A l’occasion du Yom Ha’Atsmaouth JForum revient sur un épisode important de l’histoire du Sionisme, qui peut expliquer l’actualité, notamment un sujet important qui fait débat à savoir l’attachement de benjamin Netanyahu quant au caractère juif de l’état d’Israël.Contrairement à ce qui est dit dans certains milieux juifs qui se prétendent orthodoxes, et ne cessent de médire sur Israël et le sionisme comme étant un mouvement cherchant à déjudaïser le peuple juif, voilà un témoignage important parmi tant d’autres où l’on voit le lien entre le mouvement révisionniste dirigé par Vladimir Zeev Jabotinsky, fondateur du Betar, du Hérout dirigé plus tard par Ménahem Béguin Zal était assez admiratif du mouvement sioniste religieux dont la figure emblématique fut le Rav Avraham Itshak Hacohen Kook zal.

Le père du premier ministre de l’État d’Israël Bension Netanyahu, lui-même fils d’un rabbin émigré de Lituanie en Palestine en 1920, fut un proche de Jabotinsky. Quant au frère de Netanyahu, le colonel Jonathan Netanyahou, qui fut le seul soldat d’Israël mort lors de l’opération d’Entebbe, qui prendra le nom d’opération « Jonathan » à sa mémoire il fut celui qui donna sa vie pour sauver des juifs hors des frontières d’Israël, ce qui démontre son attachement au peuple juif.

C’est dans ce contexte, et dans le cadre d’une analyse faite par ailleurs dans nos colonnes, qu’il faut comprendre en partie les exigences de Netanyahu quant au caractère juif de l’État d’Israël.

Aussi nous revenons ci-dessous sur les liens qui unissent tous ces personnages.

JForum.fr

————————

Le rav Kook vu par Jabotinsky : le « Cohen Gadol », Pierre Itshak Lurçat

Je remets en ligne cet article que j’avais dédié à mon père, François Lurçat – admirateur de Jabotinsky zal et du Rav Kook zal – qui est décédé entre temps.

יהיה זכרו ברוך

לאבא היקר

Une des nombreuses calomnies qui ont été propagées au sujet de Jabotinsky concerne son rapport au judaïsme et à la religion en général. Selon cette accusation, il aurait été un « ennemi » du judaïsme et de la Tradition juive, qu’il aurait voulu « extirper » de l’État hébreu en gestation… (J’avais répondu à un rabbin francophone qui diffusait de telles accusations sur son site, et qui les a depuis retirées. Donc acte). Or un examen attentif révèle que rien n’est plus éloigné de la réalité que cette description caricaturale du fondateur du Bétar et du parti sioniste révisionniste.

Jabotinsky a grandi dans un foyer juif traditionnel où l’on célébrait le shabbat et les fêtes, comme il le décrit dans son autobiographie. Il s’est certes détaché très tôt de la pratique religieuse, mais a gardé un vif attachement pour la Bible hébraïque, qu’il connaissait de manière approfondie et qui lui a inspiré, outre son roman biblique Samson, plusieurs textes importants et des conceptions sociales originales portant notamment sur le Yovel, dont il a fait la pierre angulaire de sa pensée sociale et économique *.

Si le parti révisionniste était à ses débuts un parti laïc, aspirant à la normalisation et à la laïcisation de la condition juive, à l’instar des courants majoritaires au sein du mouvement sioniste (à l’exception du Mizrahi), il a pourtant connu une évolution significative – parallèle à celle de son fondateur – liée à plusieurs facteurs concurrents, tant historiques que personnels.

L’influence du rav Kook

L’événement marquant qui a déterminé cette évolution fut l’affaire Arlosoroff et la prise de position courageuse du rabbin Kook, qui s’éleva publiquement contre les accusations mensongères portées contre Avraham Stavsky et ses camarades, accusés d’assassinat du leader travailliste, qui furent finalement innocentés. Jabotinsky fut très impressionné par l’engagement et par la stature morale du grand-rabbin Kook, telle qu’elle se révéla à lui durant cet épisode, et il en conçut une vive admiration pour ce dernier, qu’il compara dans un texte fameux au « Grand-prêtre » de la Bible.

