Cette année, le Lag Ba’omer est célébré le dimanche 18 mai 2014.

Lag Ba’omer (hébreu : ל »ג בעומר « trente-trois jours dans l’omer ») ou la’omer (hébreu : ל »ג לעומר « trente-troisième jour de l’omer ») est une fête juive d’institution rabbinique.D’origine obscure, la fête est mentionnée pour la première fois dans la littérature rabbinique médiévale qui la rattache à Rabbi Akiva.

Une tradition l’associe fortement à Rabbi Shimon bar Yohaï, légendaire auteur du Zohar, tandis que le sionisme y célèbre la vaillance de Shimon bar Kokhba.

Elle a lieu le 18 iyar (généralement en mai dans le calendrier grégorien), en Israël comme en diaspora, donnant lieu à des feux de joie et, pour certains, à des pèlerinages sur les tombes des justes, en particulier le mausolée supposé de Rabbi Shimon, au mont Meron.

Lag Ba’omer dans les sources juives

Dans la Bible et les Talmuds

Lag Ba’omer n’apparaît ni dans la Bible hébraïque ni dans les Talmuds ou le Midrash mais la croyance populaire rattache le plus souvent la fête à Rabbi Akiva et l’un de ses disciples, Rabbi Shimon bar Yohaï.

Selon le Talmud et le Midrash, Rabbi Akiva, principale figure spirituelle de sa génération, avait vingt-quatre mille étudiants qui moururent d’une mystérieuse épidémie entre Pessa’h et Chavouot parce qu’ils s’entredéchiraient. La désolation régna jusqu’à l’arrivée de Rabbi Akiva dans le sud où il dispensa son enseignement à cinq nouveaux disciples : Rabbi Meïr, Rabbi Yehouda, Rabbi Yosse, Rabbi Shimon et Rabbi Eléazar ben Shammoua1.

Tous devinrent des héros du judaïsme rabbinique, en particulier Rabbi Shimon bar Yohaï. Pour avoir critiqué le pouvoir romain, il dut se réfugier avec son fils Rabbi Eléazar dans une grotte où ils demeurèrent douze ans, s’enterrant jusqu’au torse pour économiser leurs vêtements, étudiant la Torah pendant que Dieu pourvoyait à leurs besoins en suscitant un caroubier et un cours d’eau. Les savoirs sur lesquels ils méditaient étaient si profonds qu’à leur sortie, leur regard pouvait embraser le monde2. La grotte de Rabbi Shimon et de son fils devint ensuite un lieu privilégié pour rencontrer le prophète Élie qui leur avait rendu visite et deviser avec lui des enseignements secrets3.

La tradition rapporte par ailleurs une dispute entre les gens de Meron et ceux de Gischala pour l’honneur de pouvoir enterrer Rabbi Eléazar sur leur sol4. Cependant, si cette tradition permet de comprendre le lien qui se tissera ultérieurement entre Lag Ba’omer et le mont Meron, elle ne fait aucune allusion à la fête elle-même.

Dans la littérature du haut Moyen Âge

La fête de Lag Ba’omer n’apparaît pas non plus dans la littérature des gueonim (directeurs des académies talmudiques de Babylonie) alors que ceux-ci proclament l’observance de coutumes d’affliction pendant les sept semaines du décompte de l’omer pour commémorer la mort des étudiants de Rabbi Akiva5.

La date à laquelle a lieu Lag Ba’omer, le 18 iyar, est bien mentionnée dans quelques textes de cette époque mais sans rapport avec Lag Ba’omer et comme un jour de jeûne, plus triste encore que les autres jours de la période : des poèmes liturgiques rédigés en terre d’Israël l’associent au « jeûne de Josué », commémorant selon certains sa mort6 ou, selon d’autres, sa défaite devant la ville de Aï7. Une liste de jeûnes observés en terre d’Israël à l’ère des gueonim ajoute qu’on commémorait aussi le tremblement de terre qui avait eu lieu à cette date en 363 EC, alors que les Juifs, encouragés par l’empereur Julien dit l’Apostat, entreprenaient de construire le troisième Temple de Jérusalem (8).

