Saïd Massouri : Lettre à mon frère Gholam-Reza Khosravi, quelques heures avant son départ vers la liberté.Avec mes salutations sincères aussi élevées que l’histoire pourra les porter.

Il est deux heures et demie du matin, en ce dimanche 1er juin 2014. J’aurais aimé que ce soit toi qui m’écrives cette lettre, oui, je l’aurais tant aimé …

Je sais que tu es encore en vie. Tu es sans doute en train de prier, sans la moindre hésitation, sans regret ni peur. Tu les as fait courir pour t’arracher un seul mot de remords et de repentir, contre leur acharnement, et tu savais que ça te coûterait la vie. Et comme d’habitude tu dois certainement réciter : «Merci à Dieu qui nous a guidés dans cette voie. » (Coran, sourate Araf, verset 42).

En fait, Gholam-Reza, j’ai passé toute la nuit à prier pour toi, en souvenir de toi. J’ai prié et supplié Dieu pour ta vie. Et je ne te le cacherai pas, avec beaucoup de tes codétenus, nous avons pleuré, oui beaucoup pleuré, non pas sur toi, mais sur nous et la situation de notre pays et parce qu’ils ont fait de ce pays et de la ville de nos camarades un enfer et une morgue.

Nous avons pleuré parce que le monde n’a toujours pas compris ce que ce régime nous a fait, à nous et à notre peuple. Nous avons pleuré parce qu’ils ont transformé ce pays en un abattoir de ses enfants les plus courageux et que le monde garde le silence. Nous avons pleuré parce que nous ne savons pas ce que les politiciens et les organisations mondiales peuvent négocier et marchander avec les auteurs de ces massacres et de ces calamités ? Ne voient-ils donc pas ce qu’ils nous ont fait à nous et à notre peuple ?

Nous venons juste de recevoir la nouvelle qu’une équipe de bourreaux est arrivée à la prison pour t’exécuter et nous avons aussi appris que pour que tu ne sois pas conscient au moment de ta pendaison et que tu ne puisses pas lancer des slogans, ils t’ont piqué de force à la morphine. (1)

Nous avons encore pleuré des larmes de sang, parce que nous ne pouvions rien faire et que, pieds et poings enchaînés, nous sommes contraints de regarder quand ils emmènent nos êtres chers et les enfants de cette terre, pour les abattre.

Oui, nous avons beaucoup pleuré et nous pleurons encore, parce qu’ils commettent tous ces crimes au nom de l’islam. Ils veulent sous ce nom, déraciner l’islam et le chiisme. Mais c’est toi qui aujourd’hui avec ton sang porte le drapeau de l’honneur et de la liberté de notre peuple enchaîné. Ainsi tu deviens un phare pour que nos enfants et les générations futures n’aient pas honte d’être Iraniens ou musulmans. Mais au fait, que dis-tu en ce moment à Dieu ?

Et maintenant dans quelques instants, tu vas sortir de la file de ceux qui attendent pour celle des fidèles à leurs promesses et leur engagement (J’aurais tant aimé être avec toi) et j’aurais été béni et sauvé, car notre salut ne peut se faire qu’en conservant l’honneur et l’intégrité de notre nation et de nos principes. Parce que nous voulons rendre à notre peuple ce qu’on lui a volé.

Mon ami et frère que je n’ai pas vu mais que je connais, nous nous approchons petit à petit de la prière du matin. Mais bien que nous adorions l’appel à la prière, aujourd’hui nous prions tous pour qu’il n’arrive pas, parce qu’ils exécutent à la prière du matin et que c’est ainsi qu’ils utilisent l’appel à prier et la prière pour assassiner et verser le sang !

Pourtant, nous sommes assis à prier Dieu pour que peut-être Il modifie ce chemin. Dieu seul sait ce qui se passe dans nos cœurs et dans le cœur de tous tes amis et tes proches. Chaque larme ressemble à une mer de feu. Malheureusement, rien ne peut exprimer cette énigme douloureuse.

Maintenant, il est quatre heures et demie du matin. Le muezzine cette fois appelle pour l’éternité. Félicitations pour ton départ, désormais ton sang coule dans les veines de l’histoire. Ils te tuent pour l’anniversaire du seigneur des combattants de la liberté (le petit-fils de Le Prophète, l’Imam Hussein). Dis-lui ce qu’ils nous ont fait subir à nous et notre peuple tout au long de ces années.

Ton exécution sonne le début d’une série d’exécutions ou d’autres actes meurtriers. Les prisonniers sont dans l’attente de ces crimes, nous nous attendons à plus de crimes. C’est peut-être le prix à payer pour le dernier tour de cette guerre sans répit, la guerre pour la liberté et le bonheur de notre peuple.

Il est maintenant cinq heures du matin. Maintenant, je sais que tu n’es plus parmi nous et j’ai honte d’être en vie… Mais honte à tous ceux qui ont trempé dans ton assassinat et même à ceux qui l’ont approuvé par leur silence.

