Kippour : Alice et la perte de spiritualité en Europe

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Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach.

Les 3 et 4 octobre 2014, les juifs ont célébré le Yom Kippour, jour le plus saint de l’année hébraïque, au cours duquel les fautes sont expiées et le peuple juif purifié devant D. Rassemblés dans les synagogues dans une profonde ferveur spirituelle, les juifs, ont demandé au Ciel, d’accepter leur repentir, de pardonner leurs fautes, et de les inviter dans une année nouvelle pleine de vie, de santé, de douceur et de joie.
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Au cours de l’office, les juifs ont confessé leurs fautes, non pas de façon individuelle mais collective, avec la prière mainte fois répétée, qui porte le nom de « Al het » qui consiste dans une énumération, non pas des fautes commises tout au long de l’année passée, mais plutôt des 44 fondements de ces fautes. En effet, dans le judaïsme, ce ne sont pas les actes mauvais qu’il convient de lister mais au contraire, d’en comprendre leur racine pour les éliminer définitivement et opérer une véritable téchouva.

La prière « Al Het » évoque tout d’abord les circonstances dans lesquelles ces fautes peuvent être commises et notamment « de façon consciente ou pas », « en paroles », « publiques ou secrètes », « de façon préméditée ou maligne », « en pensées », « par manque de sincérité » ou « de façon volontaire ou par mégarde ».

Sont également reprises, les dispositions d’esprit répréhensibles à l’origine des fautes commises comme « l’arrogance », « les regards indiscrets », « l’orgueil », « le cynisme », « l’envie », « la légèreté », « l’obstination », « les jugements téméraires », «le refus d’accepter les responsabilités », « la dénégation », « la haine gratuite », « l’infidélité », « l’égarement dans la passion », « l’immoralité », « le mauvais penchant », « le déséquilibre dans le commerce » et « la raillerie…

Naturellement, la prière fournit la liste des actes répréhensibles tels « le mensonge », « la médisance », « l’usure », « la délation », « le parjure », « les mauvaises paroles », « l’abus de la force », « la tromperie du prochain », « l’abus de confiance », « les mauvaises paroles », « la remise de cadeaux corrupteurs », mais aussi « l’outrage de nos parents ou de nos maîtres », « la profanation du nom divin » et « la consommation de produits défendus ».
Notons enfin que les fautes peuvent être involontaires comme « des discours insensés », ou « de mauvaises fréquentations ».

La répétition de la prière de « AL Het » tout au long de la journée, permet ainsi à chacun d’éviter de se remémorer lesquelles de ces mauvaises actions ont été faites, pour mieux comprendre ce qui amène à les commettre, pour modifier les traits de caractère inadaptés.

Le mécanisme particulier par lequel les juifs sont amenés à implorer le pardon divin est grandement pédagogique : il permet de figer ce qui est bien et de ce qui ne l’est pas, il incite à faire preuve d’humilité dans les relations avec autrui et avec le Ciel pour éviter, autant que faire se peut, de recommencer l’année suivante, les erreurs commises au cours de la période passée. Enfin, il permet de prendre conscience, de façon individuelle, de ce qui se fait et de ce qui ne doit pas l’être.

En effet, le pardon demandé dans ce processus de repentir spécifique, participe de la compréhension de l’univers en ce qu’il rappelle la responsabilité individuelle à l’égard de la Transcendance, même s’il convient de ne pas négliger le principe de la responsabilité à l’égard d’autrui, avec l’obligation de reconnaître la faute, de s’en excuser et de réparer les dommages causés.
La question peut en réalité se poser de savoir si le monde, au XXI ème siècle, ne souffre pas d’un manque cruel de spiritualité, à l’origine de tous les maux contemporains, et notamment l’absence de repère transcendantal pour corriger les imperfections humaines. On pourrait notamment illustrer le mauvais penchant de l’individu, sa suffisance, son arrogance sa méchanceté avec le roman de Lewis Carroll, « Alice au pays des merveilles » qui mélange des situations insensées de violences et de folies dans un humour britannique croustillant.

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Mia Wasikowska en Alice au pays des Merveilles de Tim Burton .

Le roman met en scène, au côté d’Alice, la Reine de cœur qui incarne le déni, le refus de la différence, la toute puissance, dans un système de non droit. Elle ne supporte pas la contradiction et la moindre entorse à ses lois et c’est d’ailleurs elle qui doit être la seule gagnante dans les jeux de cartes truqués. Aussi, lorsque les jardiniers ont repeint en rouge les rosiers blancs qui se trouvaient dans le jardin afin qu’il soient de la même couleur que la reine (pourtant de cœur), sa colère est montée soudainement, dès les premiers pas entre les haies positionnés en forme de labyrinthe. La Reine de cœur a alors montré à ses gardes les pauvres jardiniers fautifs et, dans sa furie, a ordonné : « qu’on leur coupe la tête ! », reprenant et insistant à de nombreuses reprises « qu’on leur coupe la tête ! ».

Les trois jardiniers sont donc partis se réfugiés auprès d’Alice qui les a cachés dans un pot de fleur en les assurant qu’ils ne seraient par décapités. Le comportement de cette reine de cœur est symptomatique en ce qu’elle fixe ses propres lois insensées, et ordonne la décapitation de ceux qui ont eu la mauvaise idée de changer la couleur des fleurs.

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Notre société, où tout est noir ou blanc, ou gris et où tout se vaut.

C’est un peu la situation dans le monde actuel. Des ressortissants de France, d’Angleterre, de Belgique, des pays bas et d’Allemagne combattent dans les rangs de l’Armée islamique pour couper les têtes des personnes indésirables.
S’agissant des « coupeurs de têtes » français, ils ne sont pas tous d’origine maghrébine mais bien de souche française convertis à l’Islam. Ainsi, la société française qui a progressivement rejeté toute spiritualité dans le fonctionnement social, a contraint les jeunes générations désœuvrées à trouver dans l’Islam, une connexion avec un univers religieux. Or, l’inconvénient de la religion de Mahomet, résulte de ce qu’elle qu’elle cautionne des comportements excessivement violents qui siéent parfaitement aux individus, qui le sont naturellement, ou qui le sont devenus du fait des frustrations sociales.

En d’autres termes, les jeunes générations européennes sont en quête d’une spiritualité dont la société les a privés et qu’ils imaginent pouvoir trouver dans le message violent de l’Islam qui encourage le meurtre, la haine de l’autre, la rancune, la rancœur, et tous les comportements asociaux, c’est-à-dire leur propre comportement pour lequel ils sont stigmatisés.

C’est précisément sur ce phénomène que l’Europe devrait se pencher. Une discussion en Europe porte actuellement sur les conditions du retrait de la nationalité des ressortissants européens qui se seraient livrés à des actes jihadistes. C’est en effet eux qui détruiront demain le système social avec leurs règles nouvelles, a fortiori s’ils sont majoritaires, puisque dans les sociétés occidentales, la Loi ne vient plus du Ciel mais du nombre…

Les juifs ont pour mission de transmettre à l’humanité les fondements du fonctionnement de l’univers, dans ses dimensions temporelles et spirituelles. Qu’ils s’y emploient. Les juifs ont écouté la Neila, prière de clôture du Yom Kippour, répété très fort « Écoute Israël, tu es notre D, D.ieu est Un », entendu la sonnerie du choffar avant de proclamer « L’an prochain à Jérusalem !». Ce sera peut être le cas si les sociétés occidentales n’imposent pas localement leurs valeurs bibliques historiques.

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach .

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