La première autorité faisant état d’une interruption des coutumes de deuil en ce jour est Avraham de Lunel, un rabbin provençal qui rapporte l’usage des communautés de Provence et du Nord de la France de célébrer des mariages à partir du trente-troisième jour de l’omer alors que les autres communautés s’en abstiennent jusqu’au dernier jour des sept semaines9.

Pour justifier cette coutume, Avraham invoque une version de la tradition des étudiants rapportée par son maître Zerakhia Halevi selon laquelle ils seraient morts « de Pessa’h à la quinzaine avant Chavouot » (miPessa’h ad prous ou pras Atzeret)9. Cette explication, reprise par nombre de décisionnaires espagnols et provençaux10, conduit les séfarades à interrompre le deuil au trente-quatrième jour de l’omer11.

Les ashkénazes se basent sur une tradition différente, rapportée au nom de Jacob Moelin : les étudiants ne seraient pas morts « les jours où l’on ne dit pas les supplications », soit dix-sept jours (sept chabbatot, deux jours de fête, cinq de mi-fête, deux jours pour la néoménie d’iyar et un jour pour celle de sivan) ; la période de l’omer comptant cinquante jours, seuls trente-trois jours de deuil doivent être observés, le trente-troisième lui-même revêtant déjà un caractère festif12. Par conséquent, la plupart des ashkénazes interrompent le deuil au trente-troisième jour11. Certains observent, en se basant sur le même enseignement, un deuil de trente-trois jours à partir du lendemain de la néoménie d’iyar, jusqu’à Chavouot13.

Dans la kabbale lourianique

Lag Ba’omer gagne fortement en importance au xvie siècle avec les kabbalistes de Safed. Leur chef de file, Isaac Louria, se rend en effet chaque année en famille au mont Meron pour participer aux réjouissances qui s’y tiennent pendant trois jours et y réaliser la première coupe de cheveux de ses garçonnets à l’âge de trois ans14. Ces pratiques ne sont pas neuves (Ovadia di Bertinoro atteste de leur existence un siècle plus tôt15,16) mais Isaac Louria leur confère une nouvelle importance en affirmant à son disciple Hayim Vital que Rabbi Shimon bar Yohaï lui serait apparu pour lui dire que ceux qui s’attristeraient en ce jour auraient rapidement une véritable raison de prendre le deuil8,17.

Selon un enseignement rapporté au nom de Hayim Vital, la raison des réjouissances en ce jour serait la mort de Rabbi Shimon. En effet, le « Tanna divin » aurait attendu l’approche de sa mort pour divulguer à ses disciples les secrets sublimes dont il était détenteur suite à son séjour dans la grotte18. Or, ces enseignements contenaient la lumière primordiale cachée grâce à laquelle Adam pouvait, avant son expulsion d’Éden, voir d’un bout du monde à l’autre19. En permettant à son secrétaire Rabbi Abba de les consigner dans le Zohar (d’où ce nom de « Livre de la Brillance »), Rabbi Shimon aurait apporté l’harmonie dans le monde, raison pour laquelle sa mort est appelée hiloula (« noces » avec le ciel)20,21.

Il convient donc de célébrer le jour avec de nombreuses chandelles et de grands feux car ils émulent la lumière qui descendit sur le monde en ce jour et évoquent le feu de la Torah, qui commence à poindre pour se révéler pleinement dix-sept jours plus tard, à Chavouot21. D’aucuns alimentent le feu avec des habits en souvenir de Rabbi Shimon qui s’enterra pour économiser les siens22.

Réception et controverses

Cette relecture de Lag Ba’omer conquiert rapidement le monde séfarade, encore traumatisé par l’expulsion des Juifs d’Espagne23, l’Orient (à l’exception de quelques communautés réfractaires à la kabbale ou à son interprétation lourianique24) et l’Europe de l’Est, où la kabbale lourianique donne naissance au hassidisme25.

La fête trouve un terreau particulièrement fertile en Afrique du Nord, où le culte de Rabbi Shimon bar Yohaï se combine avec celui des saints, typique de la culture maghrébine. Sa commémoration devient rapidement celle de tous les saints disparus et de nombreuses coutumes apparaissent comme la veillée d’étude, l’aménagement d’une pinat Rashb »i (hébreu : פינת רשב »י « coin de Rabbi Shimon bar Yohaï ») dans les foyers, les processions avec moult bougies et parfums23 et surtout, les pèlerinages à la Ghriba de Djerba ou à la synagogue Boushaïef de Zliten24,26. À Rhodes, le jour est l’occasion d’un « enterrement » solennel de documents à mettre au rebut dans les guenizot (pièces des synagogues réservées à cet usage)24.

