Israël tente de trouver un contre-poids à la stratégie iranienne, entre Trump et Poutine

 

 

Les dirigeants d’Israël ont insisté auprès du Ministre russe de la Défense Sergeï Shoïgu, sur l’importance de déjouer la quête d’enracinement militaire de l’Iran en Syrie. Mais ils ne peuvent en attendre trop de Moscou – pas plus, d’ailleurs, que de Washington.

Le ministre russe de la Défense, Sergeï Shoïgu a entendu mardi 17 octobre, du Premier Ministre Netanyahu et de son homologue Lieberman la même litanie bien connue : Israël ne resterait pas les bras croisés à attendre que l’Iran et le Hezbollah fassent de la Syrie leur base avancée opérationnelle contre Israël et que l’Etat Juif agira pour empêcher l’ancrage militaire des Iraniens tout le long de la frontière syro-israélienne.

Rien de nouveau sous le soleil pour le ministre russe, lors de sa première visite en Israël, depuis sa nomination il y a cinq ans. Le Kremlin a entendu ce mantra maintes et maintes fois et le visiteur a dû se demander ce que ses hôtes israéliens pouvaient attendre de plus que lors des échanges précédents. Autant Shoïgu que son patron, le Président Vladimir Poutine préféreraient aussi ne pas assister à un retranchement en profondeur de l’Iran en Syrie.

Aussi, assez étrangement, Moscou et Jérusalem pourraient trouver un terrain d’entente partiel et coopérer à la fois en Irak et en Syrie, mais chacun à partir de son propre point de vue. Alors que les Russes sont suffisamment pragmatiques pour accepter de vivre avec une forte présence militaire en Syrie, aussi longtemps que cela puisse servir leurs intérêts, Israël est catégoriquement opposé au rapporchement géographique de l’Iran ou ses séides chiites jusqu’à ses frontières, comme constituant un grave danger contre sa sécurité nationale.

Le Ministre israélien de la Défense s’est ensuite envolé en direction de Washington, mercredi 18 octobre, pour des pourparlers avec le Secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis. Le Conseil à la sécurité nationale de Netanyahu, Meir Ben-Shabat s’y rend aussi pour rencontrer son homologue américain le Général H.R McMaster.

Cependant, comme on s’en aperçoit depuis Moscou – et également depuis Jérusalem – l’Administration Trump est bien plus à blâmer que n’importe quel autre acteur opérant au Moyen-Orient, en ce qui concerne l’emprise croissante de l’Iran sur la Syrie (et l’Irak, comme on le constate à Kirkouk), les actions ou inactions américaines sur le terrain contredisant terme à terme la rhétorique aussi enflammée que creuse du Président Trump contre la République Islamique d’Iran et toutes ses exactions.

Depuis septembre dernier, les Etats-Unis se sont retirés de la plupart de leurs positions dans l’Est de la Syrie, ouvrant ainsi la porte au Hezbollah qui s’y investit énormément -pour faire la jonction avec le Sud Syrien dans les contreforts du Golan-, ainsi qu’aux milices irakiennes pro-iraniennes, qui prennent progressivement le contrôle de la frontière syro-irakienne. Cela n’a fait qu’offrir à Téhéran le cadeau stratégique de son pont terrestre tant convoité vers la Méditerranée.

Shoïgu est arrivé à Tel Aviv le lundi 16 octobre, le jour même où ces milices pro-iraniennes (Hashd e-Shaabi), sous le commandement du général des Gardiens de la Révolution, Qassem Soleimani, se sont emparées du centre pétrolier irako-kurde de Kirkouk et l’ont arrraché des mains des alliés de l’Amérique, les Peshmergas kurdes, une figure de proue de la lutte anti-Daesh au sein de la coalition dirigée par les Etats-Unis.

Si Trump pesait vraiment les paroles qu’il profère concernant la nécessité de vaincre et sanctionner les Gardiens de la Révolution, pourquoi n’a t-il rien fait pour les empêcher de prendre Kirkouk?

En contraste saisissant avec la débâcle de Kirkouk, les forces démocratiques aranbo-kurdes syriennes soutenues par les mêmes Etats-Unis affichaient mardi que Raqqa, la capitale de l’Etat Islamique, est tombée après une âpre bataille de quatre mois (moitié moins de temps que pour Mossoul). La milice kude des YPG a hissé son drapeau sur le stade municipal et chanté des slogans de victoire, depuis ses véhicules blindés traversant les rues.

Les sources de Debkafile révèlent que, dès que le mot de victoire est parvenu à la Maison Blanche, Brett McGurk, l’envoyé spécial du Président Trump auprès de la coalition globale contre Daesh, s’est précipité de Washington jusqu’à Raqqa.

Mais cette opération symbolique importante reste l’exception – pas la règle. En Irak, Washington reste les bras ballants, alors que les Gardiens de la Révolution mènent la danse contre les Kurdes.

Depuis des semaines, Moscou demande à Washington d’expliquer jusqu’où il est prêt à aller sur les fronts de guerre irakiens et syriens et revient les mains vides. Les visiteurs israéliens  sont peu susceptibles de faire beaucoup mieux, en posant la même question aux responsables de l’administration Trump, même en tenant compte la différence profonde dans le type de relations stratégique tissée entre Jérusalem et Washington, si on compare avec les relations entre Moscou et Washington, plus marquées par la rivalité que par la coopération effective.

   

Israel tries to balance Iran strategy between Trump and Putin

2 Commentaires

  1. Quand ce gouvernement comprendra qu’il se fait balader par les russes et que ces mêmes russes ne sont pas les amis d’Israël ?. Bibi et Lieberman sont nuls en diplomatie , ils font prendre des risques à Israël en continuant à dealer avec lles russes.

  2. […] Le ministre russe de la Défense, Sergeï Shoïgu a entendu mardi 17 octobre, du Premier Ministre Netanyahu et de son homologue Lieberman la même litanie bien connue : Israël ne resterait pas les bras croisés à attendre que l’Iran et le Hezbollah fassent de la Syrie leur base avancée opérationnelle contre Israël et que l’Etat Juif agira pour empêcher l’ancrage militaire des Iraniens tout le long de la frontière syro-israélienne. Lire la suite sur jforum.fr […]

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