Le journal satirique Charlie Hebdo, décimé par un attentat islamiste, a de nouveau dessiné le prophète Mahomet en Une pour son prochain numéro de mercredi et lui fait proclamer “Je suis Charlie”.

Cible des islamistes justement pour avoir souvent caricaturé Mahomet, Charlie Hebdo représente en Une un prophète qui pleure, habillé de blanc, et tenant entre ses mains une pancarte “Je suis Charlie”, le slogan mondial des manifestants contre l’attentat qui ont défilé par millions dimanche.

Au-dessus du dessin, le journal titre “Tout est pardonné”, un dessin signé Luz obtenu par l’AFP lundi soir.

Ce numéro dit “des survivants” — Luz est d’ailleurs l’un des rescapés de la fusillade de mercredi — sera tiré à trois millions d’exemplaires, contre 60.000 habituellement, et vendu dans 25 pays.

Son distributeur MLP a déjà reçu une avalanche de demandes en France et à l’étranger, ce qui l’a décidé lundi à porter ce tirage exceptionnel à 3 millions d’exemplaires au lieu de 1 million prévus au départ.

L’avocat et porte-parole du journal, Richard Malka, avait rappelé lundi après-midi que les dessins de Mahomet et autres autorités de toutes les religions étaient habituels dans le journal depuis des années.

“Dans chaque numéro de Charlie Hebdo depuis 22 ans, il n’y en a pas un où il n’y ait pas de caricatures du Pape, de Jésus, de curés, ou de rabbins, d’imams et de Mahomet” et “l’étonnant serait qu’il n’y ait pas” de dessins de Mahomet dans ce numéro, a déclaré Richard Malka.

Sur Europe 1, il a aussi réclamé le “droit à l’irrévérence” et déclaré que Charlie Hebdo n’est “pas un journal violent mais irrévérencieux”, réfutant avec virulence toute accusation d’islamophobie.

A la recherche d’éventuels complices

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“Capture d’écran d’une vidéo postée le 11 janvier 2015 sur les réseaux sociaux islamistes d’un homme se présentant comme Amedy Coulibaly”

Quatre jours après les attentats sanglants qui ont frappé la France, l’enquête sur d’éventuelles complicités a commencé

La mise en ligne sur Internet d’une vidéo montrant Amedy Coulibaly assurant “s’être synchronisé” avec les frères Kouachi laisse penser que d’éventuels complices seraient toujours dans la nature.

L’attaque de la policière à Montrouge, la prise d’otages porte de Vincennes, et l’explosion d’une voiture y sont mentionnées sur un bandeau déroulant inséré dans l’enregistrement. Des images de l’assaut des unités de police ont également été intégrées. La signature d’un tiers dans le montage ne fait pas l’ombre d’un doute.

“Nous considérons qu’il y a effectivement probablement d’éventuels complices”, a déclaré lundi matin Manuel Valls.

Le Premier ministre français a par ailleurs confirmé qu’Hayat Boumeddiene, la compagne d’Amedy Coulibaly était probablement “en Turquie ou en Syrie”. Les trois hommes étaient des proches d’une autre figure de l’islamisme radical français, Djamel Beghal, actuellement emprisonné. Les enquêteurs cherchent désormais à déterminer s’il a été récemment en relation avec l’un des terroristes.

Les indices retrouvées dans la planque présumée de Coulibaly, découverte samedi à Gentilly, en banlieue parisienne, révèlent que de plusieurs personnes s’y sont rendues très récemment, avance le Parisien. Des armes, des détonateurs, du matériel militaire, des cartes bancaires, des papiers d’identité ou encore plusieurs téléphones y ont été retrouvés.

“Nous sommes en train d’analyser les portables, de comprendre d’où vient les armes, comment ont-elles été financées et s’ils étaient réellement organisés en réseau”, indique une source policière qui évoque “de possibles interpellations à venir”.

Les enquêteurs cherchent aujourd’hui à savoir si les frères Kouachi et Coulibaly forment réellement une cellule dormante activée appelées par les organisations islamiste.

Ni Al-Qaïda ni EI n’ont formellement revendiqué ces attentats. Seules certitudes, Saïd et Chérif Kouachi se sont rendus en 2011 au Yémen, place-forte pour les djihadistes. La question de la surveillance de ces hommes, bien connus des services antiterroristes, se pose également.

Au printemps 2014, les frères Kouachi n’étaient plus considérés comme une cible prioritaire par ces services, révèle Mediapart. Amedy Coulibaly, qui était jusqu’en mai 2014 sous bracelet électronique, n’était plus dans la ligne de mire des renseignements français.