En Galicie, Lag Baomer est un yoma depagra, au cours duquel les études sont suspendues27. Les enfants sortent en excursion dans les bois et dans les champs pour tirer à l’arc car, selon le Talmud, on ne vit aucun arc-en-ciel, considéré comme un mauvais présage, du vivant de Rabbi Shimon28 (selon une autre explication tirée du Zohar au nom de Rabbi Shimon, un arc-en-ciel multicolore annoncera l’arrivée imminente du Messie(29)(21). Certains prennent des épées en bois et, parfois, des œufs colorés(30). On se rend aussi sur la tombe des rabbins illustres, dont Moïshe Isserlès (31).

Cette déferlante d’innovations ne va toutefois pas sans susciter perplexité et défiance. Si certains s’étonnent seulement que ces rites aient pu s’élaborer sans la moindre trace d’un miracle dans les sources rabbiniques pour le justifier32, le rabbin austro-hongrois Moïshe Sofer en critique vertement les fondements. « La mort des justes, écrit-il, est une cause de deuil et non de joie », citant à l’appui le décès de Moïse, commémoré par un jeûne le sept adar. Lag Ba’omer doit donc célébrer autre chose, à savoir le miracle de la manne lors de l’Exode hors d’Égypte(33).

Certains cherchent à répondre directement à ces objections : d’une part, le deuil que l’on prend pour Moïse porte sur son trépas hors de la terre d’Israël or Rabbi Shimon, dont l’âme contiendrait, selon la Kabbale, quelques étincelles de l’âme de Moïse, meurt sur cette même terre34. D’autre part, les miracles du caroubier et du cours d’eau rapportés par le Talmud pourraient à eux seuls justifier l’institution d’une fête à Lag Ba’omer35 (c’est pourquoi certains mangent des caroubes en ce jour36).

D’autres abondent dans le sens du Hatam Sofer, cherchant toutefois des explications plus proches de la tradition des étudiants : Lag Ba’omer célèbrerait la fin de la désolation qui régnait dans le monde après la perte de la Torah car Rabbi Akiva commença à l’enseigner à ses cinq nouveaux disciples37. Selon une opinion similaire, ils furent faits rabbins en ce jour38. Le kabbaliste Yossef Hayim de Bagdad laisse entendre qu’Isaac Louria et Hayim Vital ne l’avaient pas enseigné autrement : il rapporte au nom du Hid »a (Haïm Joseph David Azoulay) que seul le Pri Etz Hayim de Meïr Poppers fait de Lag Ba’omer le temps de la mort de Rabbi Shimon (hébreu : זמן שמת רשב »י zman shemet Rash »bi) tandis que dans le passage correspondant du Sha’ar hakavanot de Samuel Vital, il s’agit du temps de sa joie (hébreu : זמן שמחתו zman sim’hato)17 car l’épidémie avait cessé39. Poursuivant sur cette lancée, Yossef Hayim fait remarquer que la datation du décès de Rabbi Shimon au 18 iyar ne repose pas sur le Zohar ni sur aucune source écrite 40.

La découverte récente d’un manuscrit de Hayim Vital a confirmé que la version correcte de son enseignement est celle qui figure dans le Sha’ar hakavanot8 ; certains rabbins ont voulu en déduire que la réjouissance de Rabbi Shimon était sans lien avec la tradition des étudiants : peut-être le 18 iyar était-il la date à laquelle les pèlerins babyloniens qui se rendaient à Jérusalem pour célébrer Chavouot au temps du second Temple, faisaient leur première halte en terre d’Israël, à Meron ; en ce cas, la tradition se serait perpétuée après la destruction du Temple mais la raison en aurait été oubliée41. Selon une autre hypothèse, on se réjouit car c’est en ce jour que le troisième Temple sera reconstruit 8.