Dans une lettre datée du 22 juin 1934, adressée au rav Nathan Milikovsky (le grand-père de Binyamin Nétanyahou), Jabotinsky écrit ces mots :

Le nom du rabbin K. est devenu en l’espace d’une nuit un symbole sublime dans le cœur des foules. Et moi-même, en toute humilité, si je n’étais pas totalement ignorant** des choses de la Tradition, craignant de m’exprimer sur les sujets religieux, je choisirais précisément cet instant pour lancer publiquement un appel dont je rêve depuis l’époque de ma jeunesse : renouveler, de nos jours, le titre de « Cohen Gadol » (Grand-Prêtre). Je suis persuadé que la majorité des Juifs du monde entier accepteraient cela avec enthousiasme, et que même les gouvernements (dans les pays qui reconnaissent le judaïsme comme communauté religieuse) entérineraient cette décision. Mais je n’ose pas…

Un an plus tard, en 1935, lors du Congrès fondateur de la Nouvelle Organisation sioniste, Jabotinsky accueille avec sympathie « l’Alliance de Yéchouroun », courant sioniste-religieux au sein du parti révisionniste, malgré la vive opposition de plusieurs membres de la Vieille Garde du parti, au rang desquels figurent Adia Gourevitz (fondateur du mouvement cananéen) et son propre fils, Eri Jabotinsky. Dans son discours prononcé devant le Congrès de la N.O.S., Jabotinsky déclare :

« Bien entendu, la religion est l’affaire privée de chacun… Dans ce domaine doit régner la liberté absolue, héritée de l’ancien libéralisme sacré… Mais ce n’est pas une question privée de savoir si le Mont Sinaï, les prophètes sont des fondements spirituels ou une momie dans une vitrine de musée, comme le corps embaumé de Pharaon…

C’est une question essentielle et supérieure pour un État et pour notre nation, de veiller à ce que le feu sacré perpétuel ne s’éteigne pas… pour que soit préservée, au milieu du tumulte des innombrables influences qui entraînent la jeunesse de nos jours, et parfois la trompent et l’empoisonnent, cette influence qui est une des plus pures – l’esprit de D.ieu ; pour qu’un endroit subsiste pour ses partisans et une tribune pour ses promoteurs » ***.

Ainsi Jabotinsky, loin de vouloir « extirper le judaïsme » du futur État juif, se préoccupe au contraire de le faire perdurer ! (Un peu comme Ben Gourion, qui se montrera très tolérant envers les revendications des Juifs orthodoxes en matière d’éducation et d’exemption de service militaire dans les années 1950). A la même époque, il écrira aussi que « le fait que l’élève observe les mitsvot ou non est son affaire personnelle, mais il doit connaître nos coutumes, tout comme l’histoire ou la littérature, car les coutumes font partie de l’âme de la nation… »

L’évolution de Jabotinsky tient également à sa compréhension profonde du rôle de la tradition. Après avoir, comme beaucoup de dirigeants sionistes de sa génération, rejeté la Yiddishkeit et le joug des mitsvot – vestiges d’un passé sur les ruines duquel ils voulaient édifier une nouvelle Nation en créant un « Nouveau Juif » – il est parvenu dans les années 1930 à une appréciation positive de l’importance de la tradition juive, à laquelle il attribue un rôle essentiel dans l’édification d’un État et d’une nation hébraïque.

Le « sionisme suprême »

Dans son discours programmatique, lors du Congrès fondateur de la N.O.S. à Vienne, en 1935, Jabotinsky définit ainsi le but du « sionisme suprême » :

« L’État juif n’est que la première phase de la réalisation du sionisme suprême. Après cela viendra la deuxième phase, le retour du peuple Juif à Sion… Ce n’est que dans la troisième phase qu’apparaîtra le but final authentique du sionisme suprême – but pour lequel les grandes nations existent : la création d’une culture nationale qui diffusera sa splendeur dans le monde entier, comme il est écrit : ‘Car de Sion sortira la Torah’ ».

Ce n’est pas le moindre paradoxe de la pensée, riche et complexe, du « Roch Bétar » – souvent dépeint de manière caricaturale comme un Juif totalement assimilé, ennemi de la tradition, que cette vocation du futur État juif, à la fondation duquel il a donné sa vie, soit exprimée précisément dans les mots du prophète Isaïe.

VOIR LA PRESENTATION DU LIVRE DE JABOTINSKY SUR LE SITE DES EDITIONS LES PROVINCIALES

NB Ma conférence sur Jabotinsky, filmée par Denis Kassel à la synagogue Emounah est en ligne ici

Vue de Jerusalem
Article original

————————

————————

Abraham Isaac hacohen Kook

Abraham Isaac haCohen Kook, né à Grīva, aujourd’hui en Lettonie, le 8 septembre 1865, est mort à Jérusalem le 1er septembre 1935. Premier Grand Rabbin ashkénaze en Terre d’Israël à l’époque du mandat britannique, il fut un décisionnaire en droit talmudique (halakha), un kabbaliste et un penseur.

Biographie

Le Rav Kook a servi comme rabbin en Lettonie. En 1904, à l’époque de la seconde Alya, il émigre en Terre d’Israël, alors province ottomane, où il a été appelé pour être rabbin de Jaffa et des établissements agricoles environnants. Il développe une doctrine favorable au Nouveau Yishuv et au sionisme fondée sur la Kabbale. Après la première guerre mondiale, il est nommé Rabbin ashkénaze de Jérusalem.

