Pour François Hollande, qui s’inquiète de la montée de l’extrême droite, il y a urgence à « réduire les injustices fiscales ». LP/Arnaud Journois

Alarmiste, François Hollande estime que la «menace» aujourd’hui vient plus que jamais de l’extrême droite. Il nous a reçus dans ses bureaux à Paris.

Alors que sort mercredi en librairie, en format poche, une version actualisée de son livre « Les Leçons du pouvoir », François Hollande évoque tout à la fois les élections européennes à venir, le quinquennat de son successeur Emmanuel Macron, la crise des Gilets jaunes… et formule des propositions pour la sortie du grand débat.

Pour l’ancien président, qui s’inquiète de la montée de l’extrême droite, il y a urgence à « réduire les injustices fiscales ».

Vous ne regrettez pas d’avoir soutenu les Gilets jaunes malgré les violences ?

FRANÇOIS HOLLANDE. La première fois que des Gilets jaunes ont demandé à me rencontrer c’était en Ardèche, deux jours avant la manifestation du 1er décembre qui a dégénéré. Je leur ai dit de prendre la parole, mais surtout de trouver un débouché à leurs revendications. D’ailleurs, si une issue avait été trouvée plus rapidement, ce mouvement n’aurait pas eu cette ampleur, et nous n’aurions pas connu les excès que nous constatons, hélas, samedi après samedi.

Vous auriez cédé plus vite que le gouvernement sur la taxe carbone ?

Comme président, j’ai été confronté à l’automne 2013 aux Bonnets rouges. L’écotaxe dont j’avais hérité de mon prédécesseur n’était pas comprise, dans ses modalités comme dans sa gestion par un opérateur privé. J’ai donc pris la décision de la suspendre. Le recul est parfois préférable à l’entêtement. Ça m’a été reproché par certains à cette époque. Je constate que le gouvernement actuel a battu en retraite. Mais trois semaines trop tard. Je regrette que la fiscalité carbone ait disparu alors qu’elle aurait pu être acceptée si elle avait été accompagnée par des mesures sociales compensatoires et avec des solutions alternatives sur le plan de la mobilité.

Le gouvernement a-t-il bien réagi en matière de maintien de l’ordre ?

Durant mon quinquennat, j’ai eu à faire face à des bandes de casseurs à la fin de certaines manifestations, c’est difficile à maîtriser, mais on peut le faire dans le cadre des lois existantes. Par les fonctions que j’ai exercées, je ne serai jamais de ceux qui crient haro sur les responsables du maintien de l’ordre. En revanche, ce qui a été décidé ces derniers jours aurait dû l’être plus tôt. J’aurais immédiatement interdit de manifester dans certains lieux. Comme les Champs-Élysées. Moi-même, j’avais pris une telle décision lorsque les organisateurs des manifestations contre le Mariage pour tous en avaient fait la demande.

Et faire appel à l’armée ?

Les forces militaires et notamment Sentinelle sont destinées à protéger les Français et un certain nombre de lieux, notamment contre le terrorisme, mais en aucune façon à agir pour le maintien de l’ordre. Il faut éviter que l’armée soit en contact avec les manifestants. Ce n’est ni son rôle, ni sa place.

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LP/Arnaud Journois

Qu’attendez-vous du grand débat ?

Le débat, même pour sortir d’une crise me paraît une méthode pertinente. Il faut maintenant des mesures immédiates, mais surtout des décisions de long terme. L’urgence commande de réduire les injustices fiscales. Ce qui suppose de revenir sur les mesures prises depuis deux ans. Notamment par le rétablissement de l’ISF et le renforcement de la fiscalité sur les revenus du capital.

Quelles devraient être les solutions de fond ?

La crise de confiance vient de loin. Il faut en tirer toutes les conséquences. Partir d’abord des territoires pour adapter les politiques nationales à la diversité des situations et répondre au sentiment d’abandon qui s’exprime.

