Photo Christian Hartmann/Reuters
FIGAROVOX/TRIBUNE- L’élection présidentielle, qui semblait promise à la droite il y a quelques mois, est plus que jamais incertaine. Pour Céline Pina, la crise des partis à droite et à gauche montre que nous assistons à « la fin d’un système ».

Céline Pina est ancienne conseillère régionale d’Ile-de-France. Elle s’intéresse particulièrement aux questions touchant à la laïcité, à l’égalité, au droit des femmes, à la santé et aux finances sociales. Elle est l’auteur de Silence Coupable (éditions Kero, 2016).


La sidération. C’est ce que ressent tout électeur normal face à cette présidentielle.

En rassemblant une foule inattendue ce dimanche 5 mars, Fillon a fait une démonstration de force qui recrédibilise aux yeux de ses partisans, et même au-delà, sa décision de rester candidat. S’il a réussi à mettre en scène l’image d’un homme, attaqué par tout un système, trahi par les élus de son parti mais soutenu par une partie des électeurs de droite, il n’en reste pas moins que la défection de personnalités importantes, de beaucoup d’élus et de nombre de ses plus proches l’affaiblit. L’épée de Damoclès pèse moins sur sa nuque, mais elle reste bien suspendue au-dessus de son avenir.

Ce qui devait être un boulevard pour la droite, se transforme en chemin de croix. Mais si le discrédit moral de Fillon l’empêche de rassembler sa famille, on constate aussi que s’installe dans une partie de la population le sentiment d’un acharnement suspect et que le thème du complot politique prend de la crédibilité chez certains. Force est de constater également que les défections des élus sont plus vues comme une tentative de sauver leur siège et leur position, que comme un acte de courage et de probité face aux accusations portées contre François Fillon.

Il y a une vraie crainte chez une partie des électeurs de la droite d’être privés du choix, clairement exprimé lors de la primaire, d’avoir un candidat représentant la droite traditionnelle lors de la présidentielle. Pour eux, Alain Juppé était trop proche d’un Emmanuel Macron pour répondre à cette attente. Dans les sondages cela se traduit par le basculement d’une frange de cet électorat sur Marine Le Pen dans l’hypothèse d’une élimination de François Fillon. Autre point fort de Fillon, ce qui a fait la différence lors de la primaire de droite reste aussi sa particularité lors de cette présidentielle: il est le seul à regarder en face la menace islamiste et à parler de totalitarisme, donc à prendre et à dire la mesure de ce que nous affrontons. Et ce n’est pas pour rien s’il a terminé son intervention sur France 2 en employant ce terme de totalitarisme.

Il n’en reste pas moins qu’entre la fracturation de son camp, la prise de distance de Sarkozy, le sec rappel à l’ordre d’Alain Juppé et l’opprobre que le «Penelopegate» suscite chez des Français qui en ont assez de voir des politiques réclamer des sacrifices quand ils s’accordent des privilèges, le pari de François Fillon demeure périlleux et nous ne sommes pas à l’abri d’un énième rebondissement.

Du côté d’Emmanuel Macron, il y a également une fragilité institutionnelle. Le mouvement sur lequel il s’appuie est neuf, il ne consiste pas en une alliance de micro-partis en perte de vitesse, mais il n’a pas encore de consistance électorale. C’est la première fois qu’une présidentielle joue un tel rôle de test pour un mouvement naissant et il y a là un risque d’ivresse, si son entourage interprète comme une adhésion à sa personne le fait que l’audace trouve ici sa récompense. L’ancien système est en train de mourir. Cela est riche d’opportunités pour les audacieux, mais ne suffit pas à faire un chemin pour la France ni un projet pour la société. Le pari d’Emmanuel Macron est certes intéressant, mais il reste impossible aujourd’hui de mesurer ce que cet élan pourrait traduire en termes de majorité législative. Jamais le jeu n’aura été si ouvert.

Pour l’instant, les deux candidats de gauche, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, n’arrivent pas à enclencher de dynamique et ne participent pas encore à l’empoignade. Il faut dire à leur décharge qu’il n’y a pas encore eu de campagne, alors que nous sommes à six semaines de l’élection. Et pas n’importe laquelle…

Et ce n’est pas comme si les deux dernières années n’avaient pas été traumatisantes pour le peuple français. Comme si nous ne traversions pas une crise politique, identitaire, sociale, et économique. Comme si jamais la confiance envers les politiques, la presse, les institutions n’avait été aussi basse. «Et dire qu’il va falloir compter sur eux», cette phrase d’une jeune femme qui faisait l’inventaire des choix qu’elle avait pour cette présidentielle m’a marquée. Alors si cette phrase fait injustice à l’un d’entre eux, qu’il se révèle. En mai nous aurons un locataire à l’Élysée, mais aurons-nous un Président de la République pour autant?

