Maurice Sosnowski est président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique [CCOJB]. Il insiste sur le fait que les mouvements migratoires ne sont pas une nouveauté en Israël, que ce soit pour entrer ou sortir du pays. « On peut partir pour de multiples raisons, quel que soit le sens de déplacement ».
Plusieurs facteurs peuvent pousser les jeunes au départ, explique Maurice Sosnowski: « L’orthodoxie d’une frange de la population, les nombreuses guerres, les orientations politiques du gouvernement… » Mais « le premier facteur explicatif est le coût de la vie. On vit beaucoup au jour-le-jour en Israël. On ne sait pas ce qui va arriver demain, alors on vit, on consomme. Ces jeunes qui veulent vivre mais aussi payer leur loyer se retrouvent coincés car le coût de la vie est très élevé. »
Effet diaspora
Ce phénomène est accentué par le fait que beaucoup de membres de la diaspora juive investissent dans l’immobilier en Israël. « Cela provoque une forte inflation des prix dans les grandes villes, Jerusalem, Tel-Aviv, Haifa… », continue Maurice Sosnowski. « Depuis quelques années, ces villes sont devenues impayables pour un Israélien. Et le boulot se trouve dans ces grandes villes. »
La diaspora peut investir en Israël pour différentes raisons. « Certains ont toujours pensé qu’ils finiraient par aller habiter en Israël. Des juifs orthodoxes ne se voient pas aller vivre ailleurs qu’à Jérusalem. D’autres encore achètent un logement pour des raisons de sécurité, au cas où, comme lorsque la France connaît des montées d’ anti-sémitisme », précise Maurice Sosnowski.
Double nationalité
Rédacteur en chef de la revue Regards au Centre Communautaire Laïc Juif à Bruxelles [CCLJ], Nicolas Zomersztajn estime qu’il y a aussi parfois « simplement la volonté de souffler, de faire le tour du monde, surtout après le service militaire. Pour les jeunes qui s’expatrient plus longtemps, Berlin, New York, Londres sont les métropoles favorites ». En outre, « voyager est plus facile pour certains que pour d’autres, notamment à cause des passeports. L’Allemagne, la Pologne, la Hongrie et d’autres pays européens ont rendu leur nationalité à des israéliens d’origine européenne. Pour ceux-là, la double nationalité facilite les voyages. »
High tech
« Israël est notamment connu pour ses startups et tout ce qui relève de la haute-technologie », note Maurice Sosnowski. « De nombreux ingénieurs partent vers les États-Unis pour gagner davantage. Mais il n’est pas rare qu’ils finissent par revenir au pays après un certain temps. »
Nicolas Zomersztajn précise qu’il s’agit « surtout de jeunes universitaires, ce qu’on pourrait appeler les classes moyennes favorisées. Le marché israélien est limité, et il est assez naturel que certains partent tenter leur chance ailleurs. Un pays comme les USA, par sa taille, est capable d’absorber ces flux. »
Tristesse
Pour Maurice Sosnowski, s’il y a toujours eu des ‘yordim’ (ceux qui sortent du pays), le gouvernement est toujours triste de voir partir ses jeunes. « La société israélienne est jeune. Quel que soit le gouvernement au pouvoir, beaucoup d’efforts sont faits pour les enfants. Le centre privilégié d’investissement est la jeunesse, considérée comme base de la société. » La recherche est aussi très importante en Israël et « génère environ 5% du PIB, mais beaucoup de jeunes chercheurs savent qu’ils seront davantage valorisés aux USA ».
Et de conclure: « Ceux qui partent restent de toute façon attachés à la terre d’Israël, et il n’est pas exclu qu’ils reviennent un jour ou l’autre. »
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