La raison pour laquelle les Turcs ont été capables d’exterminer les Arméniens, mais pas les Juifs.Des comparaisons sans fin sont faites entre le génocide arménien et l’Holocauste juif. Cependant, il y a une autre comparaison qui est rarement faite : la capacité de la Turquie à mener à bien le génocide arménien et l’incapacité au cours de la même période, à éliminer les juifs de Palestine. Une telle comparaison n’a pas été faite parce que presque personne n’a étudié les plans turcs de déportation des Juifs pendant la Première Guerre mondiale, sous l’angle de la relation avec le génocide arménien.

Mon analyse préliminaire est basée sur des informations suggérées par un livre du professeur Yair Auron, « Le sionisme et le génocide arménien : la banalité de l’indifférence », « Pro Armenia » de Vartkes Yeghiayan, et d’autres documents d’archives. Je voudrais détailler les circonstances des déportations des Juifs et la façon dont ils ont été pour la plupart épargnés, tandis que les Arméniens ne l’étaient pas ! Plus important encore, quelles mesures la diaspora juive et les juifs de Palestine ont-ils prises pour éviter le destin tragique des Arméniens martyrisés ?

Les Arméniens et les Juifs, en tant que minorités dans l’Empire ottoman, étaient des boucs émissaires commodes pour les caprices de dirigeants turcs impitoyables. Fait intéressant, les Jeunes Turcs ont utilisé les mêmes arguments pour expulser les Arméniens et les Juifs. Les Turcs avaient accusé les Arméniens de coopérer avec l’armée russe qui avançait, tandis qu’ils blâmaient de même les Juifs de coopérer avec les forces britanniques envahissant la Palestine ottomane. En outre, les Juifs étaient accusés de planifier l’établissement de leur propre patrie en Palestine, tout comme les Arméniens étaient supposés établir la leur en Turquie de l’Est. Dans encore un autre parallèle, Djemal Pacha, l’un des membres du triumvirat Jeune Turc, avait commenté avec cynisme qu’il « expulsait les Juifs pour leur propre bien », tout comme les Arméniens ont été déplacés de force « loin de la zone de guerre » pour leur propre sécurité!

En 1914, lorsque la Turquie a rejoint la Première Guerre mondiale au côté de l’Allemagne et contre les puissances alliées (Angleterre, Russie et France), la Palestine est devenue un théâtre de guerre. Les autorités turques ont imposé un impôt de guerre sur la population, qui a touché plus lourdement les juifs. Leurs propriétés et autres biens ont été confisqués par l’armée turque. Certains colons juifs ont été utilisés comme esclaves pour construire des routes et des chemins de fer. Alex Aaronsohn, habitant juif de Zichron Yaacov, a écrit dans son journal: « un ordre a récemment émané des autorités turques, ordonnant aux juifs de rendre toutes les armes à feu ou armes qu’ils avaient en leur possession. Ceci était un ordre catastrophique: nous savions que des mesures similaires avaient été prises avant les terribles massacres d’Arméniens, et nous avons pensé qu’un sort identique pouvait être en préparation pour notre peuple », tel que cité dans Pro Armenia de Yeghiayan.

À l’automne 1914, le régime turc a émis une ordonnance d’expulsion pour tous les « ressortissants ennemis », y compris les 50 000 juifs russes qui avaient fui les persécutions tsaristes et s’étaient installés en Palestine. Après des interventions répétées de l’ambassadeur allemand Hans Wangenheim et de l’Ambassadeur américain Henry Morgenthau, ces « ressortissants ennemis » ont été autorisés à rester en Palestine s’ils acceptaient d’adopter la nationalité ottomane.