Toutefois, divers arguments plaident en faveur de la hiloula : Ovadia di Bertinoro associe ce jour à la mort de Rabbi Shimon un siècle avant Isaac Louria16 ; le Hid »a lui-même assure que la joie en ce jour est une volonté expresse de Rabbi Shimon 42 ; enfin, plusieurs autorités ont convenu que Lag Ba’omer pouvait bien être la date de la nomination de Rabbi Shimon et celle de sa mort, à des années différentes38 (des traditions médiévales et hassidiques ont également fait de Lag Ba’omer la date de naissance de Rabbi Shimon et celle de son mariage 27). La découverte de ce manuscrit ne devrait donc rien changer aux croyances et pratiques établies 43.

Observance de Lag Ba’omer

Lag Ba’omer et le deuil

Lag Ba’omer est célébré, tant par les séfarades44, que par les ashkénazes45, avec de la musique, des danses, des chants et (en certains endroits seulement) des feux de joie15. On n’y lit pas le Tahanoun15 et, chez certains, on met fin aux coutumes de deuil (abstention de soins corporels, en particulier capillaires, de célébration de mariages ainsi que, pour certains, du port de nouveaux habits ou de la consommation de nouveaux fruits15,46) observées pendant la période de l’omer11 mais les usages varient significativement en fonction des rites et des communautés47 :

selon Yossef Karo, codificateur séfarade, soins corporels et mariages ne sont permis qu’au lendemain de Lag Ba’omer, au matin du trente-quatrième jour, sauf si le trente-troisième jour a lieu un vendredi, par égard pour le chabbat11. L’atmosphère de deuil est cependant abolie, les chants, danses et musique sont autorisés jusqu’au soir. Certains n’observent plus le deuil au-delà du trente-quatrième jour44 tandis que d’autres les suivent, selon la pratique d’Isaac Louria jusqu’à la veille de Chavouot48.

selon Moïshe Isserlès, codificateur ashkénaze, soins corporels et mariages sont permis à partir de Lag Ba’omer, voire le vendredi précédent si Lag Ba’omer a lieu un dimanche, par égard pour le chabbat11 (et ce pour autant que le décompte des jours de deuil ait été commencé à partir du second soir de Pessa’h13). Certains recommandent d’attendre le matin pour abroger le deuil47 tandis que d’autres le font déjà la veille49. Certains séfarades et Juifs égyptiens24 suivent également cette pratique44.
Moïshe Isserlès considère que les coutumes de deuil ne doivent plus être observées au-delà (si l’on a commencé le décompte des jours de deuil à partir du second soir de Pessa’h13)11 mais certains le font jusqu’aux trois jours précédant Chavouot45,50.

La Hiloula de Rabbi Shimon bar Yohaï

La hiloula de Rabbi Shimon bar Yohaï est l’un des célébrations les plus populaires de Lag Ba’omer, en terre d’Israël et en diaspora, bien qu’elle n’ait aucun caractère obligatoire22,44. Nombre de poèmes composés à la gloire du « saint Tanna » sont chantés en ce jour, dont le plus célèbre, Bar Yohaï de Shimon ibn Lavi, a été inclus dans les chants du chabbat des communautés d’Afrique du Nord15,51.

À Meron

La cérémonie la plus importante se tient sur le mont Meron, lieu de sépulture de Rabbi Shimon bar Yohaï, de son fils Rabbi Eléazar bar Shimon et d’autres Sages éminents comme Hillel et Shammaï15.

L’affluence à Meron a fortement augmenté avec la création de l’état d’Israël et, surtout, l’arrivée en Israël des Juifs maghrébins qui en ont fortement influencé le caractère actuel23. En 2009, 500 000 visiteurs de tous milieux et de tous les degrés d’observance étaient attendus52. Afin de faire face à cet afflux, un groupe chargé de la hakhnassat or’him (« hospitalité ») envers les pèlerins fut constitué 430 ans plus tôt et demeure en activité à ce jour. Ce groupe prend également en charge la coutume des ha »ï rottel selon laquelle dix-huit « mesures », soit cinquante-quatre litres, de boissons sont offertes par les personnes dans le besoin (malades chroniques ou incurables, célibataires sans conjoints, couples sans enfants, etc.) sur la tombe de Rabbi Shimon afin de voir leurs souhaits exaucés53,54.

Les pèlerins établissent leurs campements et allument des feux de camp. Le jour étant considéré particulièrement propice à l’étude, l’introspection et la prière16, certains se livrent à l’étude approfondie de sujets ou passages du Zohar appropriés à l’esprit du jour. D’autres lisent le Livre des Psaumes, ajoutant souvent des prières spontanées, et se livrent à l’introspection, pour autant qu’elle n’entraîne pas d’accablement52,55.