En t’envolant, haut, loin de ton nid
Tu briseras les plumes des vautours
Dans l’ascension, tu passeras les sept cieux
et tu atteindras l’Eden en brisant la tromperie

Mon cher frère Gholam-Reza !
Je suis sûr à présent que tu ne liras jamais cette lettre parce que la nouvelle de ton exécution en tant « qu’hypocrite » et « espion étranger » vient d’être annoncée.

Sois bienheureux car ils ont porté contre toi les mêmes charges qu’aux (les saints Imams du chiisme) Ali, Hussein, Moussa Kazem, et tous les autres défenseurs de la liberté.

Saïd Massouri

1 juin 2014

Prison de Rajaï-Chahr (Gohardacht)

Note : Tous les condamnés à mort ne sont pas piqués à la morphine, mais Gholam-Reza l’a été pour qu’il ne ressente plus rien et ne puisse pas crier pour la liberté.

IRAN MANIF Article original

IRAN : LES EXPERTS EN DROIT DE L’ONU EXPRIMENT LEUR INDIGNATION APRÈS LES EXÉCUTIONS RÉCENTES ET APPELLENT À METTRE FIN À LA PEINE DE MORT

Office des Nations Unies à Genève, le 5 juin 2014 – Un groupe d’experts des droits de l’homme des Nations Unies a exprimé son indignation face à l’exécution du prisonnier politique Gholamreza Khosravi Savadjani le 1er juin. Il a exhorté le gouvernement à mettre un point final aux exécutions.

M. Khosravi a été arrêté en 2008 et condamné d’abord à six ans de prison pour espionnage par un tribunal révolutionnaire. Alors qu’il purgeait sa peine, en 2011, M. Khosravi a été de nouveau jugé. Il a été condamné à mort sur des accusations de Moharabeh (hostilité contre Dieu) pour avoir partagé des informations et éventuellement apporté un soutien financier à une station de télévision basée à Londres censée être affiliée à l’organisation des Moudjahidine du Peuple (OMPI).

« L’exécution d’un individu pour une infraction présumée de transmission d’informations et de soutien financier à une organisation dissidente est simplement illégale », a déclaré le Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Christof Heyns.

L’expert en droits humains a souligné que « la peine de mort est une forme extrême de châtiment, mais si elle devait être utilisée, elle ne devrait être appliquée que pour les crimes les plus graves, après un procès équitable respectant les garanties d’une procédure régulière plus stricte conformément au droit international des Droits de l’Homme. »

« L’exécution de M. Khosravi montre le mépris total du système judiciaire iranien pour les normes internationales des procès équitables et des garanties de procédure régulière », a ajouté la Rapporteur spéciale sur l’indépendance des juges et des avocats, Gabriela Knaul.

Pour le Rapporteur spécial sur la liberté d’expression, Frank La Rue, « l’imposition d’une peine aussi extrême contre un militant politique est un signal alarmant des restrictions de la liberté d’expression en Iran. »

De plus, les experts ont noté que l’exécution de M. Khosravi n’est pas seulement contraire au droit international relatif aux droits humains, mais elle va également à l’encontre du nouveau Code pénal islamique, entré en vigueur l’an dernier et qui interdit l’utilisation de la peine capitale pour Moharebeh dans les cas qui n’impliquent pas l’utilisation d’armes.

« Ce n’est pas compréhensible que Mr. Khosravi a été jugé deux fois pour les mêmes faits et avec la même preuve, » a déclaré le Rapporteur spécial Ahmed Shaheed sur la situation des droits de l’homme en République Islamique d’Iran. « Cela est non seulement contraire aux normes internationales des Droits de l’Homme, mais aussi à la législation nationale de l’Iran ».

En se référant à l’exécution de Mahafarid Amir Khosravi la semaine dernière, un ancien homme d’affaires accusé de corruption financière à grande échelle, l’expert indépendant exhorte les autorités Iraniennes pour limiter l’utilisation de la peine capitale et réduire le nombre d’infractions pour lesquelles elle peut être appliquée.

« La lutte contre la corruption ne justifie absolument pas l’exécution des individus sur des accusations de détournement de fonds, surtout quand de graves questions restent posées sur la transparence et l’équité des procès, » a souligné Mr. Shaheed.

Les experts des Nations Unies ont exhorté le gouvernement Iranien à mettre fin à toutes les exécutions et à instituer un moratoire sur la peine de mort, en vue d’abolir définitivement sa pratique.

(*) Les experts : le Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Christof Heyns ; le Rapporteur spécial sur l’indépendance des juges et des avocats, Gabriela Knaul; le Rapporteur spécial sur la liberté d’opinion et d’expression, Frank La Rue; et le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme en Iran, Ahmed Shaheed.

IRAN MANIF Article original

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