Au cours du soir de la Pâque juive, le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman s’est vanté de l’axe de soutien alternatif qu’il a réussi à former au sein des nouveaux membres de l’Union européenne.

«Nous avons été en mesure de former un grand bloc de petits pays à l’intérieur de l’Union, tels que la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie, la République tchèque et la Slovaquie, qui nous soutiennent, un axe commode qui est très important politiquement et diplomatiquement”, a-t-il dit dans une interview accordée au quotidien israélien Yediot Ahronot.
Liberman part du principe que l’opinion des plus anciens pays d’Europe de l’Ouest est biaisée et ne peut être modifiée. Bien que les nouveaux membres soient de petite taille, leurs voix comptent tout autant et surtout, ils peuvent être influencés.
Mais les pays de cet axe n’ont actuellement pas le temps de prendre part au débat et de soutenir la version israélienne de l’impasse dans les négociations avec les Palestiniens. Au contraire, ils sont très troublés par ce qui se passe près de chez eux. Ils sont inquiets de la menace russe.
Lorsque le secrétaire-général sortant de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a annoncé cette semaine que la présence militaire le long de la frontière avec la Russie serait renforcée, il cherchait moins à menacer Poutine qu’à rassurer ceux qui le craignent.
Par exemple, les Etats baltes, qui forment la quintessence du nouvel axe de Liberman, sont le foyer de plus d’un million de citoyens d’origine russe.
Les pays baltes, qui sont très familiers avec les pratiques soviétiques héritées par Poutine, craignent qu’il décide d’utiliser cette minorité russe comme prétexte pour s’ingérer dans leurs affaires, de la même manière qu’il a réussi à le faire dans la péninsule de Crimée et probablement aussi dans les autres provinces ukrainiennes.
La Lituanie et la Pologne entourent également l’enclave russe de Kaliningrad, où est basée la flotte russe en mer Baltique. C’est la raison pour laquelle lorsque les Russes ont envahi la Crimée, où est stationnée la flotte russe en mer Noire, la présidente lituanienne Dalia Grybauskaitė a déclaré: “Dieu merci, nous sommes membres de l’OTAN.”
Et l’Estonie, qui partage une frontière avec la Russie et dont un tiers de la population est d’origine “ethnique russe”, a souligné il y a déjà plusieurs années que son passage dans la zone euro était une police d’assurance contre une intervention russe.
Il y a beaucoup de frustration dans les capitales des pays baltes à l’égard de la réaction de Washington et de Bruxelles face à l’agression russe.
Ils affirment que les sanctions contre la Russie ne sont pas suffisamment convaincantes et, selon eux, Poutine ridiculise la doctrine d’Obama de « gestion en coulisses ».
Les renforts militaires annoncés par Rasmussen étaient donc destinés à apaiser les membres récents de l’Alliance atlantique qui ont rejoint l’Occident après de nombreuses années au sein du Pacte de Varsovie, au cours desquelles ils ont appris à leurs propres dépens “les combines et les coup fourrés” de Moscou.
Et justement ici, en Israël, celui qui remet son sort entre les mains de ces jeunes pays ne tient pas compte du nouveau-ancien danger qui les trouble tant. Liberman est silencieux, Netanyahou reste muet, l’Etat d’Israël reste entre deux eaux.
Ce silence n’est pas seulement troublant à Washington, dont les dirigeants actuels ne sont pas particulièrement appréciés à Jérusalem, mais aussi dans les chancelleries des capitales de l’axe alternatif dont Liberman est si fier.
Des diplomates de haut rang de l’axe alternatif de Liberman froncent les sourcils par rapport au silence d’Israël à propos de la conduite de la Russie en Ukraine.
Lors de conversations privées, ils tentent de faire comprendre que c’est une grave erreur. Poutine, soulignent-ils, vous encercle de tous côtés.
En Egypte, il n’a pas tardé à profiter du vide laissé par les Américains après la prise de contrôle pas l’armée et a monnayé soutien contre ingérence.
En Syrie, il est le vrai patron depuis des lustres et si vous continuez à ignorer les agressions du Kremlin, il se sentira suffisamment à l’aise pour étendre ses tentacules jusqu’aux Palestiniens. Finalement, il deviendra celui auquel Israël devra faire face.
Même Erdogan, qui, il y a quelques mois encore, se tenait aux côtés de Poutine pour lui demander « sauvez-nous de l’Union européenne, » a du mal à rester indifférent aux cris des Tatars musulmans en Crimée et a condamné, bien que timidement, l’invasion et l’annexion.
Ankara a également exprimé sa surprise et sa frustration en raison de l’examen tatillon par la Russie des clauses de recours individuel du contrat de Montero qui régule le passage du détroit du Bosphore et des Dardanelles vers la mer Noire. La Turquie, bien que membre de l’OTAN, mène actuellement une politique étrangère et intérieure déconnectée de ses obligations internationales. Même dans ces circonstances, Ankara a estimé qu’il était impossible d’ignorer les actions de la Russie.
Au paroxysme de la crise en Crimée, le ministre des Affaires étrangères Liberman a rencontré à Rome le secrétaire d’Etat américain John Kerry. Dans le communiqué publié à Jérusalem à l’issue de la rencontre, il n’y avait aucune mention de la question internationale la plus discutée du moment, pas le moindre mot, et c’est encore le cas au moment où ces lignes sont écrites.
L’État d’Israël ne dispose pas actuellement d’une place au sein du bloc des non-alignés et devrait donc prendre clairement position sur le conflit en Ukraine. Sinon, le moment venu, il ne sera même plus en mesure de s’appuyer sur l’axe alternatif dans l’est de l’Union européenne que Liberman a mis tant d’énergie à bâtir.
i24news.tv Article original
![]() |
![]() |






































