Israël avait anticipé le Pacte de La Mecque
Le 4 août, le Premier ministre indien Narendra Modi annonçait une conversation téléphonique avec Benjamin Netanyahu, évoquant la situation en Asie de l’Ouest et le renforcement du partenariat stratégique entre l’Inde et Israël. Ce dialogue, initialement perçu comme une simple discussion diplomatique, prend un relief particulier à la lumière de la signature, le lendemain, du Pacte de La Mecque, un traité de défense mutuelle entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan. Cette alliance, incluant une clause de défense collective à la manière de l’article 5 de l’OTAN, marque un tournant majeur dans la réorganisation sécuritaire de la région, remettant en cause les ambitions américaines d’une intégration d’Israël avec les États arabes pragmatiques sous leur égide.
Ce nouveau triptyque inquiète particulièrement Israël et l’Inde. Pour Jérusalem, l’association de Riyad avec Ankara et Islamabad, deux capitales traditionnellement hostiles, complique la perspective d’une normalisation des relations avec l’Arabie saoudite. Cette alliance renforce la position de pays qui s’opposent fermement à un rapprochement israélo-saoudien, notamment en maintenant la condition d’un progrès vers un État palestinien. Pour New Delhi, le renforcement militaire de son rival historique, le Pakistan, allié à la Turquie, fournisseur de drones et d’armements avancés, constitue une menace stratégique directe. La dimension économique n’est pas en reste, puisque l’Arabie saoudite, située au cœur du corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe, pourrait voir son influence accrue par Ankara, exclue du projet initial.
La réaction indienne ne s’est pas fait attendre, avec des rumeurs d’un pacte bilatéral de défense avec Israël pour contrer l’axe saoudo-turco-pakistanais, rapidement démenties par le ministère des Affaires étrangères indien. Toutefois, la confirmation d’une surveillance attentive de ce nouvel alignement témoigne de la gravité perçue. Du côté israélien, la nécessité de s’adapter à ce bouleversement rappelle la reconfiguration des alliances après la rupture avec la Turquie en 2003. Israël a depuis renforcé ses liens avec la Grèce et Chypre, deux pays également préoccupés par l’expansion turque en Méditerranée orientale, ce qui pourrait être amplifié par le Pacte de La Mecque.
Le Pacte de La Mecque illustre la recomposition des équilibres régionaux face à une puissance américaine jugée vacillante, notamment dans sa gestion de l’Iran. L’Arabie saoudite, en quête d’une protection plus fiable, choisit des partenaires qui compliquent la stratégie israélienne et inquiètent l’Inde. Ce contexte appelle une réévaluation des alliances et stratégies, où Israël et l’Inde cherchent à consolider leurs relations face à un nouvel ordre régional en formation, marqué par des rivalités anciennes et des enjeux sécuritaires renouvelés.
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