Il rejoint à l’âge de 13 ans sa mère remariée. Au lycée de Briançon, il rencontre sa première femme Jacqueline épousée en 1961, avec qui il aura deux filles4. Il travaille d’abord dans l’entreprise de tricot de son beau-père à Fontenay-sous-Bois, puis publie ses premiers dessins dans Rustica en 1958.

Après avoir envoyé ses dessins à François Cavanna, il entre en 1960 dans l’équipe de Hara-Kiri, puis en 1968 dans Le Journal du dimanche où il rencontre sa seconde femme Maryse, il devient rédacteur en chef de Charlie Hebdo de 1970 à 1981.

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Wolinski oscille au début entre des styles très différents, pour se fixer à terme sur un graphisme évoquant au départ celui de Copi. Rapidement, il acquiert la patte spécifique de l’auteur, qui met l’accent sur l’expressivité de ses personnages là où au contraire Copi les voulait neutres. Les événements de mai 1968 font connaître son travail par l’éphémère revue Action, où il dessine régulièrement. C’est alors la gloire. Les personnages si typiques de Wolinski plaisent et sont sollicités pour des campagnes de publicité d’envergure nationale :

– Immeuble « Le Broca », près du canal Saint-Martin à Paris.

– IBM (Wolinski dessine un de ses personnages qui balance ses papiers à l’ordinateur en lui disant : « Tiens, débrouille-toi! »)

– Mars (barre chocolatée)

– Rizla+, papier à cigarette (une jeune femme sort d’un paquet en déclarant « je suis dans les petits papiers de Riz la + »; une jeune femme s’habille de petits papiers etc.)

Ces publicités seront reprochées à Wolinski par les puristes. Il les choisit pourtant au compte-gouttes, n’acceptant que celles qui lui donnent prétexte à faire des choses qui l’inspirent.

Georges Wolinski meurt le 7 janvier 2015, assassiné lors de la fusillade au siège du journal Charlie Hebdo à Paris..

[wikipedia.orgArticle original

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Il y a un an, Wolinski nous parlait de lui et des femmes

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Georges Wolinski disait que le dessin lui avait sauvé la vie. Pour ses dessins, il est mort dans l’attentat du 7 janvier à Charlie Hebdo. Il disait aussi vouloir être incinéré et que ses cendres soient versées dans les toilettes de son appartement pour pouvoir contempler les fesses de Maryse, sa femme. Nous l’avions croisé lors d’un passage à Sciences Po où il avait rencontré les étudiants et publions son portrait, écrit à l’époque, en hommage à ce tendre provocateur.

Un homme aux yeux écarquillés, le cigare au bec, des femmes nues échauffées se battant pour le lui allumer. C’est par ce célèbre « autoportrait » plein d’humour que Georges Wolinski se représentait à la fin des années 1990.

« Mes copines de Charlie Hebdo, je les imagine nues et je les dessine »
Ce patriarche du dessin de presse de 80 ans qui a apposé son trait libre sur les pages d’Action, L’Enragé, l’Humanité, Libération, Le Nouvel Observateur, Hara-Kiri, devenu Charlie Hebdo, et d’autres journaux n’a cessé de teinter ses dessins politiques d’un érotisme plus burlesque que sexuel. Comme un geste libérateur. Mettre du cul dans l’actu, une recette corrosive dont il a fait une règle de vie.

Face à ses interlocuteurs de Sciences Po, il répond crânement à une étudiante en journalisme qui l’interroge sur sa représentation des femmes : « C’est une façon de les posséder. Mes copines de Charlie Hebdo, je les imagine nues et je les dessine, tout comme je pourrais vous imaginer et vous dessiner. » Quand on évoque l’affaire Hollande-Gayet, Wolinski raconte comment il matait les fesses de Valérie Trierweiler à Paris Match. Parler de la première fois qu’il a fait l’amour semble aussi beaucoup l’amuser : « C’était avec une tuberculeuse dans le sanatorium d’à côté (…). Je ne savais pas qu’il fallait bouger. » Une fois le rire posé comme condition, il est prêt à se raconter.