Depuis 1833, les festivités s’ouvrent à Safed, dans la maison historique de la famille Abbo dont l’occupant originel, Samuel Abbo, avait racheté le terrain de la tombe de Rabbi Shimon bar Yohaï où il avait fait bâtir une synagogue, ainsi que 1 800 acres de terres arables pour des familles originaires du Kurdistan ; ceux-ci avaient remercié leur bienfaiteur en lui offrant un sefer Torah transporté en grande pompe depuis sa demeure jusqu’à la synagogue Bar Yohaï, à Lag Ba’omer. Peu après, un nouveau sefer Torah plaqué d’or et d’argent lui fut offert et est transporté à Meron au milieu de la liesse jusqu’à ce jour56.

Le bûcher central est allumé près de la tombe de Rabbi Shimon bar Yohaï vers deux heures du matin, au milieu de danses et cris de joie. Le privilège de l’allumage a été acheté par Israël Friedman de Ruzhin qui le transmit à ses descendants ; le privilège échoit à ce jour à Nahoum Dov Brayer, le rebbe de la dynastie hassidique de Boyan57,54. Le feu est entretenu avec les meilleures étoffes et matières qui puissent être trouvées15,57 et bien que d’aucuns aient tenté de s’y opposer au nom de l’enfreinte de bal tash’hit (interdiction biblico-rabbinique de gaspillage)58, d’autres l’ont justifiée par la volonté d’« embellir la mitzva »59,60.
Un second bûcher, plus discret, est allumé après minuit près de la tombe de Rabbi Yohanan Hasandlar61.

Au matin, les parents tiennent la cérémonie de la première coupe de cheveux de leurs garçons. Bien qu’il s’agisse d’un rite de passage à réaliser au troisième anniversaire de l’enfant, beaucoup s’efforcent de le faire en ce jour, afin de profiter de la joie et de la solennité qui y règnent52.

Hors Meron

D’autres célébrations se tiennent à Safed, à Hébron ou à Jérusalem, sur le tombe de Simon le Juste ou d’autres autorités vénérables62.

Un pèlerinage annuel a encore lieu de nos jours à la Ghriba63 ; il attire lui aussi des foules importantes et est l’occasion pour nombre de Juifs d’origine tunisienne de renouer avec leurs racines23. La hiloulat Boushaïef a quant à elle été transposée au moshav de Zeitan, en Israël26. Lag Ba’omer donne également lieu à des célébrations locales dans diverses communautés originaires du Maghreb64.

Itérations et réitérations modernes

Conjointement au Hatam Sofer, les Juifs « éclairés » (auquel il s’opposait) cherchaient une alternative aux interprétations kabbalistiques de la fête, au moyen des outils de la science du judaïsme. Les pistes qu’ils en ont retirées n’ont pas été sans écho mais ils ne sont pas parvenus à élucider définitivement la question65.

La fête de la vaillance juive

Nachman Krochmal et d’autres érudits proposent en 1840 une relecture historiciste de la tradition des étudiants : il s’agirait d’une allusion fortement voilée à la révolte de Bar Kokhba, les étudiants étant ses soldats et la plaie désignant les légions romaines menées par Julius Serverus66. Lag Ba’omer serait donc la trace d’une célébration nationaliste, marquant une victoire temporaire des troupes de Bar Kokhba en ce jour ou la libération provisoire de Jérusalem27,67.

D’autres suggèrent, en se basant sur les écrits de Flavius Josèphe, que la première guerre judéo-romaine aurait (également ?) été déclenchée à cette date15,66.

La première hypothèse reçoit un accueil particulièrement favorable dans le sionisme. En effet, si Shimon bar Kokhba est vilipendé par la tradition rabbinique qui lui reproche d’avoir suscité de faux espoirs et provoqué une catastrophe nationale27, il est, pour le mouvement nationaliste naissant, celui qui a, à l’instar des Maccabées, a réactualisé le miracle de David contre Goliath68 en secouant le joug romain et en permettant le rétablissement même éphémère de l’indépendance juive en terre d’Israël69.