Il fonde le Grand Rabbinat d’Israël, à la tête duquel il siège comme premier Grand Rabbin ashkénaze. Il fonde également la Yéchiva Merkaz haRav.

Il est considéré comme l’un des pères du sionisme religieux. Ses décisions halakhiques, notamment concernant les questions politiques et les commandements liés à la Terre, sont une source jurisprudentielle reconnue. Il est la principale référence religieuse et philosophique des courants religieux nationalistes israéliens contemporains. Son fils et successeur à la tête de la Yéchiva, le Rav Zvi Yehouda Kook, fut également une figure éminente du sionisme religieux, notamment après la guerre de 1967 à partir de laquelle il inspira le mouvement de retour en Judée et en Samarie.

Enfance et jeunesse

Le rav Kook est l’une des grandes figures de l’histoire de la Torah. Il est l’héritier de toute la tradition de l’Europe de l’Est par sa famille : son père était un rabbin mitnaged, opposant du hassidisme; sa mère, elle, appartenait à la mouvance hassidique, étant issue d’une famille proche des hassidim de Loubavitch.

Il suit le parcours traditionnel éducatif des jeunes de son époque. Il a d’abord étudié avec son père, puis à 13 ans, après sa bar mitsva, il étudie avec d’autres maitres dans les environs de sa ville de naissance. Né dans le milieu des gens qui étudient la Torah, il est au cœur de la tradition juive de l’Europe de l’Est. Devenu adolescent, le rav Kook étudie avec le rav Reuven haLevi Rivlin qui était le rabbin de Dvinsk, ville assez importante qui avait un siège rabbinique prestigieux. Ce rabbin de Dvinsk a laissé une œuvre halakhique importante.

Le rav Kook étudie donc le Talmud avec les meilleurs maitres; très jeune il est reconnu comme un étudiant exceptionnel, un ‘ilouy, par ses capacités de concentration, de mémoire et de compréhension hors du commun. Ce qui n’échappa pas au rav Ye’hiyel Michael Halevi Epstein lorsqu’il le rencontra et s’entretint avec lui; le rav Kook n’avait pas encore 20 ans et quelque temps après sa rencontre avec le rav Epstein, à l’occasion de la fête de Pourim, il reçut de lui une lettre d’ordination rabbinique sans l’avoir sollicitée. Le rav Epstein était une des grandes autorités de l’époque; il est toujours célèbre et étudié; il est l’auteur de Âroukh haShoulḥan, ouvrage monumental de droit juif qui détaille même les lois qui ne s’appliqueront qu’à l’époque messianique (temple, sacrifices, roi). Vers 1884 le rav Kook rencontre le rav Eliyahou David Rabinovitch Teomim (le Aderet), grande autorité talmudique de l’époque, rabbin de Ponievitch qui deviendra grand rabbin ashkénaze de Jérusalem, rabbinat le plus prestigieux. Le rav Rabinovitch reconnaît lui aussi un être exceptionnel dans le rav Kook et voulant le garder auprès de lui pour en faire son héritier spirituel, il le fiance à sa fille selon le mode traditionnel de succession dans le milieu rabbinique.

Après les fiançailles, le rav Kook part étudier pendant un an et demi à la prestigieuse yeshiva de Volozhin; c’était le centre le plus important et le plus fameux d’étude en Europe; de là sortaient les plus grands rabbins et les plus grands érudits; la yeshiva de Volozhin est la mère de toutes les yeshivoth qui presque toutes jusqu’à aujourd’hui ont été fondées par les élèves de Volozhin et les élèves de leurs élèves.

La yeshiva de Volozhin a été elle-même fondée au début du xixe siècle par rabbi Haim de Volozhin qui était le disciple principal du Gaon de Vilna (1720-1797), figure centrale du monde juif au xviiie siècle. Le Gaon avait pris deux décisions fondamentales :

– 1) il a engagé son disciple rabbi Haim à fonder la première Yeshiva avec internat, ce qui a permis de rassembler en un même lieu les jeunes les plus brillants et former un nouveau leadership rabbinique ;

– 2) il a déterminé que l’heure du retour au pays était arrivée, car la rédemption doit commencer par des voies naturelles; lui-même a voulu monter (1760 ou 1782) mais n’y a pas réussi; il a alors organisé un groupe de parents et de disciples qui est parti à Jérusalem et en Galilée pour constituer une communauté et il a créé en Russie tsariste (ennemie de l’Empire ottoman) une société secrète pour financer l’établissement et l’entretien de cette communauté. (C’est le début du mouvement de retour. Parallèlement, chez les hassidim, on retrouve la même volonté de retour à cette époque. De ce fait la population juive a beaucoup augmenté et dès 1860, il y a à Jérusalem une majorité de Juifs.

