L’Arabie Saoudite ne contrôle pas les prix du pétrole, mais il essaie de les manipuler et d’imposer une baisse des prix temporaire, afin de servir ses propres intérêts stratégiques. Mais il doit être prudent.
Le prix du pétrole, comme toute marchandise, est soumis aux lois immuables de l’offre et de la demande. L’arrivée du pétrole d’Amérique du Nord sur le marché mondial, conjuguée à une baisse de la demande constante, en particulier de la Chine, a eu pour conséquence une réduction du prix du baril de près de moitié. Une façon d’en maintenir le prix à la hausse, obligerait les pays producteurs de réduire leur production, ce qu’ils répugnent à le faire, tant ils sont dépendants des recettes pétrolières. La réunion de l’OPEP en novembre dernier s’est soldée par aucun accord dans le sens d’une réduction de la production.
L’intérêt pour l’Arabie est surtout de punir ses deux ennemis principaux: l’Iran et la Russie, sont tous deux dépendants d’un prix élevé du pétrole qu’exigent leurs dépenses dans la sphère nationale et internationale. L’Iran, le pays chiite le plus important, est l’ennemi historique de l’Arabie saoudite. Le budget de l’Iran exige un revenu pétrolier à 136 dollars le baril pour garder l’équilibre de ses comptes et la Russie a besoin d’un baril à 102 dollars. Pour l’Arabie saoudite un prix du baril à 91 dollars est nécessaire, mais avec des réserves de trésorerie presque infinies, les Saoudiens ont décidé de surmonter le manque à gagner et de maintenir la part de marché à prix réduit, ce qui semble indiquer que le prix actuel se maintiendra au plus bas pour l’instant.

Le siège de la compagnie pétrolière Saudi Aramco à Dhahran, en Arabie Saoudite, derrière la mosquée Al Mujamma. (Source de l’image: Wikimedia Commons / Eagleamn)
Une baisse de leur revenus, pourraient obliger l’Iran et la Russie à revoir leurs priorités à la fois en politique intérieure et internationale. Pour le meilleur ou pour le pire; peut-être surtout pour le pire. Aucun des deux pays ne renoncera à rendre la vie plus difficile à l’Arabie Saoudite et à l’Occident. Et les deux pays ont de bonnes raisons de ne pas soutenir ce plan saoudien et d’assister à leur effondrement économique sans combattre.
L’Iran a besoin d’argent pour garantir son équilibre budgétaire interne ; pour éviter une révolte de sa population qui souffre de plus en plus de pénurie et armer les services de police et d’espionnage interne chargés de maintenir le calme. Le programme nucléaire est une priorité à la fois nationale et internationale dans la mesure où la production d’armement pour l’armée iranienne, fournit des emplois tout en menaçant ses voisins du Golfe et l’Occident.
En politique extérieure, le conflit syrien est un gouffre qui, selon le ministre syrien de la Défense, s’élevait à 15 milliards de dollars début 2014, en armes. En politique extérieure les priorités sont désormais: l’entretien d’un contingent de troupes iraniennes, le soutien financier et militaire au Hezbollah; la nouvelle guerre contre l’Etat islamique en Irak; le financement des armes pour le Hamas; le soutien aux groupes djihadistes d’Afrique du Nord; et le soutien au Venezuela. (Le Venezuela soit dit en passant, a besoin d’un revenu pétrolier à 121 dollars le baril. Et l’Arabie saoudite n’a que faire de la déconfiture de l’allié clé de l’Iran en l’Occident.)
Dans une interview à Damas, Ali Larijani, le Président du Parlement iranien, a déclaré : « C’est une erreur d’imaginer que par le pétrole ils peuvent changer les données stratégiques dans la région. Nous Iraniens, avons vécu des situations beaucoup plus difficile que cela ». L’année dernière a été relativement bonne en Iran, grâce aux États-Unis qui ont autorisé le dégel de plusieurs milliards de dollars ainsi que la levée partielle de l’embargo économique qui a produit un effet immédiat, même si limité et produit des améliorations dans certains secteurs industriels.