Lag Ba’omer devient donc l’une des fêtes majeures du calendrier sioniste. Bar Kokhba donne son nom à diverses sociétés estudiantines et sportives70. Des institutions majeures sont officiellement fondées à cette date, parmi lesquelles le Palmah, force armée d’élite de la Hagana, et les Gadna, brigades de jeunesse. Toutes deux prennent pour emblème les deux grands symboles de la fête, à savoir les feux et l’arc à flèches respectivement71,72,73.

Les feux se développent un peu partout et servent de points de rassemblement, symbolisant la vie militaire et la victoire71,72. On y chante des chants nouvellement composés, parmi lesquels Bar Kokhba, qui remplace Bar Yohaï72, Missaviv lamedoura de Natan Alterman et Findjan de Hayim Hefer et Moshe Wilensky74.

Quant aux sorties en armes dans la nature, elles font revivre les heures glorieuses de la résistance juive (selon une explication sioniste-religieuse, les feux pourraient également faire allusion à la pratique d’allumer des feux pour la néoménie, abrogée par les Romains et rétablie par Bar Kokhba72 et les sorties en forêt rappelleraient les séances clandestines d’étude de la Torah en pleine nature)67,71.

Ces pratiques sont restées populaires en Israël malgré la récession du sionisme et donne actuellement lieu à un jour de congé scolaire et universitaire. Les feux de camps essaiment à travers le pays, bien qu’une réglementation de plus en plus stricte tente d’en maîtriser l’impact sur la santé et l’environnement. Les Gadna organisent en ce jour des programmes spéciaux73 et des concours de tir75. Les mouvements de jeunesse sionistes de Belgique tiennent également une compétition sportive en plein air entre leurs différentes branches76.

Une fête de la nature et du feu ?

Étudiant Lag Ba’omer à la lumière de l’anthropologie comparative, des érudits juifs suggèrent une piste radicalement différente de la précédente : la tradition des étudiants ne serait qu’une tentative de justifier la judaïsation de pratiques païennes environnantes. Julius Landsberger de Darmstadt rattache ainsi la fête aux lémuriales romaines, au cours desquelles les jeunes filles s’abstenaient de se marier pendant 32 jours afin de ne pas mécontenter les esprits des morts. D’autres tracent des comparaisons avec la mi-carême, l’anniversaire de Mardouk ou les fêtes du feu qui célèbrent dans diverses cultures l’été (l’une de celles-ci, la Nuit de Walpurgis, donne en outre lieu à des sorties dans les bois avec des arcs à flèches)66.


Cette remise en question des origines de la fête ne semble pas en avoir influencé les pratiques ; elle a cependant inspiré une association entre Lag Ba’omer et la nature, présente dans quelques chants et mise en valeur par certains éléments progressistes du judaïsme77.

La fête de la fraternité juive

Dans les années 1950, Menachem Mendel Schneerson, dirigeant du mouvement hassidique Habad, institue la tenue de parades annuelles pour Lag Ba’omer.

Les parades, auxquelles il préside en personne jusqu’à son décès, commencent devant ses quartiers, au 770 Eastern Parkway. Après que les enfants aient collectivement récité douze versets qui lui semblent essentiels, il délivre un sermon dont le thème est invariablement le respect, l’unité et la fraternité qui doit régner entre les Juifs puisque chacun est un disciple de Rabbi Akiva et doit éviter la désunion de ses étudiants78. Les parades seront aussi l’occasion d’encourager les Juifs à une observance ouverte et décomplexée de leur judaïsme, en réponse à l’abandon des pratiques alors de mise parmi les Juifs des États-Unis79.

À sa mort, les parades sont organisées par divers centres Loubavitch à travers le monde, aux États-Unis80, en Israël81 et ailleurs.