C’est en faveur de ce premier établissement que se déploiera l’action de mécènes tels que Montefiori, banquier de Londres, qui après un voyage au pays donne des fonds pour la fondation du premier quartier en dehors des murs de Jérusalem; à la génération suivante, ce sera Rotschild qui financera la fondation des premiers villages agricoles. C’est ce début d’infrastructure qui a permis et facilité l’arrivée des pionniers laïques à partir de 1880.)

Le rav Kook étudie donc à la Yeshiva de Volozhin, dirigée par le rav Naphtali Tsvi Yehuda Berlin (le Natsiv). Figure centrale du judaïsme non hassidique de l’époque, il aura des centaines de disciples et son commentaire du pentateuque est encore étudié aujourd’hui dans tous les courants du judaïsme. Le Natsiv a été directement impliqué dans les débuts du sionisme. (On sait que Theodor Herzl est le fondateur du « sionisme politique » à l’origine de la création de l’État d’Israël. Son action avait été préparée par plusieurs mouvements dont l’association « les Amants de Sion ». Le Natsiv a un temps été associé à la direction de cette association laïque, ce qui a fait scandale dans le monde religieux. De la même manière, une grande partie du monde de la Torah s’opposera au rav Kook sur la question du sionisme.) Le rav Kook a reconnu dans le Natsiv son maitre principal. Il termine ses études et se marie en 1886 ; il habite alors chez son beau-père qui le nourrit comme c’est la tradition en Europe de l’Est pour un gendre qui étudie. En 1888, il a une fille.

Le monde juif de l’Europe de l’Est est, au niveau intellectuel, ouvert à toutes les idées nouvelles car il y a une presse en hébreu et en yiddish dans toute l’Europe; toutes les tendances y sont représentées, entre autres celle de la Haskala (les Lumières) née à Berlin, qui veut apporter les lumières modernes en hébreu au peuple juif et mène une politique d’assimilation aux nations environnantes (juif à la maison, citoyen au dehors). À l’époque la vie intellectuelle des Juifs est intense; parlant le yiddish, ils ont accès à l’allemand, langue de la culture et du savoir ; ils ont donc un accès facile à toute la culture européenne et aux idées nouvelles.

Le rav Kook, issu de l’univers talmudique le plus traditionnel, est confronté à tout ce savoir moderne et il est l’un des premiers à avoir entrepris de penser la modernité à la lumière des sources traditionnelles. Il vit à une période critique : il appartient à la génération qui voit l’abandon de la tradition des ancêtres par une majorité de Juifs et le début de l’assimilation de masse. Il ne souhaite pas devenir rabbin car il veut mener une lutte idéologique et intellectuelle en écrivant des livres. Mais le Hafets Haim, grande figure de la résistance à l’assimilation et à l’abandon de la religion, en décida autrement. On raconte qu’ayant rencontré le jeune rav Kook chez son beau-père, il lui dit : « je vais te demander quelque chose et tu vas me promettre de me répondre oui » ; ayant obtenu l’assentiment du jeune homme, il ajouta : « tu dois devenir rabbin ».

Période de Zaumel et de Boysk

À partir de 1888, le rav Kook devient donc rabbin de Zaumel, petit bourg de Lithuanie. C’est à cette période qu’il étudie avec l’un des plus grands kabbalistes de la génération, le rav Schlomo Eliachiv, auteur du Léchem, héritier direct de la chaine de transmission du Gaon de Vilna et grand-père du chef actuel du judaïsme de la tendance ultra-orthodoxe lituanienne.

En 1889, le rav Kook perd sa femme, sa fille a un an et demi; dès la fin de la période de deuil, son beau-père lui donne sa nièce, fille de son frère jumeau, pour seconde épouse. En 1891, nait son fils Tsvi Yehuda, qui sera son élève et son héritier spirituel, et qui sera à l’origine du rayonnement futur du rav Kook. (Tsvi Yehuda deviendra le chef de la petite yeshiva que son père fondera en Israël. Le rav Kook n’a eu de son vivant que trois disciples, et sa pensée est restée relativement confidentielle jusqu’à la guerre des six jours; la victoire a engendré une grande espérance messianique et une génération a réalisé que le rav Kook avait vu juste; il est devenu alors la référence centrale du sionisme religieux.)

En 1891 il publie son premier livre (חבש פאר), sur les phylactères; il voyage pour faire connaître son ouvrage. En 1895 il est choisi pour devenir rabbin de Boysk, ville de la banlieue de Dvinsk. En 1899 il a sa seconde fille Vers 1900, il commence à publier des articles dans une publication rabbinique (le הפלס); il rédige la plus grande partie de ses commentaires sur les haggadot du Talmud (עין איה) et l’ouvrage Midbar Shor (מדבר שור) recueil de ses homélies. Il écrit surtout l’ouvrage LiNevukhei haDor, Aux égarés de la génération (לנבוכי הדור), qui se veut un nouveau Guide des Egarés.