Nous sommes dans l’inédit, la fin d’un système. Les vieilles recettes de cuisine électorale ne marcheront pas. Car ce n’est pas tout de gagner une élection, encore faut-il que ce chemin soit le début de quelque chose. Alors si l’un des candidats a vraiment des choses à dire, si l’un d’entre eux, voire plusieurs, décide de se montrer à la hauteur de la situation et de parler enfin à ses concitoyens, plutôt que de réciter un catéchisme qui ne remplit même plus les chapelles partisanes ; s’il se décide à affronter la réalité, au lieu de faire semblant de participer à une présidentielle normale, en pleine crise de système, alors peut-être aurions-nous moins ce sentiment d’assister à un cirque, dont les acteurs tournent le dos aux spectateurs. Alors que nous affrontons le terrorisme islamiste sur notre sol et que Marine Le Pen se rapproche du pouvoir, jamais les Français n’ont eu autant besoin d’être rassurés et de se sentir protégés et jamais leurs représentants politiques ne leur ont semblés plus éloignés des réalités, tributaires d’une vision irréaliste de l’état de leur société, de la situation des institutions, de la crispation des tensions dans la population…

Aujourd’hui, tandis que cette présidentielle tourne au vaudeville, que les portes claquent, que le décor s’effondre, qu’un des acteurs principaux perd le fil, que nul ne sait autour de quelle ligne politique les Français se rassembleront, on se demande qui est le scénariste qui a pu imaginer un tel jeu de massacre et tant de rebondissements. Nous sommes sidérés, mais pour ce qu’il en est des candidats, il semble juste que le spectacle continue, les condamnations outrées de circonstances dites. Là où nous assistons à une crise démocratique, nos impétrants rejouent le match de 2012, juste plus tard dans le temps. Ils donnent l’impression que leur petit univers ne saurait être affecté, alors que nous, depuis Charlie, nous avons changé de monde.

Cela participe aussi de la sidération.

En mai, il faudra compter sur l’un d’entre eux. On attend encore qu’il se révèle, mais il n’est pas interdit de l’espérer.

Céline Pina

Source : FigaroVox

3 Commentaires

  1. hollande à fait voter et adopter au parlement( la loi sapin 2 ), et avec cette loi, ils ont désormais le droit de vous bloquer une partie de vos salaires, voir votre retaite, ils ont le droit de vous bloquer une partie de vos allocations de toutes sorte, et de bloquer votre P.E.L. Plan Épargne Logement, ainsi que toutes sortes d’épargne que vous auriez put mettre de côtés pour renflouer les dettes que EUX ONT FAITES, PAS NOUS ( EUX ) c’est à dire le gouvernement Donc : hollande à fait adopter cette loi au parlement, et après ils diront, c’est d’la faute à Fillion alors rappelons que c’est hollande qui a fait voter cette loi, AU PARLEMENT, comme si il n’avait pas assez fait de conneries comme ça, nous mettre dans la merde je pense de plus en plus que c’est le but de ce gouvernement et je pense que si les électeurs revotent à gauche, bah dans la merde on y sera un peu plus, les gens de la gauche eux ils s’en foutent leurs salaires est assurés Hollande n’a rien respecté de ce qu’il a dit pendant la dernière élection présidentielle, peut-on encore croire à ce que dit la gauche, à ce que promet la gauche, les cinq années qui viennent de passer nous prouvent que NON, tout ce qu’ils sont en train de démontrer c’est qu’ils veulent ruiné la France,par plus d’impôts, plus de dettes, plus de déficits et plus d’entrée illégale dans ce beau pays qu’est la France que Eux-même sont en train de détruire, parce que c’est nous qui allons payer leurs vies de château, et ce soir ils lèveront certainement leurs coupe de champagne en disant A LA SANTÉ DES PAUVRES CONS QUI PAYENT, et au lieu de s’occuper de la couleur du slip de Fillon, ou de la valeur de son costume, ou de ces chaussettes, ils devraient plutôt chercher à nous sortir de la merde dans laquelle ils nous ont mis, mais je dit ça pour vous démontrer une fois de plus que les gens de la gauche sont des charlots

  2. Le scénariste est évident : François Hollande et son gouvernement. Comment les dédouaner de la situation actuelle ? Le FN, nous dit le Président, n’a jamais été aussi près du pouvoir, la faute à qui si ce n’est à ceux qui nous gouvernent et en premier au monarque de l’Elysee ? Et il ose encore nous dire qu’il ne tolérera pas ceci ou cela, mais a-t-il compris que dans 2 mois il deviendra monsieur tout le monde et que sa voix ne porte plus au-delà des portes de son bureau ?
    Le PS a pendant 35 ans (depuis Mitterand) instrumentalisé le FN pensant en tirer les bénéfices. Poussé par ses idéologues de l’IFRI et de Terra Nova, il a troqué les ouvriers pour les immigrés, plus solides à leurs yeux electoralement parlant, comme le démontre encore Hamon. Aujourd’hui les ouvriers votent FN, et le boomerang retourne dans la figure du PS.
    Oui, 35 ans d’antiracisme et de lutte contre le FN pour arriver à çela : il faudra un jour que les socialistes actuels se regardent dans un miroir, acceptent qu’ils ont échoué comme personne avant eux, et disparasent pour laisser apparaître autre chose.

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