Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach.

Le 25 février 2014, la Knesset a entamé le débat sur la motion déposée par le député Moshé Feiglin (Likoud) visant à l’établissement d’une souveraineté israélienne, pleine et entière, sur le Mont du Temple situé dans la vieille ville de Jérusalem.

Le site, également connu sous le nom « Esplanade des mosquées », abrite la Mosquée Al Aqsa et le Dôme du Rocher, qui constituent le troisième lieu saint de l’Islam puisque c’est de cet endroit que Mahomet serait monté au ciel pendant le voyage nocturne appelé « isra ».

Faute de consensus des députés israéliens sur la question, la motion a peu de chance d’être adoptée mais le Premier Ministre Benjamin Netanyahou a immédiatement fait part de sa désapprobation, en raison de la colère qu’elle suscite chez les jordaniens, les égyptiens et les palestiniens. Le jour même de l’examen à l’assemblée, Jérusalem a d’ailleurs été le théâtre d’affrontements entre les forces de l’ordre et des jeunes palestiniens.

Pour sa part, le Parlement jordanien a voté l’expulsion de l’Ambassadeur israélien Daniel Névo. Notons également que des députés du Royaume Hachémites ont immédiatement réclamé la révision du traité de paix signé avec Israël, le 26 octobre 1994. Les débats sont, pour l’heure, suspendus.
La question se pose toutefois de savoir s’il est nécessaire de voter une telle résolution alors que la souveraineté de l’Etat hébreu sur le Mont du Temple est incontestable. Le problème est en effet, moins de savoir si Israël est souverain sur le site que de modifier les modalités d’exercice de la souveraineté sur lui. En effet, de plus en plus de juifs religieux souhaiteraient avoir la possibilité de venir prier sur les lieux sur lesquels était édifié le Temple de Salomon (détruit par les romains en l’an 70 ec). Or, ils en sont précisément empêchés par l’Etat juif, dans le cadre de l’exercice (sans concurrence) de sa souveraineté sur le site.

La souveraineté israélienne sur Jérusalem réunifiée, et notamment sur le Mont du Temple, s’exerce de multiple manières : lorsque les palestiniens jettent des pierres, depuis l’esplanade des mosquées, sur les juifs religieux venus priés sur le « mur occidental », la police israélienne n’hésite pas à s’y rendre pour les en disperser. C’est encore la police israélienne qui tire avec des balles en caoutchouc ou des grenades assourdissantes sur les palestiniens qui agressent les juifs religieux qui empruntent la « porte des maghrébins » pour prier sur le mont du Temple, (avant de les arrêter). Le directeur du Waqf, Office des biens religieux musulmans déplore d’ailleurs les actes de la police israélienne dans son maintien de l’ordre sur le site.
De même, c’est la justice israélienne qui prive certaines personnes musulmanes d’un accès sur l’esplanade des mosquées et qui les empêche de s’en approcher en cas de comportement répréhensible. C’est encore le Tribunal de Jérusalem qui condamne les palestiniens qui agressent les juifs ou portent atteinte à leurs intérêts, en cas d’appartenance au Hamas. C’est encore Israël qui décide de la pose de caméra sur le site pour surveiller les agissements des palestiniens et qui installe des drapeaux israéliens à proximité. Les Ministres israéliens s’y rendent sans complexe comme Uri Ariel mais aussi des députés notamment le député Yéouda Gleck. Le rabbin Israël Ariel a même recommandé des visites régulières sur le site pour surveiller les travaux effectués par les palestiniens. Résultat : un bâtiment israélien de 5 étages, construit sur deux dunams, devrait être prochainement édifié à cet effet.

Par ailleurs, tout autour du Mont du Temple, les constructions en chantier sont incessantes. A Maalé Zitim, 116 immeubles sont occupés par 500 personnes et un projet est à l’étude pour y installer des bassins, des centres d’études talmudiques et 150 autres immeubles. Il en est de même à « Maalot David », où le projet porte sur la construction de 150 nouveaux immeubles, tout comme à Ayn Kerem à l’Ouest du site. 558 immeubles sont en constructions dans la patrie orientale de la ville mais aussi dans le quartier Beit Hanna où un musée de l’histoire juive avec synagogue et centre d’étude sont en cours de construction, au sud de la Mosquée Al Aqsa (sur 1200 mètre carrés à Selwan). Rappelons encore qu’Israël dessine les routes, les lignes de chemin de fer ou de métro sur chaque parcelle de Jérusalem.

Inversement, des écoles palestiniennes sont expulsées des immeubles situés à Jérusalem lorsqu’elles ne payent pas les taxes municipales ni ne respectent les programmes d’enseignement scolaires israéliens. De même, des familles palestiniennes se voient régulièrement coupé l’eau lorsque les factures impayées s’accumulent.

Ainsi, les palestiniens n’exercent pas la moindre souveraineté sur le site : ils réclament d’ailleurs, la fermeture de la Porte des maghrébins qu’empruntent les juifs religieux qui viennent prier, redoutant qu’une systématisation des visites juives ne modifie le statut qu’ils confèrent la Mosquée Al Asa. En vain. De même, les menaces lancées par les autorités jordaniennes concernant une révision du plan de paix signé avec Israël sont purement symboliques, eu égard aux prérogatives limitées dont ils disposent. L’article 9 du Traité de paix du 26 octobre 1994 relatif aux « sites historiques et religieux » prévoit (conformément à la déclaration de Washington du 25 juillet 1994), que la Jordanie conserve son « rôle particulier concernant les Lieux saints musulmans de Jérusalem » et qu’Israël s’engage à donner à la Jordanie une priorité dans les négociations futures sur le statut permanent (ce qui est particulièrement vague). En d’autres termes, si la Jordanie s’est vue reconnaître un rôle de « gardien » des sites religieux, il ne s’agit en rien d’une souveraineté sur le site, d’autant que le Royaume Hachémite a renoncé définitivement, le 31 juillet 1988, à toutes les revendications du Roi Hussein sur la Cisjordanie, dont le Mont du temple faisait partie avant la réunification de la vieille ville de Jérusalem par l’Etat juif.

Les musulmans (et partant les palestiniens) ont intimement conscience de la parfaite souveraineté de l’Etat juif sur le Mont du Temple, ce qui est à l’origine d’un conflit interne insurmontable, puisqu’ils sont abreuvés de discours selon lesquels les juifs auraient été abandonnés par le Ciel. De telles allégations sont fausses puisque le Coran lui-même confirme la réalisation des prophéties Bibliques dans la Sourate 17 verset 104 : « Dans les Derniers Temps, les juifs seront rassemblés, sortant de la Diaspora dans laquelle ils étaient fragmentés et dispersés, et vers laquelle ils avaient été expédiés, et seront ramenés en Terre Sainte comme une « foule mélangée ».

Revendiquer Jérusalem comme capitale de l’Etat de Palestine, est juste un moyen de s’opposer à la souveraineté naturelle des juifs sur leur capitale éternelle et bien évidemment sur le Mont du temple. Pour autant, faire adopter en Israël, une résolution par la Knesset instituant « une souveraineté juive » à place de la « souveraineté jordanienne » sur le Mont du temple est parfaitement inutile, insensé et surtout maladroit puisque la démarche ne ménage pas la sensibilité des palestiniens qui ont déjà bien du mal à accepter la réalité de la situation.

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach.

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