Dans ce texte, le rav Kook se confronte à toutes les objections de la modernité contre la Torah (critique biblique, évolutionnisme, autres religions, morale humaniste, signification des commandements, relation entre Israël et les nations). Il n’a publié aucun de ces trois textes, qui n’étaient étudiés que de façon très confidentielle dans sa yeshiva. Ils ne seront publiés que plusieurs dizaines d’années plus tard, et pour le dernier au début du xxie siècle seulement, et dans une version expurgée tant il demeure révolutionnaire et dérangeant aux yeux de certaines autorités rabbiniques.

Période de Jaffa (1904 – 1913)

Le rav Kook peut enfin réaliser son rêve et monter en Terre Sainte car la communauté juive de Jaffa l’appelle comme rabbin. En effet les juifs de Jaffa ont lu certains des articles du rav et ont reconnu en lui un rabbin qui répondait à leurs aspirations. La ville de Boysk essaie en vain de le retenir en lui proposant d’augmenter son salaire et de payer toutes ses dettes. À l’époque, Jaffa est la capitale des nouveaux établissements juifs de Palestine et le rav Kook y arrive avant même la naissance de Tel-Aviv qui sera une extension de Jaffa. La petite ville est alors la porte d’entrée de la Terre Sainte et la capitale de l’ensemble des nouveaux villages agricoles juifs qui ont commencé à se développer depuis 1880; le titre officiel du rav est d’ailleurs celui de « Grand Rabbin de Jaffa et des villages agricoles environnants ».

Cette période est particulièrement féconde pour la pensée du rav; il écrit alors une grande partie des textes qui lui serviront de matière première pour les œuvres principales qu’il publiera plus tard. Il soutient de manière critique l’école Téchakmouni qui associe et combine l’étude traditionnelle de la Torah et l’étude des matières profanes, et cela malgré l’opposition des rabbins traditionnels de Jérusalem. Mais dans le même temps le rav Kook soutient aussi les écoles traditionnelles de Jérusalem qui ne donnent aucune place aux études profanes.

Le rav établit des liens avec les leaders ouvriers et il soutient l’implantation agricole. Ainsi, il soutient et fait la promotion très active des cédrats, l’une des 4 espèces végétales nécessaires pour le Loulav; depuis des siècles les Juifs d’Europe et de Russie se fournissaient en cédrats en Sicile et à Corfou ; or ces cédrats étaient hybridés avec citrons! Le rav Kook fait campagne pour les cédrats du pays; il vante leur kasherouth et souligne que les acheter est une forme de soutien à l’agriculture juive.

Le rav Kook mène aussi une polémique très virulente contre certains rabbins de Jérusalem au sujet de l’année sabbatique (laisser la terre en jachère pendant une année tous les sept ans). Le rav défend la prorogation de l’autorisation d’utiliser la fiction juridique de vendre la terre pendant une année instaurée par les autorités halakhiques de la génération précédente, afin d’éviter l’effondrement de l’agriculture. Le rav mène également une polémique au sujet de l’huile de sésame, toujours dans le but d’apporter son soutien à l’agriculture et de permettre aux plus pauvres d’acheter une huile moins chère que l’huile d’olive pour Pessah. Traditionnellement les ashkénazes ne consomment pas de sésame à Pessah; le rav démontre que ce décret rabbinique ne s’applique pas à l’huile de sésame car à l’époque où il a été édicté, l’huile de sésame n’existait pas. Là encore il est en désaccord avec les rabbins de Jérusalem. Ces polémiques cachent une opposition plus fondamentale; les rabbins de Jérusalem sont contre l’activisme sioniste; ils ne sont pas pour un retour massif des Juifs en Palestine et se contenteraient de l’existence d’une petite communauté tout entière vouée à l’étude et à la prière et recevant des subsides de l’extérieur. L’opposition entre le rav Kook et les rabbins de Jérusalem a donné lieu à de nombreux échanges épistolaires et les rapports se sont si bien envenimés entre eux que le rav Kook a pris une décision aussi rare qu’exceptionnelle: il a rendu public l’ensemble de la correspondance juridique échangée et a dit « que le public juge ». Mieux, dans sa dernière responsa, après avoir répondu aux arguments juridiques des rabbins de Jérusalem, il termine en citant un texte terrible du Rabbi Haim de Volozhin qui parle « de ceux qui sont sages pour faire le mal »! Ces polémiques débordent largement du pays; celle sur l’année sabbatique devient un débat halakhique mondial.