Né à Tunis en 1934, Georges Wolinski est un doux rêveur qui se nourrit de la bibliothèque de son oncle et rêve de rejoindre une France qu’il idéalise. Pendant son service militaire en Algérie, il « s’ennuie » et envoie des dessins au journal satirique Hara-Kiri, qu’il intègre en 1961. « La vie est ailleurs », ce slogan libérateur de Mai 68, pourrait expliquer son parcours. 1968 justement, année pivot de son engagement : « C’est à ce moment que j’ai su que j’étais gauchiste et que je me suis aperçu que je savais faire des dessins politiques. » Libération politique, libération sexuelle, son dessin se fait aussi support d’une libération de ses propres blessures : l’assassinat de son père par un ouvrier licencié de son usine de fer forgé, la mort de sa première femme dans un accident de voiture. Wolinski n’hésite pas quand il déclare : « Le dessin m’a sauvé la vie. »

Un enragé bourgeois

Sous le rempart de l’humour grivois perce l’émotion. Pour parler de la guerre qu’il a entr’aperçue quand il était jeune avec l’arrivée des soldats, le dessinateur puise à nouveau dans les anecdotes liées aux mœurs: « Je lisais toujours sur un divan d’où on voyait la rue. Passe un Américain complètement pété, il tombe à terre. Horrifié, je vois sa braguette ouverte sur un bout de sexe qui dépassait. Une femme voilée qui traversait s’est arrêtée pour la refermer. » Une anecdote absurde où le libérateur se fait materner par la supposée femme prude. L’histoire fait confusément écho à son travail. Dans la BD Vive la France !, son petit alter ego dessiné énonce : « C’est exactement ça, le boulot de dessinateur de presse, mettre en valeur les contradictions de la politique et de la morale. »

La vie est ailleurs, non pas sur la scène médiatique mais derrière la porte des chambres à coucher, où le Français caricatural qu’il dépeint confesse son orientation lepéniste sur l’oreiller et loue une prestation télévisée de Sarkozy en caressant sa femme. Une liberté de ton qui ne cache pas une double ambigüité chez le dessinateur. Sa peinture satirique troublante des gens de droite qu’il semble comprendre, une Légion d’honneur exhibée et l’attachement à son train de vie pour lequel il dit ne pas pouvoir prendre sa retraite…Et l’homme de conclure : « Je suis un enragé bourgeois. »

Maryse

L’autre ambiguïté est celle d’une vision de la femme dégradante dans la forme, mais touchante dans le fond. « Je ne suis pas du tout macho, assure l’intéressé. Les femmes sont jolies. Plus je vieillis, plus j’aime les femmes. Je les dessine toujours, en particulier la mienne, que j’aime regarder se tortiller dans l’appartement. » S’il garde un œil sur les belles qui peuplent ses dessins, où elles prennent l’apparence de créatures mutines, son cœur est tout à Maryse, son épouse rencontrée au JDD en 68. « Elle est féministe et elle me gronde », s’amuse-t-il. Maryse, qu’il voudrait voir jusque dans la mort. « Quand je mourrai, je veux être incinéré et que mes cendres soient dispersées dans les toilettes de notre appartement. Comme ça je pourrai voir le cul de ma femme tous les jours ! », lance-t-il. Maryse, qui n’est peut-être pas pour rien dans l’idée du Village des femmes, son roman graphique consacré à un monde imaginaire où les hommes sont habillés en dames et où celles-ci luttent contre « la suprématie du patriarcat ». Derrière la subversion du trait, Wolinski est un tendre, « un gentil » comme il se définit. Au-delà des femmes, de son confort, des journalistes mignonnes et même de François Hollande – ce « gros père » -, il dit aussi « aimer la France ». On ne sait plus s’il badine encore.

Par Pauline Verduzier | Le 08 janvier 2015

[madame.lefigaro.frArticle original

1 COMMENTAIRE

  1. C’est vrai Pauline qu’on peut tout écrire, mais je pense que la descence existe et il aurait fallu éviter certains détails inutiles qui ne valorisent pas plus les talents de Wolinsky.

    Il n’a pas besoin de cela pour être honoré !

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