Wikipedia.org

Notes et références

1. T.B. Yebamot 62b ; Bereshit Rabba (édition Vilna) 61:3

2. cf. T.B. Chabbat 33b

3. T.B. Sanhédrin 98a

4. Kohelet Rabba (éd. Vilna) 11:2

5. Halakhot pessoukot, chap. 94, cité in Beit Yossef Orah Hayim 493:1 ; Benjamin Menashe Lewin, Otzar Hagueonim, Yevamot, 141, cité in Tucker 2003

6. Dagan 2006 ; d’autres textes la situent au 26 nissan – cf. Halakhot Guedolot (éd. Machon Yerushalayim 1992) ch. 18, hilkhot Tisha Beav veTaaniyot p. 232 ; Seder Rav Amram Gaon (éd. Harpanas, Bnei Brak 1984), seder taanit

7. Kitov 1978, cf. Josué 7:3-9

8. a, b, c et d Dagan 2006

9. a et b Avraham Hayarhi, Sefer HaManhig (édition Y. Raphaël), Hilkhot eroussin venissouïn, Mossad Harav Kook, Jérusalem 1978, p. 578

10. Rabbenou Yerouham, Sefer Toledot Adam veHava, chap. 5, quatrième partie, p. 44d ; Sefer Aboudarham, tefillot haPessa’h ; Rashbatz, Maamar Hametz, § 140 ; cf. Travis 2010

11. a, b, c, d, e et f Choulhan Aroukh Orah Hayim 493:1-2 & Rem »a ad loc.

12. Sefer Maharil, minhaggei hayamim shèbein Pessa’h lèChavouot (chap. 493), §7, cité in Tucker 2003 & Travis 2010

13. a, b et c Rem »a sur C.A. O.H. 492:3 ; cf. Weill 1948, CLXXIX §19 & Travis 2010

14. R’ Hayim Vital, Etz hayim, chap. 222 (sefirat ha’omer), cité in Tucker 2003

15. a, b, c, d, e, f, g et h Kitov 1978

16. a, b et c Sperling 1956, p. 266

17. a et b Extrait du Shaar Hakavanot relatif à Lag Ba’omer, cf. Maguen Avraham 493:3 & Aroukh Hashoulhan Orah Hayim 493:7

18. dra Zouta (Zohar 3:287b-296d)

19. cf. Bereshit Rabba 11:2

20. cf. Jewish Encyclopedia 1906

21. a, b et c Bnei Issakhar, ma’amarei hodesh iyar n°3

22. a et b Mansour 2004

23 a, b, c et d Voir Podselver 2001 et Bilu 2005

24 a, b, c et d (he) Coutumes de la fête  archive »>Article original sur The Kibbutz Institute for Holidays and Jewish Culture. Consulté le 15 février 2011

25. David Assaf, « Hasidism:Emergence and Growth  archive »>Article original ». Consulté le 27 février 2011

26. a et b (he) Yoav & Shimon Daboush, « Hiloulat Boushaïef shel Lag Ba’omer  archive »>Article original » sur Likudnik.co.il. Consulté le 27 février 2011

27. a, b, c et d cf. Tucker 2003

28. cf. T.B. Ketoubot 77b

29. Tikkounei Zohar, Tikkoun n°18 (p. 31b)

30. Morris M. Faierstein & Berel Wein, « Religious Year  archive »>Article original ». Consulté le 27 février 2011

31. Meir Raffeld, « Isserles, Mosheh ben Yisra’el  archive »>Article original ». Consulté le 27 février 2011

32. Pri Hadash Orah Hayim 496:14, cité in Tucker 2003

33. Hatam Sofer tome 2 (Yore Dea), n° 233, cité in Melamed 2001, Tucker 2003, Dagan 2006 & Jewish Encyclopedia 1906

34. Jacob Anhori, Hiloula Rabba, p.22, cité in Sperling 1956, p. 267

35. Arye Leibush Bolkhiver, Shem Arye Orah Hayim, n°14, cité in Sperling 1956, p. 272 ; voir aussi Aroukh Hashoulhan Orah Hayim 493:7

36. Shaarei halakha ouminhag, ch. 222

37. Pri Hadash Orah Hayim 493:2, cité in Melamed 2001

38. a et b Yaakov Haïm Sofer, Kaf Hahayim 493:26, cité in Melamed 2001 & Tucker 2003

39. Yossef Hayim de Bagdad, Rav Pealim, tome 1, Orah Hayim n°11

40. Yossef Hayim de Bagdad, Rav Pealim, tome 2, Sod Yesharim n°14

41. David Bar-Hayim, cité in J. Kullock, « Lag BaOmer et la Métamorphose après la Métamorphose  archive »>Article original » sur Morim.org. Consulté le 13 avril 2011