Le rav Kook fonde à Jaffa sa yeshiva, toute petite par le nombre de ses élèves, moins de 20, mais grande par ses ambitions; le rav établit le programme et le style d’étude de sa yeshiva ; sa principale ambition est d’en faire une yeshiva universelle, la yeshiva centrale mondiale du peuple juif. Le rav Kook a deux objectifs pour l’enseignement:

– 1 -il veut retrouver le souffle et l’inspiration de la Torah et il décide, ce qui est révolutionnaire, que le Talmud ne sera plus la seule matière enseignée publiquement. Il lui ajoute à l’enseignement la philosophie juive, ne se contente pas de donner des cours de droit talmudique mais donne aussi des cours sur l’intériorité de la Torah. Notamment il instaure un cours régulier sur le Kouzari, ouvrage central de la pensée juive médiévale. Dans une lettre, le rav Kook décrit sa façon de mener cet enseignement : il le mène comme celui du Talmud, de façon dialectique; il présente les doctrines de Rabbi Yehuda haLévy dans leur cohérence interne, puis les confronte aux autres options au sein de la tradition. Cette forme d’enseignement est révolutionnaire car jusqu’alors elle était réservée à une très rare élite et ne faisait en aucun cas partie du cursus normal du commun des étudiants au sein d’une yeshiva. Révolutionnaire aussi est le fait d’exposer oralement dans la yeshiva des problématiques issues de la kabbala. Le rav Kook propose aussi une étude sérieuse des haggadoth, ce qui est nouveau; il remet au centre de l’étude le Talmud de Jérusalem et pas seulement celui de Babylone.

– 2- Le deuxième objectif du rav Kook est de favoriser la formation et l’apparition d’un nouveau type de rabbin qui soit à même de servir la nouvelle population juive qui est en train de s’implanter en Palestine; cette nouvelle génération de Juifs veut vivre dans la modernité, travailler et non consacrer sa vie entière à l’étude et à la prière en vivant d’aumônes; d’où la nécessité de lui proposer un nouveau type de rabbin si on ne veut pas la voir abandonner la religion; pour le rav Kook, il faut sanctifier le profane et non l ‘éliminer. Le rav Kook est donc favorable à l’évolution mais cela ne l’empêche pas d’être, d’un autre coté, contre la réforme de l’enseignement dans les yeshivot de Jérusalem, car dit-il, « de là, on est sûr que sortent des Juifs »!

À cette époque la petite ville Jaffa est le creuset des idées nouvelles développées par les nouveaux intellectuels hébraïques, laïques et athées, qui cependant écoutent la parole du rav Kook qui est en contact personnel avec toute cette intelligentsia; ainsi Ben Yehuda, le grand lexicologue qui a renouvelé l’hébreu pour en faire une langue vivante fait appel au rav Kook pour ses travaux. Le rav Kook a aussi une activité publique; il écrit des proclamations sur divers sujets qu’il fait afficher.

En 1913 se tient la première tournée rabbinique composée des rabbins de Jérusalem et du rav Kook dans les villages agricoles environnant Jaffa et en Galilée; cette tournée dure un mois et fait grande impression. Pour la première fois depuis des siècles les Juifs peuvent travailler la terre de leur main et s’en nourrir et qui plus est en Terre Sainte. Cette rencontre fraternelle avec les grandes autorités rabbiniques marque les esprits des paysans bien qu’ils ne soient pas eux-mêmes très religieux; elle sera relatée dans un ouvrage. À cette époque, le sionisme est loin de faire l’unanimité chez les Juifs qui sont très peu nombreux à monter en Terre Sainte, 35 000 entre 1882 et 1903 ,40 000 entre 1904 et 1914 alors qu’il y a 10 millions de juifs dans le monde; et ceux qui les soutiennent par des fonds ou de la propagande sont une faction minoritaire. Les sionistes sont donc très minoritaires et souvent considérés comme des illuminés. Mais pour le rav Kook, il n’y a aucun doute : le sionisme est l’avenir, il initie la Rédemption annoncée par les Prophètes.

Période de la Première Guerre

En 1914 le rav Kook décide de se rendre en Europe pour participer au Congrès fondateur de l’Agoudat Israel qui veut constituer un parti juif orthodoxe international. Le rav est invité à participer aux instances dirigeantes pour créer ce mouvement et il accepte après beaucoup d’hésitations, dans l’espoir de rapprocher ce mouvement de l’entreprise sioniste. Mais un mois après l’arrivée du rav Kook en Europe, la guerre éclate et cet événement empêche la tenue du congrès. En raison de la guerre, le rav Kook est bloqué en Suisse et il passe un an à Saint Galène. Pendant ce laps de temps le rav essaie de récolter des fonds pour les Juifs d’Israël et il étudie avec son fils. Le fait le plus important de cette période est la rencontre du rav avec celui qui deviendra l’un de ses principaux disciples, David haCohen, dit le Nazir, jeune homme exceptionnel qui refuse de parler toute autre langue que l’hébreu.

