Le jeune Peter Schwiefert décide de se convertir au judaïsme pour mieux manifester son hostilité au nazisme.

Faro, 20 janvier 1939.
« Petite maman chérie, (…)Je voudrais maintenant te parler d’une décision très importante pour moi. J’ai la volonté ferme , inébranlable, de me convertir au judaïsme. J’y ai longtemps réfléchi. Je suis parvenu à cette conclusion que je dois le faire, pour des raisons à la fois de clarté et de propreté. Je suis juif, je suis des vôtres et je veux aussi le signifier extérieurement. Je sais très bien ce que cela implique : je m’engage dans la même voie une voie difficile que tous les autres. De quel droit devrais-je être privilégié ? Je ne veux pas de faveur, aussi infime soit-elle. Tu sais ce que je pense et a quel point je n’ai jamais cessé de me sentir en affinité avec tout ce qui est juif. Je ne vois aucune différence et n’en reconnais aucune. La conversion est pour moi naturelle est nécessaire. Je ne veux pas m’effacer ou me laisser effacer plus longtemps. Je ne fais que remplir un devoir vis-à-vis de moi même. Cette conversion n’est pas religieuse. Je ne connais ni la religion chrétienne ni la religion juive. Mais le judaïsme en tant que tel est la seule forme de l’existence juive et je n’ai aucune possibilité de l’attester d’une autre façon. Je ferai donc ce qui est possible (…)

le 15 janvier, j’ai déposé au consulat allemand de Lisbonne une déclaration en bonne et dus forme, au terme de laquelle j’exprime mon désir de me convertir au judaïsme et d’accomplir cette démarche dès que cela sera possible. Dans cette même déclaration , j’ai demandé qu’on me considère désormais comme juif et qu’on m’applique les lois concernant les juifs. Si cette déclaration est jugée valable à Berlin, on inscrira la lettre « J » sur mon passeport et je recevrai le prénom d’Israël. Je serai ainsi un émigrant définitif et ne pourrai plus retourner en Allemagne. En outre, dans quelque temps , la nationalité allemande me sera retirée ; c’est ce qu’on m’a dit au consulat .»

C. Lanzmann (Ed):  L’oiseau n’a plus d’ailes…les lettres de Peter Schweiter, Paris, Gallimard/ NRF, 1974 (Collection « Témoins)

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