42. Hid »a, More bèetzba 8:223

43. (he) R’ David Meïr Druckman, « La flamme brillante de Lag Baomer  archive »>Article original », 2006. Consulté le 9 janvier 2011

44. a, b, c et d Melamed 2001

45. a et b Weill 1948, CLXXIX, §18

46. Selon le Kaf Hahayim 493:4, ces restrictions sont superflues ; Ovadia Yossef considère cependant louable de ne pas porter de nouveaux habits (Yabia Omer tome 3, n°26) — cités in Yossef Daat sur Kitsour Choulhan Arouh 120:6, note 2

47. a et b R’ Shlomo Ganzfried, Kitsour Choulhan Aroukh chapitre 120, §6 (120:6)

48. Kaf Hahayim 493:12-13, cité par le Yossef Daat sur le K.C.A. 120:6, note 3

49. Weill 1948, CLXXIX, §20 ; voir aussi Travis 2010

50. K.C.A. 120:7

51. Bar Yochai Song  archive »>Article original sur OU.org. Consulté le 13 janvier 2011

52. a, b et c D. Rossoff, « Meron on Lag B’Omer  archive »>Article original » sur The Jewish Magazine. Consulté le 15 février 2011

53. Sperling 1956, p. 263 mais voir (he) Y. Weiss, « La coutume des ha »ï rottel est vaine  archive »>Article original » sur Kikar Hashabbat, 26 avril 2010. Consulté le 15 février 2011

54. a et b Over 500,000 Expected in Meron for Lag Ba’omer, 5769  archive »>Article original sur Matzav.com, 11 mai 2009. Consulté le 15 février 2011

55. Sperling 1956, p. 262-264

56. One Safed Family on Lag B’omer  archive »>Article original, 2009. Consulté le 13 janvier 2011

57. a et b The Customs of Lighting the Fire  archive »>Article original sur Ohel Rashbi. Consulté le 15 février 2011

58. cf. Joseph Saul Nathanson, Shoël ouMeshiv (5e édition), n° 39 & Joseph Hazan, Hokrei Lev Yore Dea, n°11, cités in Tucker 2003

59. Yossef Hayim de Bagdad, Torah lishma, n°400

60. Samuel Heller, Kevod Malakhim, cité in Tucker 2003

61. Mazor 1998

62. (he) Lag Ba’omer, ce n’est pas seulement le mont Méron  archive »>Article original sur Ynet, 11 mai 2009. Consulté le 14 février 2011

63. (en) Bryan Schwartzman, « Lag B’Omer in Tunisia  archive »>Article original » sur The Jewish Exponent, 2008. Consulté le 27 février 2011

64. Jennifer Mc Lain, « South Bay minyan celebrates Sephardic heritage at hiloula  archive »>Article original » sur Jweekly, 26 mai 2006. Consulté le 1er mars 2011

65. Klagsbrun 1998

66. a, b et c Encyclopedia Judaica 2008

67. a et b Wigoder 1996

68. Almog 2000

69. Voir en particulier Marks 1994

70. Cf. Zionism  archive »>Article original, Youth Organizations in Katowice, Poland  archive »>Article original. Consulté le 3 mars 2011, etc.

71. a, b et c (he) Matya Kam, « 18 iyar, Lag Ba’omer  archive »>Article original » sur Matha »h. Consulté le 2 mars 2011

72. a, b, c et d Lau 2007

73. a et b Lag BaOmer  archive »>Article original sur le site de la Knesset. Consulté le 4 mars 2011

74. (he) Chants de Lag Ba’omer  archive »>Article original sur Shittim. Consulté le 15 mars 2011

75. D. Coren (in Encyclopedia Judaica), « Gadna  archive »>Article original », 2008. Consulté le 15 mars 2011

76. Lag Baomer 2009  archive »>Article original sur CCOJB. Consulté le 15 mars 2011

77. Kariv 2008

78. Parades with the Rebbe  archive »>Article original ; voir notamment Respect (1983)  archive »>Article original. Consulté le 13 avril 2011

79. E. Greenbaum, « Lag BaOmer Parades  archive »>Article original ». Consulté le 13 avril 2011

80. L.A. Street Shuts Down for Jewish Unity Parade  archive »>Article original. Consulté le 13 avril 2011

81. Parades in Central Israel Draw 1,000 Children  archive »>Article original. Consulté le 13 avril 2011

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