JERUSALEM (JTA) — Par une mesure qui étend, de plus en plus, les occasions, pour les femmes, d’occuper des postes d’autorité reconnue dans les domaines de la loi juive, le Grand Rabbinat israélien a, pour la première fois, autorisé des femmes à remplir les fonctions de supervision de la Cacheroute. Depuis quelques mois, et, en particulier au cours de ces dernières semaines, la presse israélienne, française et américaine souligne le caractère rétrograde de certaines pratiques du Consistoire français, en matière de divorce. Ce sujet abondamment traité, plutôt que de s’enferrer dans le contexte de « l’exception française », qui ne pourra que s’en prendre à elle-même, si elle choisit de ne pas corriger ces fâcheuses tendances, il est préférable de s’inspirer de ce qui bouge, ailleurs. En particulier, en Israël, les femmes participent, de plus en plus, à un relatif partage de l’autorité conforme aux principes généraux de la Halakha. Elles obtiennent des certifications qui leur permettent d’avoir leur mot à dire sur des sujets importants. A partir de l’exemple de ces bonnes pratiques, on peut chercher à sortir « par le haut » de ces crises répétitives et améliorer la représentativité, dans les dossiers sensibles, dont celui du Guet et, sans doute, l’un des plus douloureux et problématique.


Miriam Goldfisher, Directrice d’une classe de supervision Casher, étudiant les lois diététiques juives, en vue de la préparation de l’examen au Grand Rabbinat, sur ce sujet.

Neuf femmes ont participé à l’examen de supervision casher, la semaine dernière, à Jérusalem. Si elles obtiennent l’examen, elles deviendront les premières femmes qualifiées à la vérification des lois alimentaires juives, pour toute institution israélienne que le Grand Rabbinat certifie comme conforme à la casherout.

Ce changement est la conséquence d’une pétition lancée en 2012, à l’attention de la Cour Suprême, par Emouna, le groupe de défense des femmes orthodoxes. L’année suivante, la Cour n’ayant pas encore publié de texte statutaire sur cette question, Emouna a lancé une classe préparatoire de six mois à la supervision, s’adressant aux femmes. Ce cours couvrait tous les sujets comptant pour l’examen du Grand Rabbinat, qui vont de la surveillance des cuisines non-juives jusqu’aux lois d’abattage casher, ou She’hita.

A la fin de l’année dernière, le Conseil du Grand Rabbinat d’Israël a voté l’autorisation pour que des femmes deviennent superviseur (e )s.

“Nous luttons pour tout ce qui permet aux femmes de prendre part aux services religieux et ne transgresse pas les principes halachiques », déclare Liora Minka, Directrice générale. « Nous combattrons pour que les femmes prennent part à tout ce qui se trouve au cœur du consensus sioniste-religieux ».

Si elles sont reçues, ces neuf candidates rejoindront un groupe grandissant de femmes reconnues comme faisant autorité, dans des secteurs particuliers de la loi juive, parmi lesquels des avocates qui soutiennent les dossiers devant des Tribunaux rabbiniques et des conseillères informelles pour la santé et la sexualité, dont tout ce qui concerne les règles juives de pureté familiale.

Certaines militantes perçoivent ces évolutions les plus récentes comme une nouvelle avancée instituée vers le fait que des femmes soient plus présentes aux côtés des rabbins, au sein des autorités générales concernant la loi juive. Mais d’autres voient ce changement comme un enracinement du rôle traditionnel des femmes au sein de l’orthodoxie, plutôt que comme une percée vers l’égalité des genres.

“Il n’est pas nécessaire que nous devenions superviseur(e )s en casherout pour devenir comme les hommes” affirme Talya Libi, une mère de 23 ans qui a suivi la formation, en partie parce qu’elle pense que le rôle traditionnel des femmes juives reste de superviser sa propre cuisine. « Les appels à faire progresser le statut des femmes ont tort, dans leurs fondements ».

Le porte-parole du Grand Rabbinat, Ziv Maor, a déclaré au JTA que les autorités rabbiniques sont en désaccord sur ce point de savoir si les femmes ont l’autorisation de superviser la casherout. Le Grand Rabbinat restait, globalement, dans le camp de ceux qui interdisaient aux femmes de remplir cette fonction, mais le Grand Rabbin David Lau, élu Grand Rabbin à l’été dernier, a adopté la position adverse.


Le Grand Rabbin David Lau

Comme les autres superviseurs de la casherout, les femmes ont obtenu le droit de plaider devant des tribunaux religieux, à la suite d’une pétition devant la Cour Suprême, en 1991. Les femmes yoatzot halachah, ou conseillères en loi juive, apportent, en général, leurs conseils dans le privé et n’ont pas cherché, jusqu’à présent, à obtenir d’appui officiel.

“Nous n’avions pas, auparavant, d’institutions capables d’apporter le niveau de connaissance juridique en Judaïsme que les femmes acquièrent aujourd’hui », dit Chana Henkin, la fondatrice de Nishmat, qui a formé 85 conseillères depuis 1997. « Nous verrons si la communauté se tourne un peu plus vers les femmes, au cours de la période à venir de ces prochaines années ».

Une question identique est en suspens, s’agissant d’un effort parallèle, aux Etats-Unis, pour offrir de plus grandes opportunités pour les femmes au sein des cercles dirigeants de l’orthodoxie. En 2009, le Rabbin Weiss a ouvert un séminaire visant à former les femmes orthodoxes en tant que leaders spirituels, une avancée largement rejetée par le courant principal du Conseil Rabbinique orthodoxe d’Amérique. La Yeshivat Maharat a, depuis lors, diplômé trois femmes et forme actuellement 17 étudiantes.

Le Rabbin Shlomo Ben-Eliahu, qui a enseigné la supervision casher à des femmes, emploie des femmes à la supervision, de façon non-officielle, dans la communauté israélienne du nord, depuis 15 ans. Il dément l’idée que cette formation constituerait une révolution en soi, au sein de l’orthodoxie, remarquant que les superviseurs appliquent simplement les décisions juridiques juives, rendues par des Rabbins.

“Chaque superviseur qui travaille avec moi reste quotidiennement en contact”, dit-il. « Il est nécessaire que vous demandiez son avis au Rabbin, il faut que vous parliez au Rabbin ».

Mais Hemda Shalom, 54 ans et mère de cinq enfants, qui a passé l’examen la semaine dernière, dit qu’elle prévoit qu’un jour, les femmes seront en mesure de statuer dans les domaines de la loi juive, de la même manière que les Rabbins le font.

« Pour être en mesure de décider en termes de règles juives, il est nécessaire que vous ayez une connaissance très très large, et peu de gens en sont capables », déclare Hemda Shalom. « Si une femme remplit les exigences suffisantes pour statuer, il n’y a, a priori, pas de raison qu’elle ne puisse pas le faire. Parfois, c’est la base qui dicte ces choses aux gens d’un rang plus élevé. Seul le temps nous le dira ».

Par Ben Sales 12 mai 2014 2:09pm

Source : jta.org Article original

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