Néanmoins, le 17 décembre 1914, Bahaeddin, gouverneur de Jaffa et subordonné de Djemal Pacha, a mis en œuvre la décision d’expulsion, déportant 500 Juifs qui ont été arrêtés dans les rues et traînés dans les postes de police, et – à partir de là – forcés de monter à bord des navires amarrés dans le port. Les maisons juives ont été fouillées à la recherche d’armes. Les enseignes en hébreu ont été retirées des commerces, et l’école juive de Jaffa a été fermée. Des organisations sionistes ont été dissoutes, et le 25 janvier 1915, les autorités turques ont publié une déclaration contre « le mouvement dangereux connu sous le nom de Sionisme, qui se bat pour créer un gouvernement juif dans la région palestinienne de l’Empire ottoman…. »

En réponse aux protestations de l’ambassadeur Morgenthau et du gouvernement allemand, Constantinople a annulé l’ordonnance d’expulsion et Bahaeddin a été démis de ses fonctions. Selon le professeur Auron, le sort des juifs aurait pu être bien pire, s’il n’y avait eu « l’influence de la communauté juive mondiale sur la politique turque …. Les communautés juives américaine, allemande et autrichienne ont réussi à modérer certains de ses aspects les plus durs. Les décrets ont été assouplis ; des commandants turcs trop zélés ont été remplacés et des périodes de calme ont suivi les moments de détresse ».

En 1913, le Président Wilson avait instruit l’Ambassadeur Morgenthau lors de sa nomination : « Rappelez-vous que tout ce que vous pourrez faire pour améliorer le sort de vos coreligionnaires est un acte qui apportera du crédit à l’Amérique, et vous pouvez compter sur la pleine puissance de l’administration pour vous soutenir ». Morgenthau suivit ce conseil fidèlement selon le livre d’Isaïe Friedman, « l’Allemagne, la Turquie et le sionisme : 1897-1918 ». Après avoir organisé la livraison à Jaffa des fonds si nécessaires provenant de Juifs américains, Morgenthau a écrit à Arthur Ruppen, directeur de l’Association du développement de la Palestine : « J’ai été l’arme choisie pour prendre la défense de mes coreligionnaires …. »

Au printemps 1917, les autorités turques ont publié un deuxième ordre de déportation de 5000 Juifs de Tel Aviv. Aaron Aaronsohn, leader du groupe Nili – une petite organisation clandestine juive en Palestine travaillant pour le renseignement britannique – a immédiatement diffusé les nouvelles de la déportation à la presse internationale. Aaronsohn a secrètement rencontré le diplomate britannique Mark Sykes en Egypte et – par son biais – a envoyé le 28 avril 1917 un message urgent à Londres: « Tel-Aviv a été mis à sac. 10.000 Juifs de Palestine sont maintenant sans foyer ou nourriture. L’ensemble de Yishouv Les implantations juives en Palestine est menacé de destruction. Djemal Pacha a déclaré publiquement que la politique arménienne va maintenant être appliquée aux Juifs ».

Après avoir reçu les rapports d’Aaronsohn en provenance de Palestine, Chaïm Weizmann, un des principaux sionistes pro-anglais à Londres, a transmis le message suivant aux dirigeants sionistes dans diverses capitales européennes : « Djemal Pacha a ouvertement déclaré que la joie des Juifs à l’approche des troupes britanniques serait de courte durée du fait qu’ils allaient partager le sort des Arméniens …. Djemal Pacha est trop rusé pour ordonner des massacres de sang-froid. Sa méthode est de conduire la population à la famine et la mort par la soif, les épidémies, etc. …. »

Les Juifs américains ont été scandalisés d’apprendre les déportations en Palestine. Selon le professeur Auron, de nouveaux rapports ont été publiés dans tous les pays occidentaux sur les « intentions turques d’exterminer les Juifs en Palestine ». En outre, d’influents hommes d’affaires juifs en Allemagne et dans l’Empire austro-hongrois ont exigé que leurs gouvernements fassent pression sur les dirigeants turcs d’abandonner leurs plans de déporter les Juifs. Djemal Pacha a finalement été contraint d’annuler l’arrêté d’expulsion et a fourni des vivres et une assistance médicale aux réfugiés juifs à Tel Aviv.

Harout Sassounian
The California Courier
Éditorial du 10 avril 2014

Collectif VAN Article original

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