Un nouvel acte de décentralisation s’impose afin que l’Etat retrouve toute sa puissance là où il est attendu. Ensuite humaniser encore les services publics face aux mutations technologiques et économiques. Enfin, la fragmentation et les divisions qui s’installent dans notre société exigent de développer une vision commune de notre avenir autour de l’écologie, de l’éducation et de l’engagement citoyen.

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LP/Arnaud Journois

 

Les élections européennes sont dans deux mois. Pensez-vous que le débat soit entre les nationalistes et les progressistes ?

Le Brexit est le contre-exemple par excellence. D’ailleurs, aucun pays ne désire aujourd’hui sortir de la zone euro ou de l’Union. Je ne crois pas à l’implosion de l’Europe. Je crains sa paralysie. Les gouvernements d’inspiration populiste comme l’Italie de Matteo Salvini ou la Hongrie de Viktor Orban veulent que l’Europe n’avance plus. Et ils ont les moyens de bloquer toute évolution au sein du Conseil européen. C’est pourquoi dans une Europe qui restera à 27, je suis partisan d’une Europe à 2, bâtie sur le couple France-Allemagne. C’est le seul moyen d’impulser de nouvelles politiques pour la défense, l’écologie, la promotion des industries nouvelles, l’harmonisation fiscale… Une fois que cette entente sera actée par un nouveau traité, d’autres pays nous rejoindront et c’est ainsi que sera retrouvé l’esprit européen des débuts. Sinon, les nationalismes finiront par l’emporter et la flamme européenne sera définitivement éteinte.

Que pensez-vous des deux premières années du mandat d’Emmanuel Macron ?

Diriger la France, je l’ai éprouvé, est un exercice difficile qui suppose de bien comprendre notre pays. Le résultat au bout de deux ans n’est bon ni pour la vitalité économique ni pour la cohésion sociale. À vouloir tout bousculer, tout s’est arrêté. Mais un mandat dure cinq ans, évitons de porter des jugements définitifs. Tout président peut toujours opérer des corrections, moi-même, j’en ai fait. Pour ma part, si j’interviens à l’occasion de la nouvelle édition de mon livre, c’est pour alerter.

Alerter ?

Oui. Je m’adresse à l’ensemble des forces politiques démocratiques. Face à la montée du nationalisme partout dans le monde, à l’affirmation de la puissance économique de la Chine, aux interventions militaires de la Russie, au protectionnisme agressif des Etats-Unis, l’Europe est devant un défi majeur pour son existence même. De même, avec le décrochage des catégories populaires par rapport à la politique, les partis de gouvernement qui ont animé le débat démocratique pendant des décennies doivent prendre conscience de leur responsabilité. Ça vaut pour la gauche comme pour la droite. Ils ne doivent céder ni à l’outrance ni à la surenchère. Ils doivent être de nouveau des alternatives crédibles et mobilisatrices, sinon le face-à-face entre le pouvoir actuel et l’extrême droite peut mal finir.

La France Insoumise et le Rassemblement national, c’est pareil ?

Je ne les confonds pas. La menace vient de l’extrême droite. Je l’affirme, un jour elle arrivera au pouvoir en France. En 2022 ou plus tard… puisqu’elle prétendra que c’est la seule qui n’a pas été essayée ! Lire la suite dans leparisien.fr (Jannick Alimi)

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Rosa SAHSAN

Il ose encore l’ouvrir ce pauvre type?
Moi, j’espère que nous aurons en France des Hommes comme Victor Orban ou Mattéo Salvini. Ils savent exactement se qui est bon pour leur peuple.
ROSA

Filouthai

Encore une fois, le Gras de la Corrèze montre qu’il n’a rien compris !
La France connaît déjà l’extreme-gauche au Pouvoir avec le socialiste Macron :
– interdiction de manifester,
-contrôle de la Presse,
– arrestations dites « préventives »
– fiscalité confiscations
Etc etc
La seule solution est d’en finir avec ce Pouvoir totalitaire ; et cela ne se fera pas dans la douceur,

Jg

Lamentable , ce pays a les dirigeants qu il mérite !