David haCohen est issu du cœur de l’establishment du rabbinisme de l’Europe de l’Est : son père est le rabbin de Radin, où le jeune David a étudié sous la houlette du Hafetz Haïm. Il a été initié à la kabbala par l’un des sages retenus dans un camp de sujets ennemis en Allemagne au début de la guerre. Il étudie la philosophie à l’université de Bâle.

Il ne quittera plus le rav Kook et jouera un très grand rôle dans l’édition et la diffusion de l’œuvre de ce dernier. Lui-même écrit une œuvre importante parmi laquelle La Voie de la prophétie, histoire philosophante de toute la philosophie juive et de la kabala, mises en relation avec la philosophie occidentale.

En 1916 la communauté orthodoxe Machzickei haDat de Londres propose à Kook de devenir son rabbin. Le rav accepte à condition qu’il puisse rentrer en Israël dès que la situation politique le permettra. À Londres le rav s’occupe à établir et soutenir des yeshivoth et use de son influence pour empêcher le gouvernement britannique d’expulser les réfugiés juifs. Il mène une polémique publique très virulente contre les « Anglais de confession israélite » qui nient la dimension nationale du judaïsme, combattent le sionisme et essaient d’influencer le gouvernement britannique pour empêcher la proclamation de la déclaration Balfour.

Suite à une lettre ouverte que le rav Kook fait afficher dans toutes les synagogues de Grande Bretagne, le gouvernement britannique reçoit un très grand nombre de lettres de protestation émanant de toutes les communautés juives de Grande Bretagne rappelant que la religion d’Israel est indissociablement liée à la nationalité israélite et à la terre d’Israel. Cette action du rav va apporter un très important soutien à tous les partisans de la Déclaration Balfour et a influencé sa proclamation.

Pendant la période des discussions au Parlement sur l’opportunité de la déclaration Balfour, certains députés mentionnent les réticences des juifs assimilés selon lesquels cette déclaration est contraire à l’esprit de la religion juive, à quoi le député Kiley rétorque « à qui devons-nous nous en remettre pour évaluer l’aspect religieux de la question ? À Lord Montagu qui mange du porc avec nous ou bien au rabbin de la synagogue Machzikei haDat, le rav Kook ? ».

En 1918, le rav Kook se rend aux États-Unis ce qui lui permet de récolter des fonds et d’établir des soutiens pour son grand projet d’une yeshiva centrale en Ereṣ Yisrael.

Période de Jérusalem

À la fin de la guerre le rav Kook peut enfin rentrer en Israël et en 1919 il est nommé rabbin de Jérusalem. Il établit ensuite l’institution du Grand rabbinat en Israël et devient en 1921 le premier grand rabbin ashkénaze de Eretṣ Yisrael.

À partir de cette époque et jusqu’à sa mort le rav Kook écrit moins de textes philosophiques; il se consacre principalement à l’écriture d’un commentaire halakhique sur le Talmud (הלכה ברורה) et à l’action publique.

Malgré sa sympathie pour le mouvement Mizrahi (parti religieux sioniste) et le fait qu’il considère ses membres comme des alliés, il émet de nombreuses critiques à son encontre. En effet selon lui le Mizrahi fait trop de compromis avec le mouvement sioniste laïque; il ne combat pas assez l’idée de ces laïques selon laquelle le nationalisme juif n’a rien à voir avec la Torah ( la religion étant l’affaire privée de chaque individu). Le rav reproche aussi au Mizrahi de ne pas être assez pointilleux dans le respect de la halakha.

En 1918, après 15 années d’action politique, le rav Kook entreprend de fonder un mouvement qui devait s’appeler Deguel Yéroushalaïm (l’étendard de Jérusalem). Ce mouvement devait rassembler tous les juifs observants soutenant l’entreprise sioniste. Ce mouvement avait pour but de défendre l’idée selon laquelle « l’appartenance du peuple d’Israël à sa terre découle d’une source divine ». Le rav souhaitait que puissent adhérer à ce mouvement aussi bien des adhérents du parti Agoudat Israel que des adhérents du Mizrahi, les uns et les autres restant cependant membres de leur parti d’origine. Grâce à l’aide de ses proches disciples, le rav Harlap, le rav David haCohen et à celle de son fils, des sections sont ouvertes en Israël, en Suisse, en Hollande, en Angleterre et aux États-Unis. Ce mouvement était principalement fondé sur la personnalité charismatique du rav Kook et pour assurer sa réussite le rav aurait du rester en Europe. Sa volonté de revenir en terre d’Israël, son incapacité à se mesurer avec les nécessités inhérentes à la fondation d’un mouvement politique et l’opposition des autres partis religieux, peuvent expliquer l’échec du mouvement. Il ne connut pas le succès et disparut très rapidement du paysage politique sioniste.

