Tel-Aviv serait épaulé par Washington. « L’Iran ne veut pas nécessairement compromettre sa présence au Liban en se lançant dans une guerre risquée », remarque M. Amine. À la suite de l’entretien qui a eu lieu à Beyrouth la semaine dernière entre Hassan Nasrallah et le ministre des Affaires étrangères de la République islamique, Hussein Amir-Abdollahian, c’est ce dernier qui a pris soin de communiquer la position du trublion chiite. « Hassan Nasrallah m’a informé que tous les scénarios étaient sur la table », a-t-il affirmé lors d’un entretien avec la chaîne panarabe al-Jazeera.
« Au bon moment »
Tant le Hezbollah que la République islamique affirment qu’ils sont prêts à un embrasement sur le front nord de l’État hébreu si celui-ci « dépasse les lignes rouges ». Alors que la ville de Gaza risque bientôt de ne plus exister, et que plus de 2 800 Palestiniens ont péri dans les bombardements israéliens, une opération terrestre sur ce territoire semble être la seule ligne rouge que Tel-Aviv n’a pas – encore – franchie. À l’heure où l’armée israélienne se prépare à envahir Gaza, l’Iran et par extension Hassan Nasrallah pourraient se retrouver forcés de sortir de leur torpeur. Des informations de presse font même état d’un discours du dignitaire chiite cette semaine. Joints par L’Orient-Le Jour, les services du Hezbollah n’ont pas confirmé. «Hassan Nasrallah ne prendra la parole qu’au bon moment, affirme Kassem Kassir, un analyste proche du parti de Dieu. C’est-à-dire pour annoncer le début de la guerre, ou sa fin. »
Le miracle de Chemini-Atseret
En réalité, la guerre à laquelle nous assistons n’avait de sens que si les trois forces conjuguées (Iran-Hezbollah-Hamas) avaient pris part ensemble et au même moment à une attaque massive contre Israël, avec tous les moyens dont disposent les trois entités. Ceci aurait été surprise totale pour Israël, qui aurait pu être défait, sous une puissante opération.
À vrai dire, c’est un miracle, ce qui s’est passé. Les 1.500 morts ne sont qu’une perte faible par rapport à ce à quoi Israël aurait pu payer dans le cadre d’une guerre surprise, puissante, multifronts.
En fait, le Hamas est entré en guerre seul, espérant que les autres suivront automatiquement. Manque de chance, il se retrouve seul face à Israël, et a signé son arrêt de mort. Les autres sont tenus hors de cette guerre, et ils ne veulent pas disparaître à leur tour.
On n’imagine pas le miracle qu’il y a eu en ce jour de Shemini-Atseret, sans compter que le Hamas a détruit son image aux yeux du monde entier, et que les attentats en Europe achèvent le tableau du mouvement terroriste islamiste dans son ensemble.
Maintenant la surprise ne peut plus avoir lieu. Israël est totalement mobilisé, ce qui n’était pas le cas le 7 octobre. De plus, les États-Unis ont livré des munitions importantes à Israël et ont déployé des forces conséquentes en méditerranée. L’occasion pour eux de porter gravement atteinte à Israël est passée. On n’imagine pas le désastre qui aurait pu avoir lieu ce jour de Shemini-Atseret et on peut dire que Dieu, malgré les pertes qu’Israël a subi, a été le Protecteur du peuple Juif, malgré les défauts moraux et spirituels, dont Israël, ses derniers mois par ses divisions s’est rendu coupable.
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