
« La couverture médiatique de l’attentat contre la synagogue de Jérusalem par CNN ». Twitter
Cette remarque, à priori anodine, revêt pourtant une forme d’avant-gardisme révolutionnaire et résume parfaitement la stratégie médiatique actuelle qui consiste à la surenchère sensationnelle pour « vendre » l’information.
Fini le temps de la recherche, de la confrontation, de la réflexion. Twitter est aux aguets et ses utilisateurs prêts à dégaîner un « scoop » plus vite que l’ombre des journalistes « traditionnels », dont le métier n’est finalement plus vraiment le même pour certains.
Apâter le lecteur, le spectateur est désormais le maître mot des salles de rédaction submergées par un flux d’informations difficiles à trier/vérifier en temps réel.
La productivité à tout prix devient le leitmotiv des patrons de presse, asphyxiés par la révolution numérique et la chute des audiences/lecteurs.
Dans une société hyper-connectée où la place des médias demeure centrale, la question de la couverture médiatique des événements est cependant majeure, en particulier lorsqu’il s’agit de terrorisme.
Du titre à l’image utilisés pour traiter le sujet, tout doit être passé au peigne fin pour respecter l’éthique journalistique et renseigner le public, d’une manière choisie et non subie.
La question ici n’est pas de censurer mais de trier les informations pour éviter de heurter la sensibilité du public et penser, dans le cas d’un acte terroriste, aux familles des victimes exposées dans un bain de sang sur Facebook, Twitter ou YouTube.
Pis encore, ce genre de communication perverse alimente la stratégie des terroristes eux-mêmes qui mesurent l’impact de l’atrocité de leur acte grâce aux médias occidentaux.
Les réseaux sociaux constituent évidemment une source d’informations non négligeable, mais ceux-ci ne peuvent être utilisés de manière brute. Là est toute la différence entre un journaliste de métier, dont le devoir est de vérifier ses sources, et un bloggeur par exemple.

« La couverture médiatique de l’attentat contre la synagogue de Jérusalem par le Nouvel Observateur ». Twitter
L’instantanéité est par nature incompatible avec le journalisme professionnel, dont l’activité nécessite un traitement, certes rapide mais efficace, de l’actualité.
L’attentat perpétré mardi 18 novembre contre une synagogue de Jérusalem par deux terroristes palestiniens, qui a coûté la vie à cinq citoyens israéliens, est révélateur de cette nouvelle forme de journalisme, aveuglé dans ce cas précis par une position partiale et dont les erreurs factuelles amateuristes sont inacceptables.
C’est ainsi que CNN, une des plus grandes références médiatiques mondiales, annonce dans un premier temps une « attaque meurtrière contre une mosquée », avant de titrer « un policier tire, deux Palestiniens tués ». La chaîne a ensuite présenté des excuses, reconnaissant que la « couverture de l’attaque ne reflétait pas dès le départ que les deux Palestiniens tués étaient les assaillants », un euphémisme.
C’est ensuite au tour des médias français de multiplier les erreurs grossières de traitement, délibérées ou non.

« Le bandeau sur l’attentat contre la synagogue de Jérusalem le mardi 18 novembre ». Capture d’écran BFM TV
Le Nouvel Observateur annonce dans un premier temps l’attaque d’une « mosquée » et corrige ensuite: « Une attaque à Jérusalem fait 7 morts », mettant ainsi les 5 victimes et les deux terroristes dans le même sac tandis que BFTM TV écrit dans un bandeau: « Synagogue attaquée à Jérusalem: les deux assaillants palestiniens, pères de plusieurs enfants, ont été abattus ».
En Espagne, même combat, le quotidien El Pais qualifie l’attentat d' »incident dans une synagogue », un choix de vocabulaire suprenant pour qualifier le massacre à la hâche de 4 fidèles dans un lieu de culte.
Le « quatrième pouvoir » est ainsi frappé par un mal puissant, qui consiste à miser sur la rapidité plutôt que la véracité, quitte à employer des termes incorrects, qui salissent dans le cas présent la mémoire de victimes de la terreur.
Plusieurs options sont à examiner pour soigner cette « hémorragie médiatique »: revenir à un journalisme traditionnel, davantage soucieux de la qualité plutôt que de la quantité d’informations traitées, laissant aux réseaux sociaux l’apanage de l’info à la minute ; permettre à l’Etat un certain droit de regard sur les informations concernant les questions de Sécurité/Défense tout en s’assurant que la liberté de la presse n’est pas en cause et surtout demander au public de redoubler de vigilance dans cette nouvelle ère de jungle médiatique. »

Marion Bernard est journaliste à [i24newsArticle original
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