Mais Larijani a également admis que le pays va devoir adopter un « plan d’austérité » l’année prochaine, première indication que l’Iran s’inquiète, mais ne va pas pour autant abandonner son programme nucléaire, la Syrie et l’Irak étant des priorités par rapport au bien-être de sa population.
Sa capacité de nuisance ne se limite pas à la Syrie. La marine iranienne, plus en plus sophistiquée, menace les Etats du Golfe et les exportations de pétrole de l’Arabie saoudite. Sans compter que les minorités chiites dans la plupart de ces pays représente un danger d’insurrection potentiel La production croissante de missiles iraniens et les progrès dans le programme nucléaire constituent une menace pour l’Europe et les Etats-Unis. Certaines des capacités militaires dont se vante l’Iran sont peut-être du bluff, mais il est difficile d’en prendre la mesure. Ce qui est certain c’est que le programme nucléaire n’est pas un bluff.
Les préoccupations internes de la Russie sont différentes. Sa population n’est pas rétive, du moins pas la population slave, parmi laquelle la popularité de Poutine est stratosphérique. Ils sont habitués à des pénuries locales et leur nationalisme est rallumé par intention évidente de Poutine de rétablir l’ancien Empire. Pour ce qui est de la population musulmane de la Russie, cependant, c’est une autre histoire. Les musulmans sont de plus en plus nombreux et leur pourcentage par rapport à la population russe augmente. (On estime qu’il y a 2 millions de résidents musulmans à Moscou en situation régulière et 2 millions de travailleurs immigrants en situation irrégulière.) Ils se radicalisent de plus en plus, en partie grâce aux écoles parrainées par les saoudiens, les mosquées et les prédicateurs Tchétchènes et d’ailleurs. En Tchétchénie et au Daghestan, la guerre n’a jamais pris fin.
Cela influence sa politique étrangère, à bien des égards. Du point de vue Russe, l’Iran, avec son programme nucléaire militaire et sa mainmise sur la Syrie, est beaucoup moins menaçante que les djihadistes sunnites, dont font partie les Tchétchènes qui rapportent de leurs campagnes, des missiles Stinger et une formation militaire une fois de retour sur le territoire russe. Si l’Iran et la Russie ont opté pour une guerre courte et brutale en Syrie, ils ont récolté un bourbier vicieux et coûteux. L’aventure de la Russie en Ukraine a également été coûteuse non seulement en armes et en troupes, mais aussi avec l’embargo occidental partiel. Les pertes humaines ont bien sûr affecté les Russes dont les enfants ont servis la patrie et sont morts au combat, mais cela a été compensé par la ferveur nationaliste et la nécessité de « protéger » ukrainiens Russes.
La cybercriminalité russe est devenue omniprésente et la Russie a investi massivement dans la modernisation de son arsenal nucléaire. En pénétrant l’espace aérien américain 16 fois en août et 6 fois en septembre les bombardiers russes on défié directement les États-Unis. En Octobre, les bombardiers russes ont encerclé l’Europe d’une façon inhabituelle, bien que les avions soient restés dans l’espace aérien international. Si le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a certes annoncé des coupes budgétaires dans la défense par manque d’argent, il a également annoncé un programme de vols longue distance de ses bombardiers près des côtes américaines dans le Golfe du Mexique et dans les Caraïbes.
Bluff? Peut-être ! Mais il serait insensé pour les Etats-Unis de supposer que les contraintes budgétaires vont provoquer des changements majeurs dans la politique russe ou iranienne. Et l’Arabie saoudite aurait tort de croire qu’en imposant une baisse durable des prix du pétrole, elle est le roi du monde.
[Shoshana Bryen – Gatestone instituteArticle original
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