C’est peu de dire que l’histoire des relations entre les Juifs et l’Europe est tragique. Des bûchers dans la France du Moyen Âge, à l’inquisition espagnole, en passant par les pogroms de l’Est, les juifs européens ont été des siècles durant pourchassés et massacrés, pour aboutir au drame absolu de la Shoah qui a fait du sol européen le plus grand cimetière juif au monde. Cette longue tragédie a, certes été parsemée de courtes périodes d’accalmie, mais au cours desquelles les juifs ont été au mieux tolérés, sur fond d’un antisémitisme viscéral qui a toujours été présent. Mais au-delà de la tragédie, cette histoire est également complexe. Malgré ces siècles de drames qu’aucun autre peuple n’a subi, la contribution du Peuple juif à la culture, aux arts, à la science, à l’économie, à la politique en Europe a en effet été essentielle et elle aussi inégalée.

Après la Shoah, il n’était plus possible – du moins ouvertement – d’être antisémite en Europe. Une trêve a dû être respectée durant plus de cinquante ans. Les antisémites n’avaient certes pas disparu. Ils se terraient en attendant le moment opportun pour revenir à la surface, une fois que l’oubli aurait suffisamment attaqué la mémoire.

Au début des années 2000, ce temps est arrivé. Pour se cacher d’un antisémitisme trop visible, et se démarquer d’une extrême droite non fréquentable dont le rejet traditionnel des Juifs a toujours été l’étendard majeur, une extrême gauche plus à la mode a porté avec fierté le masque de l’anti-sionisme et affiché à moindre coût la même haine du juif.

Dans une Europe gagnée par un pacifisme dogmatique, le juif était devenu le représentant de cet israélien sanguinaire qui avait transformé son peuple de victime en bourreau et qui avait fait du palestinien le nouveau martyr à défendre. Cette inversion des rôles a permis aux bien-pensants de se racheter une conscience à bon prix après avoir tant fermé les yeux quand les Juifs étaient parqués dans les camps de la mort.

S’attaquer à Israël par tous les moyens, de l’insulte au boycott, a fondé cette nouvelle forme d’antisémitisme, qui a permis à la parole et au geste de se libérer, et qui a abouti au drame d’Ilan Halimi puis à celui de Toulouse.

Si la France s’est singularisée par l’ampleur des attaques physiques contre les Juifs, ses voisins européens ont développé une autre forme de lutte anti-juive, plus douce mais tout aussi destructive : la remise en cause des libertés cultuelles. Tour à tour, la pratique de la circoncision a été menacée en Allemagne et dans certains pays nordiques, et la pratique de l’abattage rituel – déjà interdite en Norvège, en Suisse ou en Islande – a été remise en cause en Pologne, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, au Danemark et récemment par le Parlement européen. Ces campagnes, récurrentes, émanent de groupes d’extrême droite antisémites, d’associations de protection des animaux, d’associations de protection de l’enfant, qui s’élèvent contre les pratiques « barbares » de certaines religions.

Ce sont les fondements mêmes du judaïsme que l’on veut détruire. Ces attaques contre les libertés religieuses renvoient à la question de l’avenir des Juifs à vivre dans une Europe devenant hostile à leurs traditions et cultures. Et que dire de ces partis politiques ouvertement antisémites, en Hongrie ou ailleurs, et de la « révolution » ukrainienne qui a enfermé les quelques 200 000 juifs du pays entre les néonazis et les ex-communistes, avec à la clé des synagogues incendiées et un avenir plus incertain que jamais, dans l’indifférence de beaucoup.

Soixante-dix ans après Auschwitz, les pulsions anti-juives sévissent aux quatre coins d’une Europe qui sombre en passant d’une crise à l’autre, qu’elle soit économique, politique, et finalement morale. C’est de cette Europe-là dont il sera question lors des élections européennes du 25 mai prochain. C’est pourquoi la communauté juive doit se sentir concernée au premier chef. Au-delà, c’est le combat de tous les défenseurs des valeurs humaines et démocratiques pour éviter à cette Europe malade de sombrer dans la honte, le déshonneur, et d’ouvrir une brèche vers l’irréversible.

Les derniers sondages indiquent que les partis d’extrême droite et d’extrême gauche, alliés objectifs de cette haine anti-juive, représentent en France près de 40% des intentions de vote. On ne saurait imaginer que certains dans la communauté juive puissent se laisser séduire par ces sirènes dont le chant a de tous temps rassemblé les pires ennemis du Peuple juif. Il y a urgence à faire barrage à ces forces noires.

Chacun devra s’exprimer le 25 mai et aller voter pour les partis républicains quels qu’ils soient. L’abstention est l’allié majeur des extrémistes qui comptent sur le sommeil des démocrates pour l’emporter. Chacun devra faire pression auprès de ces partis républicains pour défendre les intérêts d’une communauté juive européenne qui n’a que trop souffert dans son histoire. Chacun devra se mobiliser à la mémoire des millions de martyrs juifs morts en Europe à travers les âges pour n’avoir pas pu, eux, être sauvés par des sursauts venus à temps.

Philippe Meyer
Administrateur du Consistoire de Paris

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Richard

correction: « Son peuple »

Richard

Excellent article, et il reste 60% des français qui se font balader comme des imbéciles par l’UMP et le PS. Est-ce que ces « grands parties » en conscience de cela !
En attendant, nous sommes trop peu nombreux électoralement parlant, par contre il faut continuer à dénoncer l’islamisation de la France et de l’Europe, et nous dégager de toutes ces institutions soit disant antiracistes qui font de nous des alibis plus facile à stigmatiser de cette islamisation, plutôt que de s’attaquer directement aux réelles problèmes. Ne nous laissons pas mettre dans le même panier que ces abjectes conquérants. Si Jésus le juif devait emmener la bonne parole, sous peuple a été comme le pollen soufflé du jardin d’Eden, chaque fois qu’on l’a laissé s’épanouir, il a su faire transcender les terres qui l’ont accueillis, en physique, en médecine, en science humaine, philosophie, en art. En Europe, encore beaucoup de gens gardent comme idéal à soit son jardin d’Eden. Alors faisons transcender la résistance, il n’ y a pas de fatalité:
http://www.youtube.com/watch?v=W6I1pZSrtXI
Le printemps s’appel Tel Aviv.