Anthony Blunt, l’espion russe proche de la reine

1
385

ASSOCIATED PRESS, SOPHIE MUTEVELIAN – © SOPHIE MUTEVELIANL’affaire liée à Anthony Blunt (à gauche) resurgit dans la saison 3 de “The Crown”, au grand dam d’Elisabeth II (Olivia Colman, à droite).

“The Crown” saison 3 ravive le scandale autour d’Anthony Blunt, l’espion russe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Espion du KGB, il était aussi l’un des éminents conseillers de la reine Elizabeth II. Au courant de sa double identité, elle l’a conservé à ses côtés jusqu’à ce qu’il meurt.

SÉRIES – Tensions, rivalités et tromperies sont de retour. La série la plus chère de Netflix “The Crown” rempile ce dimanche 17 novembre pour une troisième saison. À chaque épisode, son scandale.

Le premier n’y échappe pas. Il ravive un vieux souvenir, celui d’un espion russe et proche de la reine que cette dernière a longtemps conservé à ses côtés. Et ce, même après la découverte sa double identité.

Son nom? Sir Anthony Blunt. “Complet sombre à fines rayures bleues. Cravate rouge, chemise bleue sur une silhouette longue, mince, dégingandée et légèrement voûtée.”

C’est par ces mots que Monsieur X décrit le personnage, “un gentleman” selon lui, dans son émission du samedi 30 juillet 2016, diffusée sur France Inter.

Éminent historien de l’art disparu en 1983 à l’âge de 75 ans, il était connu dans le monde entier pour ses travaux sur le peintre français Nicolas Poussin. Dandy et homme de goût, il a toujours su compartimenter sa vie privée. Son homosexualité, longtemps dissimulée, peut en témoigner. Aujourd’hui encore, de vastes zones d’ombres demeurent.

Un contestataire à Cambridge

Troisième fils d’une famille modeste, il est de loin, voire de très loin, apparenté à la famille royale par sa mère. Petit, il brille à l’école et se démarque rapidement des autres garçons de son âge. Après un passage dans un établissement public renommé, il obtient une bourse et intègre, grâce à elle, l’université de Cambridge.

D’abord étudiant en lettres modernes, il change en cours de route pour l’histoire de l’art, sa vraie passion. Anthony Blunt est un étudiant cultivé. Il aime discuter, réfléchir et débattre. Il rejoint une, puis deux sociétés secrètes contestataires.

La deuxième, qui va être décisive pour le reste de sa vie, est dirigée par le futur économiste John Maynard Keynes. “Dans le petit monde de Cambridge, il est déjà quelqu’un d’important”, souligne le journaliste.

Nous sommes alors en 1933 et Cambridge passe à gauche. Sous l’impulsion de certains professeurs, de nombreux élèves rejoignent le parti communiste.

C’est à cette date qu’un nouveau groupe voit le jour, celui d’Oxford. Arnold Deutsch, alors espion pour le Komintern (l’Internationale communiste), en est à la tête.

Au service de la reine

Même s’il n’a jamais adhéré au parti, Blunt ”épouse ses idées”. Deutsch le sait. Il décide de l’approcher. Pas question d’œuvrer pour le régime. S’il accepte de devenir à son tour un espion, c’est pour favoriser la paix dans le monde et lutter contre la montée du fascisme. Le jeune homme se laisse convaincre par le KGB.

Comme lui, un petit nombre d’étudiants le rejoignent en 1937. Parmi eux, Kim Philby, Guy Burgess, Donald Duart Maclean et John Cairncross.

Les “Cinq de Cambridge”, comme on les surnomme aujourd’hui, ne vont plus se quitter. Quand la guerre éclate en 1939, ils sont tous à des postes importants et travaillent en grande partie pour… les services de renseignements britanniques, de quoi ravir Moscou. Blunt, membre éminent, divulgue au gouvernement russe des quantités d’informations impressionnantes.

Une fois le conflit international terminé, il calme ses activités. Sans jamais vraiment abandonner sa double identité, ni ses compères de Cambridge (à qui il rend des services régulièrement), il se concentre sur son travail artistique.