Pendant l’été 1923, le rav Kook recrute les deux premiers élèves de ce qui deviendra sa yeshiva; le gros des élèves arrivera lui en 1924 et montera jusqu’à 70 ou 80. Il lui donne pour nom « La Yeshiva Centrale Mondiale » mais elle sera connue sous le nom de Merkaz haRav,le Centre du Rav, cette dénomination témoignant du charisme du Rav. Les nouveautés essentielles de l’enseignement dans la yashiva du rav sont de deux ordres :

– la seule langue utilisée dans la yeshiva est l’hébreu; on y étudie toutes les sources de la philosophie et de la pensée juives. Le rav confie la rédaction du programme d’étude à son disciple David haCohen; aux études talmudiques traditionnelles s’ajoutent l’étude de la Bible, celle de la philosophie et celle des sciences. Au delà de son enseignement le rav incite ses étudiants à prendre des responsabilités au sein de la collectivité ; il les pousse à devenir rabbins, enseignants ou personnages publics dans différents domaines. Son action est là couronnée de succès. Ses élèves se sont dispersés dans le pays pour y exercer des responsabilités au sein de la société.

– En sa qualité d’homme public le rav Kook réagit aux décisions et aux actions des Britanniques et il est connu pour son inflexibilité face au gouvernement mandataire. Ainsi, lorsque les Britanniques, par un retournement d’alliance, veulent donner droit aux revendications arabes sur le Mur Occidental de Jérusalem, le rav oppose un refus absolu à la délégation des chefs des institutions sionistes qui lui demande, dans un souci de conciliation, de renoncer à la propriété du mur pour les Juifs et que ceux-ci se contentent d’avoir le droit d’y prier. De même il prend publiquement position dans l’affaire du meurtre d’Arlozoroff, dirigeant de la gauche sioniste et bête noire de la droite. Deux jeunes militants de droite sont accusés du meurtre et risquent d’être condamnés à mort par les Britanniques. Mais le rav est convaincu de leur innocence et mène une action publique extrêmement vigoureuse pour les sauver, au prix de sa popularité auprès de la gauche.

C’est la dernière action publique du rav qui décède d’un cancer le 01 septembre 1935 à l’âge de 70 ans.

Évaluation de son influence sur le sionisme

Son acceptation du poste de grand rabbin d’Israël montre son accord avec les principes du sionisme religieux. À son poste, il va user de son prestige pour renforcer le courant sioniste religieux au sein du judaïsme orthodoxe en Palestine mandataire et dans le monde.

En 1912, les orthodoxes « modernes » (sauf les sionistes Mizrahi) et les ultra-orthodoxes avaient créé ensemble le parti Agoudat Israël, très hostile au sionisme. En 1948, après la création d’Israël, pratiquement tous les orthodoxes « modernes » sont devenus plus ou moins favorables au sionisme. Cette évolution est en partie le fruit des événements (shoah, création d’Israël), mais elle est aussi pour une bonne part due à l’engagement et au prestige du rav Kook.

Cependant, l’attitude du rav Kook à l’égard du Mizrahi en particulier et du sionisme en général n’est pas exempte de critiques. Le rav Kook était particulièrement inquiet de l’influence des juifs laïcs sur l’avenir du judaïsme, et doutait de la capacité du Mizrahi à y répondre.

Au-delà de sa capacité à légitimer le sionisme au sein d’un judaïsme orthodoxe au départ très réticent, le rav Kook va aussi orienter l’idéologie du sionisme religieux dans un sens plus messianique. Pour le Rav Kook, la rédemption du peuple juif est en marche, et les sionistes, même athées, sont porteurs de bribes de cette rédemption, parfois à leur corps défendant. C’est la reconstitution d’une vie juive autonome en Palestine qui permet et annonce le retour des juifs de leur exil, puis leur retour à la pratique religieuse, et à terme la venue du Messie. Le sionisme est donc un outil dans le schéma de Dieu pour l’avènement des temps messianiques.

L’influence du rav Kook sur le développement du sionisme religieux est quadruple :

– Il a renforcé l’adhésion au sionisme dans les courants juifs orthodoxes (mais pas chez les haredim ultra-orthodoxes).

– Il l’a orienté dans un sens messianique, posant le retour du messie comme conséquence du sionisme.

– Il a lié la terre d’Israël et le salut religieux (et pas seulement national) du peuple juif.

– Par les deux dernières évolutions, il a posé les bases idéologiques de l’évolution ultérieure et nationaliste d’une fraction importante du sionisme religieux, même si lui-même n’est pas directement responsable de cette interprétation.

Wikipedia – Portail de la Culture juive – portail d’Israël Article original

La rédaction de JForum, retirera d'office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

S’abonner
Notification pour
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

0 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires