Il n’existe pas que les armes pour se battre contre les djihadistes de l’Etat islamique (EI). Il y a aussi l’ironie et la satire. Le groupe terroriste, qui occupe une bonne partie du nord de l’Irak, n’est qu’à quelques kilomètres de la capitale Bagdad. Mais c’est là, dans des studios derniers cris, que la télévision nationale a réalisé la série State of Myths, raconte le Washington Post.Les terroristes sanguinaires de l’EI y sont tournés en ridicule. L’action se déroule dans une ville imaginaire sous le joug islamiste. On y voit :
leur leader, Abou Bakr Al-Baghdadi, réfléchir à sa stratégie sur les réseaux sociaux aux côtés d’un nain avec une épée démesurée ;
un alcoolique, converti de la première heure, chargé de faire respecter la sobriété à ses concitoyens ;
un vendeur de fruits et légumes obligé de trier ses produits en fonction de leur genre, tels que définis par l’EI.
Avec un budget de 600 000 dollars (470 000 euros), la série est loin de rivaliser avec Hollywood, mais elle représente une production inédite pour l’Irak post-invasion américaine de 2003. Le premier des trente épisodes a été diffusé le 27 septembre et devait être visible dans tout le pays, y compris dans les zones contrôlées par l’EI.
« Cette émission démontre la capacité extraordinaire d’un peuple vivant dans un pays ravagé par la guerre à faire face à la violence avec l’humour. Mais se moquer des actions du groupe comporte de sérieux risques », note le journaliste américain qui a eu accès aux coulisses de l’émission.
Les scénaristes ont insisté pour rester anonymes et certains des acteurs ont refusé de figurer au générique. D’autres, en revanche, assument ouvertement et considèrent leur participation comme une contribution à l’effort de guerre, pour ne pas dire à la propagande.
Car le but de cette série, dans un contexte où les djihadistes maîtrisent totalement les moyens de communication, y compris numériques, est bien de gagner la bataille médiatique. A tel point que l’histoire a été modifiée après l’entrée dans le conflit des Etats-Unis et de plusieurs pays occidentaux et de la région.
A l’origine, la série évoquait largement des théories conspirationnistes. L’idée que les Etats-Unis et les puissances sunnites du Golfe étaient responsables de l’avènement de l’EI, largement répandue chez les Irakiens, était centrale dans l’histoire. Dans la première bande-annonce, on voyait un cow-boy se marier avec une femme représentant Israël, avec le diable pour témoin. De leur union naissait un œuf dont sortait Abou Bakr Al-Baghdadi. A l’aune des bombardements de la « coalition », cette piste a été jugée trop sensible et donc abandonnée par les producteurs.
Thaer Al-Hasnawi, directeur délégué de la chaîne de télévision publique irakienne, se justifie ainsi au Washington Post :
« Les relations avec les pays du Golfe et d’autres se sont améliorées, et nous ne voulions pas affecter cela négativement. »
[Le Monde.fr
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