Au mois d’avril 1945, il est nommé conservateur de la collection royale et devient un proche conseiller de la reine Élisabeth II. Il est fait chevalier pour service rendu à la couronne.

L’immunité judiciaire… à vie

Mais voilà, en 1948, les affaires se corsent. Les services secrets britanniques suspectent la présence de plusieurs taupes. La traque commence. En 1951, de mystérieux télégrammes inquiètent les États-Unis. Un premier homme est démasqué. Puis un second. C’est Maclean. Philby l’apprend. Il le prévient. Ensemble, ils prennent la fuite. Grâce à qui? Anthony Blunt, évidemment.

Le scandale fait rage au Royaume-Uni. Il éclabousse l’image des services de renseignements britanniques dans l’opinion publique. Notre agent passe entre les mailles du filet, son nom n’apparaît pas. La couronne, qui connait son passé, l’interroge.

Du fait de sa notoriété, on le ménage. Il est blanchi par le Premier ministre. Mais une dizaine d’années après, en 1964, l’un des hommes qu’il avait recrutés à Cambridge le dénonce. Ça y est, il est cuit. Enfin, presque.

Entaché par la série de scandales précédents, le contre-espionnage lui propose une offre alléchante. S’il parle, on lui offre l’immunité judiciaire à vie. Blunt accepte.

Résultat: il continue sa vie tranquillement. La reine, au courant de sa véritable identité, est prise de court. Elle continue de faire appel à lui. Une décision, perçue comme une tactique par certains historiens pour faire croire à Moscou que leur espion n’a pas été découvert.

Un scénario idéal 

Au gouvernement, peu de personnes étaient au courant. Le ministre de l’Intérieur et Élisabeth II, voilà tout. Pas même le Premier ministre de l’époque, Alec Douglas-Home, comme l’ont révélé des archives rendues publiques au mois de juillet 2018.

Fin de l’histoire? Pas vraiment. En 1979, l’affaire éclate enfin au grand jour. Un ennemi de longue date de l’espion dévoile à la presse tout ce qu’il sait de lui. Margaret Thatcher, qui vient d’être élue, s’empare du scandale.

Alors qu’elle doit faire face à de sérieuses crises sociales dans le pays, elle se sert de l’affaire pour occuper la presse. Quatre ans plus tard, Anthony Blunt meurt.

Aujourd’hui, bien des mystères demeurent. À qui l’affaire a-t-elle servi? “En cherchant dans les archives soviétiques, on découvre qu’Arnold Deutsch a recruté pas moins de 17 agents, à Cambridge et ailleurs”, explique Monsieur X. Révéler le nom des “Cinq de Cambridge” a-t-il permis de taire tous les autres encore dans la nature?

Une chose est sûre. ”À partir du cas Blunt, on pouvait écrire un vrai roman feuilleton”, ironise le chroniqueur. Ou un parfait scénario d’épisode, non?

Le HuffPost

1 COMMENT

  1. Passionant , j’attends la suite .

    Est on certains que la Reine n’en faisait pas parti ?

    Et pendant ce temps Sherlock Holmes travaillait dans l’ombre lui aussi mais il n’a jamais été attrapé . ah ah

    Cette affaire me fait penser à notre P.C et à son attitude avant l’opération ” Barbarossa ” .

    Ils n’avaient pas réagi au traité germano soviétique et furent les acteurs passifs des crimes de Hitler et de la collaboration .

    Jusqu’au jour où ils se transformérent en ” résistants ” quand eut lieu la bataille de Stalingrad .

    Décidément ces ” rouges ” nous ont fait voir de toutes les couleurs :

    Que ce soit en France , en Angleterre jusqu’aux aux E.U où ils ont donné l’occasion à Hoover de nous envoyer son clown Mac Carty et lacher ses chiens contre les Juifs et Hollywood .

    A ce sujet comment ne pas rappeler la traitrise d’Elia Kazan qui a dénoncé ses collégues devant la commission Mac Carty ?

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.