Par ailleurs, Hayat Boumeddiene, la compagne et complice présumée d’Amedy Coulibaly, l’un des djihadistes impliqués, a franchi la frontière turque pour se rendre en Syrie, a confirmé le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, cité lundi par l’agence anatolienne de presse.

La jeune femme de 26 ans est entrée jeudi dernier en Syrie en provenance de Turquie où elle était arrivée le 2 janvier à bord d’un vol en provenance de Madrid.

Après l’épisode sanglant des frères Kouachi et Amédy Coulibaly, la police s’intéresse à ceux qui pourraient encourager ou glorifier les trois djihadistes, comme le polémiste Dieudonné et plusieurs autres personnes poursuivies lundi pour apologie du terrorisme.

“Sachez que ce soir, en ce qui me concerne, je me sens Charlie Coulibaly.” La phrase sur sa page Facebook, depuis effacée, a valu à Dieudonné l’ouverture lundi d’une enquête dans ce cadre.

Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a dénoncé des propos “abjects (…) qui témoignent d’une irresponsabilité, d’un irrespect et d’une propension à attiser la haine et la division tout simplement insupportables”.

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En réponse, Dieudonné a regretté sur internet que l’État “continue” de lui “pourrir la vie” alors qu’il ne “cherche qu’à faire rire”. “On me considère comme un Amédy Coulibaly alors que je ne suis pas différent de Charlie.”

Un autre utilisateur de Facebook comparaît ce lundi à Strasbourg pour avoir fait l’apologie de l’attentat contre Charlie Hebdo en publiant une photo avec une kalachnikov à terre accompagnée de mots de réjouissance.

Le trentenaire, poursuivi pour “apologie par voie électronique d’un crime en relation avec une action terroriste” et connu de la justice pour des faits de droit commun, n’aurait pas expliqué la raison de cette publication et assure ne pas être le créateur de la photo, selon les DNA.

Sur Twitter, plusieurs internautes avaient posté des messages “potentiellement condamnables pénalement ou faisant l’apologie de l’attentat”, remarquait dès mercredi soir Guilhem Fouetillou, un spécialiste de l’analyse du web social, quelques heures après l’attaque contre Charlie Hebdo. Certains utilisaient notamment le hashtag #jesuisKouachi détournant le populaire #jesuisCharlie.

Policiers directement visés

A Nice, c’est pour avoir lancé à des policiers “100% Kouachi” – le nom des frères responsables de l’attaque de Charlie Hebdo – qu’un homme comparaît lundi.

Au volant de sa voiture, il était passé vendredi à deux reprises devant un bureau de police dans un quartier sensible et fait un geste outrancier en direction des policiers en faction, en criant “100% Kouachi!”.

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Les policiers ont également été pris à partie à Lyon, où plusieurs hommes ont été interpellés et placés en garde à vue depuis mercredi pour “apologie d’acte de terrorisme” après avoir insulté des représentants des forces de l’ordre.

“Vive les assassins de la police”, avait crié dès mercredi, au soir de la tuerie de Charlie Hebdo, un jeune homme de 20 ans en se présentant au commissariat de Saint-Priest, dans la banlieue lyonnaise.

Jeudi, un autre avait hurlé “allah Akbar, déjà deux morts chez vous, allez vous faire enc… fils de p…, c’est bien fait pour vous”, en venant récupérer sa voiture placée en fourrière.

Le même jour, un jeune homme de Vénissieux, 22 ans, avait injurié des policiers lors d’un contrôle de police: “Toi aussi tu aurais mérité de te prendre une balle dans la tête.”

“Je suis la compagne de Coulibaly et je vais tout faire sauter.” C’est ce qu’a lancé samedi une touriste depuis la fenêtre de sa chambre à Eurodisney, alors qu’Hayat Boumeddiene, la conjointe d’Amédy Coulibaly, était activement recherchée par la police.

Le parquet avait alors annoncé son intention de poursuivre la jeune Marseillaise pour “diffusion d’une fausse information” visant à faire croire qu’un attentat allait être commis.

Condamnation à Toulouse

Trois hommes âgés de 20 à 25 ans ont été condamnés à des peines de prison ferme pour apologie du terrorisme et immédiatement emprisonnés, lundi 12 janvier, à Toulouse. Tous trois avaient clamé leur solidarité avec les djihadistes qui ont tué 17 personnes, lors des attaques contre Charlie Hebdo, une policière et un supermarché casher, la semaine passée à Paris.

Deux d’entre eux ont été condamnés en comparution immédiate à dix mois de prison ferme, le troisième à trois mois de prison, selon le procureur Patrice Michel, qui avait requis dix-huit mois ferme pour les deux premiers et douze mois pour le troisième.

[(avec AFP)Article original

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